Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 20:29

 

Ça y est, l'information est tombée hier: les coupes du monde de football 2018 et 2022 seront organisées respectivement par la Russie et le Qatar. Alors, l'ouverture du monde du football vers de nouveaux horizons, ou le simple pouvoir de l'argent encore une fois à l'œuvre?

 

On peut se le demander, quand on voit les incohérences dans les dossiers des candidatures retenues, surtout face à d'autres alternatives bien plus crédibles. Observons le choix de la FIFA pour la coupe du monde 2018, à savoir la Russie. Première chose surprenante, la Russie n'est pas vraiment le pays du football. Si l'on compare avec l'Angleterre et la candidature conjointe hispano-portugaise, il n'y a pas photo. Bon, admettons, cela n'empêche rien, il n'est jamais trop tard pour s'y mettre et Europe et Amérique du sud n'ont pas à avoir le monopole dans ce domaine. OK. Regardons donc d'un simple point de vue pratique. Là, ça ne plaide pas du tout pour la Russie. Doux euphémisme, car à tous les niveaux, on peut largement mieux faire.

 

Commençons par les stades: dans les 13 villes retenues pour l'organisation de la coupe, deux (Moscou et Rostov-sur-le-Don) disposent d'un stade correct, bien que devant être mis à jour niveau sécurité. Mais l'infrastructure d'un événement aussi important ne se résume pas aux stades. Il faut aussi pouvoir accueillir les visiteurs étrangers, assurer leur sécurité et leur permettre d'aller d'un point à l'autre pour assister aux divers matchs. Là, on frise la catastrophe: l'infrastructure hôtelière est pratiquement inexistante et totalement incapable de répondre à la demande massive d'hébergement pour une coupe du monde. Les transports maintenant ne sont pas mieux adaptés, or la Russie est vaste, très vaste, et certaines des villes retenues sont éloignées les unes des autres de plusieurs milliers de kilomètres. La voiture est exclue, qu'en est-il des trains? Et bien il faut savoir que le réseau russe date de l'ex-URSS et est centré sur Moscou. Concrètement, cela signifie que pour aller d'une ville à l'autre, il faut quasi-obligatoirement transiter par la capitale, ce qui implique une sacré organisation (coordination entre les divers trajets), et de toute façon une perte de temps considérable: il n'est pas rare de mettre largement plus de 24h pour rallier une ville à l'autre. Ne parlons même pas de la sécurité: le réseau et le matériel sont vieux et usagés, pratiquement or norme. Au niveau des trajets par trains internationaux, la situation est encore plus cocasse: l'écart des voies russes n'est pas le même que celui des voies européennes, autrement dit un voyageur prenant le train en Europe à destination de la Russie doit d'office changer de train à la frontière. Le seul moyen de transport sera donc l'avion; or, les aéroports russes ne sont actuellement pas capables, et de loin, d'assurer un tel service. Quant aux compagnies aériennes russes, elles figurent parmi les plus dangereuses des pays « civilisés », avec des avions Iliouchine particulièrement médiocres niveau sécurité, quand ils ne sont pas carrément obsolètes.

 

Quant à la sécurité, elle a de quoi faire peur, à tous les niveaux. D'une part la petite et moyenne criminalité rend les rues des villes russes peu sûres (avec des taux d'agressions en tout genre parmi les plus élevés du monde, à Moscou notamment), d'autre part il est pratiquement certain que cette coupe représentera une occasion royale pour les divers mafias russes dont on connaît la puissance de se faire pas mal d'argent via des arnaques en tout genre, depuis des détournements au niveau des projets immobiliers (au dépend de la sécurité des installations, comme ça a été le cas pendant des décennies en Italie) jusqu'à des ventes de billets truquées et des paris en tout genre. Ne parlons même pas de la menace terroriste: quelle meilleure occasion pour les groupes de « dissidents » tchétchènes, abkhazes ou autres islamistes de faire pression sur le gouvernement russe? Et ce ne sont pas la police, l'ex-KGB ou l'armée qui vont savoir y faire quoi que ce soit: ces organismes autrefois puissants ne sont plus aujourd'hui que l'ombre d'eux-mêmes. Certes, ils sont entrain de se redresser après le creux des années 90 et la situation s'améliore, mais il y a encore du chemin à parcourir. Et même eux (surtout eux!) subissent la corruption à toutes les échelles, ce qui n'offre aucune garantie.

