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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 22:20

 

En cette période de l'année en Belgique a lieu dans les universités cette part du folklore estudiantin qu'est le baptême. De quoi s'agit-il? D'un bizutage de certains nouveaux étudiants par des plus anciens ayant affronté le même rituel les années précédentes. D'aspect assez secret, alimentant tous les fantasmes à cause du mystère l'entourant, le baptême dans son ensemble colporte toute une série de mythes, plus ou moins entretenus. Et de vérités que l'on se garde bien de répandre...

 

Concrètement, de quoi s'agit-il? Variable d'un cercle d'étudiants à l'autre, on y trouve cependant des points communs, ou au moins des ressemblances. D'une manière générale, un nouvel étudiant n'ayant encore fait le baptême doit respect et obéissance à un plus âgé, une hiérarchie étant instaurée selon l'ancienneté. Il se doit globalement d'accéder à tous les caprices de ce dernier, dans les limites du raisonnable, ces mêmes limites étant bien entendu variables. En pratique, il subit souvent humiliations sur humiliations. Le temps passe à chanter des chansons paillardes, subir les railleries des anciens, manger des aliments bizarrement mélangés jusqu'à être malade, vendre des bics ou autres pour financer l'activité du cercle, et bien entendu se plier aux exigences des anciens. Les cheveux sont souvent rasés en signe de soumission. L'ensemble est encadré par une dizaine d'anciens, sensés canaliser les excès et veiller au bon déroulement du tout. Ces anciens, nommés commitards, sont souvent membres des associations estudiantines officielles. Eux sont globalement corrects, vu leur responsabilité en cas d'accident. Ce n'est pas toujours le cas des autres... Le nouveau est nommé bleu, les anciens non membres du comités simplement baptisés.

 

Le baptême est sensé être un jeu de rôle dont le but serait d'apprendre modestie, humilité et respect à celui qui le fait. Les commitards jouent le jeu en général, ce qui n'est pas souvent le cas des autres baptisés. Les brimades sont sensées forger le caractère, comme dans tout bizutage. Alors quel est le problème? Le fait que les valeurs somme toute honorables soit disant prônées sont en réalité rarement respectées. Pour comprendre, regardons quels sont les buts revendiqués du baptême, et ce qu'il en est en fait. Primo, apprendre à fermer sa gueule. C'est leur conception de l'humilité. Ensuite, l'intégration du nouvel étudiant au sein de sa faculté. Certains n'hésitent pas à prétendre que le baptême est nécessaire à tout étudiant cherchant à se faire une place à l'université. La formation de lien entre les bleus, obligés de se serrer les coudes devant l'épreuve, est également avancée. Enfin, d'un point de vue plus personnel, apprendre à repousser ses limites face aux brimades en tout genre. L'ensemble est tenu relativement secret, d'une part pour éviter de rebuter à l'avance des bleus, d'autre part probablement pour garder un coté « mystique » ayant pour but d'augmenter l'intérêt porté au baptême, et sans doute part là même le nombre de gens tentés de le faire. Il faut savoir que cela favorise largement les vantardises en tout genre. Pour avoir fait partiellement le baptême, je sais très bien que nombreux sont les bleus qui mentent par la suite sur ce qu'ils ont dû faire durant leur épreuve, aidé en cela par la crédulité et les fantasmes de beaucoup à ce sujet.

 

Alors qu'en est-il en réalité? Au delà des mythes en tout genre, le plus intéressant est de voir ce qu'il en est des fameuses valeurs sensées être inculquées par le baptême. Le respect d'abords. Je trouve personnellement bizarre le fait que le respect selon leur conception devrait s'apprendre à coup de brimades et d'humiliations. Si les commitards semblent réellement jouer le jeu, il est clair que pas mal d'autres anciens cherchent d'abords et avant tout à se venger des humiliations qu'ils ont eux-mêmes subies. Prétendre le contraire ne serait que mensonge: en temps que bleu à une époque, j'entendais très clairement d'autres bleus se dire entre eux, pour garder courage, que l'année suivante ils « s'amuseraient bien » en retour avec ceux qui leur succèderaient. Drôle de motivation, malheureusement répandue... La vengeance comme moteur. Bien malsain en somme.

