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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 15:17

 

L'information tant attendue vient de tomber: les 200 pays réunis à Cancun au Mexique dans le cadre d'une conférence sur le climat ont réussi à arracher in-extremis un accord présenté comme capital dans la lutte contre le réchauffement climatique. D'ors et déjà, je ne peux que m'interroger sur ce qui est qualifié comme étant une « décision historique » par le vice-président du GIEC.

 

Il est un peu tôt pour analyser pleinement le texte, aussi je ne m'y risquerais pas, me contentant plutôt de poser des pistes de réflexion. En effet, nous manquons singulièrement de recul, or l'écologie est un domaine tout à la fois délicat à appréhender car complexe, et sujet de gros enjeux. On ne peut donc se contenter d'approximations, d'estimations ou autres, et sincèrement je n'ai pas les compétences requises pour poser un avis d'expert là dessus, même si la biologie est mon domaine. D'une manière générale, je dirai que l'écologie et la préservation de l'environnement font partie de ce que je qualifierai de business « honteux », au même titre que ne l'est par exemple l'industrie de la santé. Il y a en effet une question d'ordre moral: peut-on réellement faire de tels profits dans un secteur dont finalement nos vies, à plus ou moins long terme, dépendent? Or, il ne faut pas s'en cacher: plus que tout autre secteur, l'environnement rapporte. Qu'il s'agisse des produits bios dont l'impact est à relativiser, du biocarburant, des achats/ventes de quotas de CO2 en rapport avec Kyoto, j'en passe et des meilleures, les sommes d'argent drainées de ce coté sont faramineuses et ne profitent qu'à certains, alors qu'elles sont basées sur de beaux discours visant soit-disant à responsabiliser tout un chacun et faisant au passage appel à nos sentiments plus qu'à notre raison. Ne nous leurrons pas: sans tomber dans un discours populaire qui fait recette, il y a effectivement urgence pour le climat. Mais l'accord qui vient d'être décidé est-il autre chose qu'un simple pétard mouillé comme on en a déjà vu, destiné avant tout à donner l'impression que l'on agit alors qu'il n'en est rien? Et même si une action concrète en ressort réellement, est-elle judicieuse? Difficile à dire aujourd'hui.

 

Néanmoins, je ne peux que m'interroger. Et je suis tout d'abords surpris par la rapidité des choses. Alors qu'hier soir on était particulièrement sceptique face aux exigences apparemment inconciliables des diverses parties en présence, voilà que ce matin, tout le monde semble d'un coup se frotter les mains. C'est d'autant plus surprenant que l'on garde encore à l'esprit le sanglant échec de Copenhague l'année dernière qui quoi qu'on en dise n'a débouché sur rien de concret. Voilà que cette année un miracle survient! L'effet d'une prise de conscience à l'échelle globale? Mouais, possible sans doute pour certains pays, mais je doute que la Chine, l'Inde et les Etats-Unis se sentent d'un coup concernés par le climat, eux qui sont les premiers à faire passer leurs intérêts économiques avant. Il est vrai que les Etats-Unis notamment ont légèrement diminué leurs émissions récentes, mais je doute que le climat ait quoi que ce soit à voir là-dedans: il ne faut pas oublier que l'on est en pleine récession économique, qui se double d'une baisse d'activité industrielle. Logique donc que l'on observe une légère baisse de la pollution... Alors quoi, une volonté de montrer un changement plus « politiquement correct », une opération séduction à l'échelle internationale? Déjà plus probable. Moi j'appelle ça donner un os à ronger au chien. Histoire que pendant ce temps-là, le chien s'occupe, et qu'on puisse continuer à s'envoyer en l'air discrétos derrière son dos.

 

Mais cet os, à quoi ressemble-t-il? Encore une fois, c'est trop tôt pour le dire précisément, mais l'on peut néanmoins commenter ce que l'on sait déjà. Un point important mis en avant est la limitation de l'augmentation de température à 2°C au dessus de ce qu'elle était à « l'ère pré-industrielle ». Cela avait déjà été plus ou moins abordé à Copenhague. Bon, reste plus qu'à se mettre d'accord sur ce qu'était au juste cette fameuse température servant d'étalon. Les rapports su GIEC doivent servir de base, mais nul doute qu'ils vont subir des pressions de la part de divers lobbys industriels, comme ça a déjà été le cas, et que l'on va assister à des batailles d'experts et de contre-experts mandatés par les uns et les autres. Bref, on n'est pas couché, et il est un peu tôt pour se réjouir là-dessus.

 

Deuxième point, plus sur la forme cette fois, la restauration avancée de la confiance entre les partenaires. D'accords, c'est la condition sine qua none à la tenue de toute négociation potentiellement constructive. Mais on connait ça en Belgique: ça fait 6 mois que l'on en parle, de la confiance, pour justifier les rares avancées et les nombreux échecs dans les négociations visant à réformer les institutions. Si déjà entre Flamands et Wallons on se sert d'une confiance à géométrie variable comme motif, nul doute qu'il en va de même à l'échelle internationale. Il suffit d'une phrase malheureuse à l'égard d'un des participants pour que celui-ci rompe toute forme de négociation, parce que prétendument « vexé ». On va surtout assister je crois à divers chantages. De véritables prises d'otages oui! Et l'on sait à quel point les Chinois par exemple peuvent être très fort à ce genre de jeu. Je vois bien ça d'ici: « donnez-nous telle compensation ou vous pourrez vous mettre nos engagements pris à Cancun où l'on pense », du moins la version édulcorée propre à la diplomatie. Tout au plus les politesses employées pourront-elle jouer le rôle de la vaseline. Il n'empêche, le résultat sera le même: on le sentira passer et certains en auront du mal à s'assoir pendant un moment.