 

Bref, il y a beaucoup à faire. Et je doute fort que la Russie puissent se permettre un tel investissement, qui concrètement revient à rebâtir entièrement les infrastructures sportives, de transports et d'hébergement du pays. C'est là justement une occasion en or pour les Russes de se remoderniser, mais en seront-ils capables? La seule chose certaine, c'est que s'ils y parviennent, ce sera difficile. On pourra me rétorquer que l'Afrique du Sud y est bien parvenue, mais d'une part c'était vraiment tout juste (avec des stades encore en construction lors du début de la coupe), d'autre part le défis était d'un tout autre niveau au point de vue de la fréquentation: il y a fort à parier que l'affluence sera plus importante en Russie, ne serait-ce que par sa relative proximité avec l'Europe.

 

Si l'on regarde brièvement les autres dossiers, il est clair qu'il n'y a pas photo. Je ne vais pas m'étendre sur la candidature hispano-portugaise: ces deux pays sont au bord du gouffre économiquement parlant, et il est douteux qu'ils soient l'un comme l'autre capables d'un tel investissement qui de plus contrasterait pas mal avec la politique de rigueur économique qu'ils tentent de s'imposer actuellement.

 

L'Angleterre par contre présentait un dossier solide, et ce d'autant plus qu'avec l'organisation des JO à Londres en 2012 l'infrastructure s'y trouvait déjà en grande partie, et modernisée avec ça. Les stades à eux seuls sont pour certains parmi les plus grands d'Europe. L'offre hôtelière est également bien présente, même s'il y a fort à parier que la cuisine anglaise en aurait rebuté plus d'un! Blague à part, l'aéroport d'Heathrow est l'aéroport international ayant le plus de destinations au monde, quant à la communication avec le continent, elle est bien assurée via l'Eurostar et les ferries sur la Manche. Bon certes, une fois sur place on roule à gauche, mais on aurait certainement pu éviter la catastrophe... Pour moi, la seule chose qui aurait dû les mettre hors-jeu était les « soupçons » de corruption qui ont entâché le dossier. Bref, à part un temps de merde et une bouffe dégueu', cette candidature s'annonçait solide.

 

De même que la belgo-hollandaise. Le comité organisateur avait déjà prouvé sa valeur lors de l'Euro 2000, lequel était de l'avis général particulièrement réussi niveau organisation. La position centrale par rapport à l'Europe était un atout: nos infrastructures ferroviaires et routières sont plus que développées (bien que les routes wallonnes auraient bien besoin d'un entretien, la coupe nous aurait été plus que bénéfique à ce niveau), de même que le coté aéroportuaire. Au besoin, la proximité des aéroports de Munich et de Charles-de-Gaules aurait pu nous aider. Les hôtels sont nombreux et renommés, pas de soucis non plus, quant à la sécurité, elle est excellente. Bon, il aurait fallu retaper les stades, et la crise politique actuelle en Belgique ne plaidait pas en notre faveur (bien qu'il s'agit plus d'un prétexte que d'autre chose). Mais l'un dans l'autre, l'organisation de la coupe aurait permis des investissements dans des secteurs actuellement en crise, à savoir l'HORECA (hôtellerie et restauration) et la construction, sans compter le renforcement d'un sentiment d'union nationale, bien mis à mal aujourd'hui dans notre plat pays.

 

Qu'est ce qui a donc pu justifier le choix de la FIFA? Il est clair que l'on parle beaucoup de corruption, et même sans preuve réelle, personne n'est dupe. On a beaucoup parlé également de l'investissement personnel de Vladimir Poutine. Mais même l'implication de l'homme fort de la Russie ne suffit pas à justifier l'acceptation de ce qui était sans doute la plus ridicule des candidatures possibles, tant l'état russe n'a plus les moyens aujourd'hui de plier qui que ce soit à sa volonté. Mais si l'état ne les a pas, certains grands industriels russes, issus du communisme de l'ère soviétique et récemment acquis aux joies du capitalisme sauvage, les ont. Ces gens sont proches du pouvoir (Poutine), mais surtout plusieurs parmi eux ont déjà des investissements importants dans le monde du football, via la possession (entres autres) de divers clubs européens parmi les plus prestigieux du monde (je pense aux clubs du championnat anglais) et qui se distinguent également par des dettes colossales, allant parfois jusqu'au milliard d'euro. Que ces gens-là retirent leurs billes, et c'est tout le foot européen qui s'effondre. Et ça, la FIFA ne peut pas se le permettre. Certes, le foot européen est l'affaire de l'UEFA, mais quand on sait que le président de cette dernière est également vice-président de la première, il est illusoire de penser en terme d'indépendance du vieux continent par rapport à la FIFA.