 

Apprendre à repousser ses limites d'endurance morale ne nécessite en rien le fait de devoir subir sans broncher injures et brimades. Dans le cadre d'études universitaires, il est clair que nombreuses sont les occasions de s'endurcir. Une seule session d'examen, isolé du monde pendant 5 semaines à étudier souvent plus de 10 heures par jour, suffit à endurcir moralement et physiquement n'importe quel étudiant bien plus que quelque brimade que ce soit. Les liens entre étudiants sont également forgés lors des difficultés des études, sans qu'il soit besoin de passer par la case baptême. Bref, de ce coté, le baptême n'offre rien qui ne peut s'obtenir sans.

 

Mais le plus grave, c'est l'esprit à la limite du sectarisme qui s'empare des bleus une fois leur baptême achevé. Il faut le reconnaître, lorsque cela est fait, il y a eux et « les autres ». Eux, ils « ont vécu », ils savent ce que c'est, et certains pensent que leurs épreuves les rendent supérieurs à ceux qui, supposés moins bons qu'eux, ont échoué. Ou n'ont tout simplement trouvé aucun intérêt à cette mascarade. Ce n'est certes pas une généralité, mais c'est malgré tout répandu. Certains vont jusqu'à mépriser ceux qui n'ont pas fait leur baptême. Il n'y a qu'à voir comment ils appellent les non-baptisés: ils sont qualifiés par le terme peu glorieux de « fossile ». il paraîtrait donc que le baptême enseignerait le respect? Il me semble à moi que le respect d'une part se mérite, d'autre part est une valeur que l'on a réciproquement l'un pour l'autre. Et ce n'est pas basé sur des insultes. Une fois baptisés, les nouveaux sont souvent conviés à des fêtes diverses organisées par les cercles. Loin de s'intégrer à l'université, ils s'enferment au contraire bien souvent en comités restreints. A une époque (30 ans), la majorité des nouveaux étudiants faisaient le baptême (facilement les ¾ des étudiants de première année). A ce moment, il est clair qu'une personne refusant de le faire ne faisait pas partie de cette majorité et s'excluait de facto de l'ensemble des étudiants. Aujourd'hui, la tendance est largement inversée. Sur ma faculté (FMM pour facultée de médecine de Mons) il y a deux ans, à peine une quinzaine d'étudiants sur les 6-700 de première année l'ont achevé. Cette année, et alors que le baptême n'en est qu'à sa moitié, à peine 30 étudiants le poursuivent. Dans la faculté de droit et d'économie (les fameux wawas, réputés en Wallonie), il y a deux ans, ils étaient seulement 25 sur environ 500. Et bien souvent, il est remarquable de constater à quel point en auditoire les baptisés restent entre eux, très isolés dans leur coin. Qui a parlé d'intégration? Pour ces raisons, mépris des autres d'une part et petit nombre de l'autre, il est illusoire de croire que le baptême permet de s'intégrer plus facilement par rapport à uneétudiant dit « fossile ». Je dirais même que c'est plutôt l'inverse: on frise bien souvent le communautarisme, ce qui est loin des valeurs sensées être défendues et prônées par le monde académique.

 

Il est bien entendu que tout cela n'est pas une généralité. Je n'entends pas condamner le baptême dans son ensemble, et encore moins ceux qui seraient tentés de le faire ou l'ont déjà fait. L'ambiance générale d'un baptême dépend en grande partie des commitards. Mais par contre, il est lassant de toujours entendre les mêmes âneries fantasmées à son sujet. Beaucoup de gens veulent le faire sans rien y connaître. Et il est clair que les baptisés sont loin d'être objectifs concernant cela. L'immense majorité en sont satisfaits, et prétendront même que tout ceci est faux, aidés bien entendu par le secret et l'absence de témoin (le bar dans lequel les soirées ont lieu est officiellement fermé, et les fenêtres occultées). Mais ils oublient de dire qu'ils ne représentent qu'une minorité parmi ceux qui le tentent et arrêtent au bout de quelque jours, dégoutés bien souvent plus par les sacro-saints principes bafoués allègrement que par les soit-disant épreuves endurées (se limitant souvent à se rendre malade ou à baisser la tête devant les anciens). En bref, entre l'image que l'on s'en fait et la réalité, il y a une nette différence. Et en vérité, il n'y a absolument aucune raison de le faire, autre qu'une motivation personnelle. Il n'y a rien que le baptême apporte réellement en plus. Que ce soit au niveau de l'intégration, des amitiés ou de la maturité, tout cela peut s'acquérir sans passer par là.  Preuve en est la majorité des étudiants qui ne le font pas. Et en aucun cas l'humiliation n'est une nécessité.

 

Un dernier point. Faire son baptême, c'est se condamner à rater ses trois premières semaines de cours. Bien entendu, l'honnêteté oblige à dire que les horaires de baptêmes sont faits pour ne pas empiéter sur les heures officielles. Ceci dit, tout le monde sait bien qu'à l'université, l'essentiel du temps consacré au travail se passe non pas en auditoire, mais à l'extérieur, chez soit. Or, il est difficile de rester concentré même en cours, quand on passe 4 soirées par semaines à se faire insulter et humilier jusqu'à plus soif. Quand au temps libre, durant le baptême, il n'existe pas. En conséquent, on doit se contenter de prendre le train en marche, à partir de la quatrième semaine de cours plus ou moins. Or, c'est un retard d'autant plus considérable que ce sont les semaines les plus importantes pour prendre un bon rythme et de bonnes habitudes. Et 3 semaines sur un quadrimestre qui en compte entre 10 et 12, ça fait quand même beaucoup proportionnellement. Bien entendu, des étudiants réussissent à concilier les deux. Mais ils ne forment pas la majorité. Et prétendre que le baptême, en tissant des liens, permet au contraire de mieux aborder les études n'est que tissu de mensonges: pas besoin en effet de le faire pour réussir, des amitiés tout aussi solides peuvent se faire sans. Et l'entraide entre étudiant ne dépend certainement pas de ça, d'autant plus que les « fossiles » forment l'écrasante majorité, et non les baptisés.

 

Bref, entre mythes et réalité de grosses différences. Je ne veux pas généraliser sur les gens qui le font, je n'ai aucun apriori à ce niveau. Je constate simplement. Et je vois entre autre que les raisons invoquées et mises en avant pour faire un baptême sont souvent mauvaises, cela étant dû à une image déformée que l'on en a en général.

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Published by sonata - dans Réflexions
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commentaires

Nicolas 10/12/2011 19:59


www.lecouperet.wordpress.com => il faut être plus agressif!

sonata 10/12/2011 20:24



Bof, l'agressivité pour l'agressivité ne sert à rien.

Et s'il s'agit de faire de l'humour, je dirais qu'on peut le faire sur n'importe quel sujet (j'y suir réceptif, et ce sans aucun tabou), mais encore faut-il que ce soit avec un certain talent. Et
parler avec un langage châtié n'en est pas une garantie.



Une baptisée 01/11/2011 23:15



Chère Sonata,


Je suis profondément désolée de tout ce que je viens de lire. Il semblerait que tu aies vraiment mal vécu ton baptème.


Laisse moi juste t'éclairer sur quelques point qui me dérange vraiment :


Premièrement , tu cites le mystère qui tourne autour du baptème , c'est un fait , mystère il y a , mais sans ce mystère le baptème en lui même ne perdrait-il pas de son sens ? quel intérêt
alors de marquer une hiérarchie entre les commitards , les néos , les anciens et de donner toute sa motivation si aucune récompense n'est à la clé ?


Deuxièmement , tu cites que le baptème n'aides en rien à l'intégration des nouveaux étudiants dans les universités et que bon nombre de ceux-ci ( cela tu le laisses planer au dessus de tes mots
sans jamais l'énnoncer clairement ) RATE leur année. Encore une idée préconcue, derrière laquelle tu préfères te cacher étant donné que tu n'en aura surement jamais la réponse , vu que tu n'as
que " partiellement" en reprennant tes mots , participer au baptème. Pour ma part , je te dirai simplement que tu as tort , sans m'étendre , me justifier signifierai que j'ai une raison de le
faire , et ce n'est pas le cas.


Pour continuer sur ce que je disais, saches que lorsque nos chants s'élancent à l'unisson, nous sommes liés , par une quelconque  force mystique , ou juste par un savoir commun ou encore
plus simplement par le fait d'être ensemble.


Dernièrement , je finirai par dire que si tu as pris la peine d'examiner le baptème comme ceci et de le disséquer jusqu'au point d'écrire tant de lignes sur un sujet que visiblement tu ne connais
pas , c'est que tu n'as jamais pris la peine de VIVRE l'expérience du baptème. Tu as été spectatrice de ta vie , comme tu sembles l'être en général. Tu as cherché à te créer des liens à travers
le baptème et tu as échoué dans ton périple à l'amitié. Je suis désolée pour toi ( encore une fois ) que ton expérience baptismale n'aie pas été à la hauteur de tes attentes , saches que nous ,
la minorité ( soit-disant ) baptisée , nous vivons très bien cela tout autant que nous vivons bien nos relations amicales et autres avec les non-baptisés.


 


Sur ce , " A-s' veyou L'Toré ! "


 


                          Une bien bonne soirée et si tu nest pas
d'accord , on règle ca à l'afond.



sonata 04/12/2011 15:08



Je ne l'ai effectivement pas vécu jusqu'au bout, mais ça ne m'empêche pas de connaître très bien la plupart des baptisés de ma fac (à Mons, ils ne sont pas nombreux), et les excès liés au
bâptème. On n'a pas nécessairement besoin de vivre personnellement quelque chose pour pouvoir en dénoncer les failles et en critiquer les excès.

Par exemple concernant le taux de réussite, on n'a pas besoin d'en être pour savoir qui rate et qui réussit, et force est de constater que guindailler à longueur d'année n'aide pas. Ce n'est pas
un mythe, mais quelque chose qui s'observe. Bien sûr ceux qui sont les plus en vue et les plus connus dans leur cercle sont en général les plus anciens, qui eux ont peu de risque de rater...
comme tout étudiant ayant déjà réussi ses deux premières années. Par contre en première c'est autre chose. Ceux là on les oublie vite, vu qu'une fois l'année écoulée beaucoup abandonnent
l'université et donc sont oubliés par les cercles. Il est évident que si tu demandes à un ancien son avis là dessus, il te dira que lui a réussit. Logique vu qu'il est encore là! Mais lui-même ne
se souvient sans doute plus de ceux qui ont partagé son baptème et n'en sont plus.


Quant au mépris à l'égard de ceux qui ne l'ont pas fait, c'est aussi une réalité qui se vérifie dans certaines facultés (à Liège notamment) où les baptisés sont nombreux. Et excuse-moi, mais ce
mépris est en totale contradiction avec les principes soit-disant prônés par la bleusaille, à savoir le respect des autres et l'intégration. Si cette intégration se fait par le rejet de l'autre,
ça ne s'appelle plus de l'intégration. Il y a un certain esprit sectaire qui demeure bel et bien.


Et non, j'affirme clairement que le bâptème n'aide en rien à l'intégration. Que je sache, ceux qui ne le font pas sont tout aussi bien intégrés dans leur université, et même parfois mieux vu que
dans certaines fac rentrer dans un cercle c'est comme rentrer au couvent.


J'apprécie particulièrement des suppositions à mon égard tel "Tu as été spectatrice de ta vie , comme tu sembles l'être en général.". Bon, petit détail je suis un mec, d'autre part je ne dirais
pas que je suis "spectateur de ma vie" étant donné que je suis président de ma faculté, vice-président et étudiant administrateur de mon université, et membre de la commission d'évaluation
pédagogique de ma faculté. Pour quelqu'un qui selon toi est passif, c'est quand même pas mal comme cv ;)

Maintenant si des gens veulent faire leur bâptème je n'ai rien contre. Je ne suis pas comme ce populiste de Laurent Louis qui se sert du moindre accident de guindaille pour monter au créneau et
dénoncer le folklore estudiantin dans son ensemble, bleusaille comprise. Maintenant, là où je m'insurge, c'est par rapport au mépris affichés vis-à-vis des non bâptisés dans certaines facultés du
pays.


Bonne fin de week-end.



ps: ce blog est mort, je n'ai plus rien publié depuis des mois et je ne compte pas le reprendre n'ayant tout simplement plus le temps à cause de mon implication dans l'université.



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