 

Troisième point important: la mise sur pieds d'un fond, alimenté à raison de 100 milliard de dollars par an d'ici à 2020, visant à aider les pays en voie de développement à se développer justement, sans que cela ait un impact trop négatif sur le climat. Pour comprendre, on peut citer la Chine qui justifie traditionnellement sa pollution extraordinaire en arguant du fait qu'elle aussi a droit au miracle économique que l'Europe et les USA ont connu au XIXème siècle. En gros, ils mettent en avant le fait qu'ils ne font rien de pire actuellement que ce que nous avons nous-même fait ces 200 dernières années. Ce n'est pas faux, mais si tout le monde commence à raisonner comme ça, on n'est pas dans la merde. Quoi qu'il en soit, ce fond vise à permettre aux pays jugés pauvres ou en développement de respecter leurs engagements sans pour autant en souffrir économiquement. Et là, je m'inquiète. Qui va payer? L'occident, à n'en point douter. Mais quid de la Chine ou de l'Inde? Vont-ils contribuer? Ou vont-ils au contraire exiger (ce serait culotté mais pas impossible) de pouvoir profiter de ce fond?

 

Concernant la Chine, qui prétend que son développement serait fortement gêné par un quelconque respect du climat, je ne peux que rappeler quelques éléments. L'excès de leur balance commerciale totalement inéquitable (ils exportent plus qu'ils n'importent, ce qui en toute logique leur permet de faire des bénéfices) associé à une politique monétaire qui leur est avantageuse (la dévaluation artificielle de leur monnaie leur permet de rendre leurs exportations plus compétitives, et donc d'exercer une concurrence déloyale) leur a permis ces dernières années de dégager plus de 400 milliard de bénéfices annuels, soit à peu de chose près l'équivalent du PIB belge. 400 milliard qui se retrouvent pour une majeure partie dépensés dans le secteur militaire, leur permettant de mener une politique assez agressive et menaçante par rapport à leurs voisins. Qui après cela peut croire qu'ils n'ont pas les moyens de faire des efforts en matière de climat? Mais si vous osez ne serait-ce qu'aborder le sujet, ce sera considéré comme « une grave ingérence dans leurs affaires internes ». Pareil bien entendu pour la véritable colonisation qu'ils sont entrain d'opérer en Afrique centrale au mépris total des droits de l'homme...

 

Pour en revenir aux fonds dégagés (du moins sur le papier: reste à en voir la pratique) par ce sommet, l'un des exemples abordés par la RTBF au jt de ce midi concernait le Congo. De l'argent disait-on pourrait leur être versé en échange d'un ralentissement de la déforestation. C'est risible. Car impossible à contrôler en pratique; rien n'indique que cet argent serait employé à bon escient. On parlait de compter les arbres: facile dans un pays grand comme 4 fois la France et ne disposant d'aucune infrastructure. Ce à quoi les partisans de cette géniale idée répondaient qu'il suffirait d'acheter des hélicoptères dévolus à cette mission. Mais bien sûr. Il est certain que, bien entendu, ces hélicoptères ne serviront qu'à cela, et ne seront jamais engagés dans des opérations militaires, dans un pays qui rappelons-le est en état de guerre quasi-permanent depuis 17 ans. Tout comme il est certain que les fonds qui leur seront confiés ne seront pas détournés. Et si des organismes étrangers sont désignés pour gérer ces fonds, combien d'argent ne va pas partir en fumée simplement pour graisser la patte de fonctionnaires gouvernementaux dans le seul but de laisser les organismes en question faire leur travail, comme c'est une véritable tradition dans pas mal de pays du tiers-monde? Si c'est déjà le cas lorsque des vies humaines sont directement en jeux, je doute franchement qu'il en aille autrement pour sauver des arbres...

Si l'on veut véritablement agir contre la déforestation, le plus simple et le plus efficace ne serait-il pas d'interdire chez nous la consommation de bois en provenance des pays tropicaux, en dehors du strict nécessaire? S'il n'y a pas de demande, il n'y a aucune raison d'avoir une offre.

 

Bref, s'il semble y avoir pas mal d'espoir en théorie, je me demande sincèrement ce que ça va donner en pratique. Bien entendu on n'en sait pas encore grand-chose, mais j'ai l'impression qu'il ne s'agit de rien d'autre que du vent, comme à l'accoutumée, destiné plus à lâcher du lest qu'à autre chose. Certes, il y a une prise de conscience qui est entrain de se produire, c'est indéniable. Mais est-elle vraiment aussi rapide que ce que l'on estime aujourd'hui? Et surtout, est-elle assez rapide par rapport à l'évolution du climat, que plus aucune personne de bonne foi et saine d'esprit ne peut nier?

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Published by sonata - dans Réflexions
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