 

Je ne vais pas m'étendre longtemps sur l'organisation de la coupe du monde de football 2022 au Qatar. On pourrait parler longuement de l'illogisme encore plus grand d'une coupe du monde organisée par 45°C à l'ombre dans des stades climatisés tout sauf écologiques, dans un pays dangereux pour les occidentaux et où pratiquement personne n'a les moyens d'aller, où la consommation d'alcool indissociable de tout club de supporters est fortement réglementée et où les femmes, mêmes étrangères, doivent porter le voile (et tant pis pour Larissa Riquelme! -et pour nous, avouons-le...-). Je ne doute pas de leur capacité matérielle à organiser cela: avec les Emirats Arabes Unis, ils font partie des rares pays au monde à pouvoir rapidement faire sortir du désert toute l'infrastructure nécessaire. Il faut dire que les pétrodollars aident beaucoup, de même que la réduction en quasi-esclavage de plus de 300 000 travailleurs pakistanais, à qui on a confisqué leurs papiers à leur arrivée dans le pays, ce qui les empêchent de rentrer chez eux. Et tant pis pour l'éthique de la FIFA qui n'en est pas à ça près, puisse qu'elle n'hésite pas à dicter leur conduite à des états démocratiques. Un exemple: elle exigeait le monopole absolu des panneaux publicitaires en Belgique dans un certain rayon autour des stades, en contradiction avec toutes nos lois!

 

A noter, dernier point, que la Russie a également hérité récemment de l'organisation des JO d'hiver de 2014 dans la charmante ville de Sotchi. Vous ne connaissez pas? Moi non plus. Du moins pas avant hier. Après recherche, il apparaît qu'il s'agit d'une modeste station balnéaire de la mer noire. Bémol? La température passe rarement en dessous de zéro (6°C en moyenne en janvier), il y a plus de palmiers que de flocons (la neige y est rare) et les seuls skieurs que l'on y croise pratiquent le ski nautique et non alpins. Pareil pour les surfeurs d'ailleurs. Ha oui, j'oubliais presque: c'est à deux pas de la Tchétchénie et de l'Abkhazie, régions réputées comme chacun le sait pour leur calme revigorant, leur attitude pacifiste et leur ouverture pro-russe. Ha non, excusez-moi, c'est exactement le contraire! M'enfin, c'est tellement illogique que la confusion s'explique, vous ne trouvez-pas?

 

Qui a dit que l'ouverture aux autres et l'humanisme était les seuls moteurs de promotion de ces évènements sportifs internationaux grandioses? Je ne sais pas vous, mais moi je n'y crois plus trop.

Partager cet article

Repost 0
Published by sonata - dans Réflexions
commenter cet article

commentaires

Michel Alençon 03/12/2010 23:06



Puisque wikipedia demeure le fil rouge du présent blog, je commence, avant d'aborder la Russie et mon autre favori, par dire que l'un de mes rares sujets de satisfaction depuis mon départ était
mon cocorico, certes sur le seul wiki anglais, lorsque j'y voyais jusqu'il y a peu la France en tête des classements européens décennaux, avant même l'Espagne et l'Italie.


Le Japon était mon favori face au Qatar ne serait-ce que parce que la Corée est loin d'être réunifiée et surtout pour son façon
d'avancer les pions tout en douceur dans le secteur diplomatique ; elle en a récemment donné une grande leçon de qui perd
gagne présentant par la voie très officielle des Ambassades ses excuses à propos de l'exposition Murakami dans l'enceinte-même du Château de Versailles.

Quant à la Russie, elle aura fait encore plus fort. On se souvient des maladresses du président Chirac face au flegme de Tony Blair qui arrachait sur le fil la désignation de Londres pour les
J.O. de 2012. Cameron était donc venu pour l'imiter. Mais la Russie est tellement plus forte que la France au jeu d'échecs où une rule of
thumb dit que la menace est plus forte que l'exécution de la menace. Poutine, sans avoir été silencieux dans les médias, n'était pas là avant ni pendant le vote mais il s'est ensuite
aussitôt envolé vers Zurich.



Présentation

  • : Sonata
  • Sonata
  • : Tout simplement quelques pages pour présenter mes points de vues et opinions sur divers sujets, tant du domaine historique que politique à ma modeste échelle.
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories