Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 22:42

J'ai envie de changer un petit peu de domaine, car wikipédia n'est -heureusement- pas tout. Aimant particulièrement mon pays, la Belgique, et constatant la manière dont les médiats français en parlent en général (je pense au niveau politique), je ressens le besoin d'expliquer au moins partiellement la situation. Il faut reconnaître qu'elle n'est pas évidente, et nécessite une certaine compréhension de l'histoire et de la structure du pays, mais moyennant ces quelques efforts intellectuels elle apparaît plus simple. Il est clair cependant que les notions abordées ici se veulent être de vulgarisation; les explications complètes prendraient certainement plusieurs ouvrages...

Parlons d'abords des structures du pays. Il faut savoir que la Belgique est composées d'un mélange de peuples et de communautés, la division étant très ancienne. Au nord, on trouve la Flandre, peuplée de 5,5 millions de Flamands parlant le néerlandais. Au sud se trouve la Wallonie, peuplée de francophones (3,5 millions) et d'une minorité de germanophones (moins de 100 000) à l'est. A peu près au centre géographique, mais en Flandre se trouve la région de Bruxelles, laquelle compte un million d'habitants, à très grande majorité francophones (environs 10% de néerlandophones seulement). La frontière linguistique entre francophones et néerlandophones remonte à l'empire romain: au sud les romains se sont forts implantés, comme en témoigne la multitude de villas gallo-romaines, tandis que le nord est resté peu pénétré par « l'envahisseur ».

Pour être bref, les compétences sont gérées par diverses entités: les régions (Bruxelles, Flandre et Wallonie) gèrent ce qui touche au sol (aménagement du territoire,...), les communautés ce qui touche à la langue (enseignement par exemple), et l'état fédéral s'occupe des matières communes à tous les belges: la justice, la sécurité sociale, la défense,... Un premier niveau de difficulté se trouve là: les habitants de Wallonie sont partagés entre les communautés francophone et germanophone, les Flamands sont exclusivement néerlandophones, et les Bruxellois sont partagés entre néerlandophones (minoritaire) et francophones (largement majoritaires: de l'ordre de 80%). Cela implique donc des divergences, selon que l'on considère le droit « du sol » et le droit « des gens ». Mais c'est loin d'être fini...

En pratique, on peut parler en Belgique de différents peuples, unis plus ou moins entre eux par des principes communs, mais séparés par les langues, les cultures, les orientations politiques... et les mythes nationaux. Les Flamands ont ainsi une identité très forte, de même que les Bruxellois qui sont un peu comparables aux Parisiens en France. L'identité wallone est beaucoup plus faible: à vrai dire de nombreux Wallons se déclarent belge avant de se dire wallon, contrairement aux Flamands. Une grosse source de problème tient déjà à tout ceci: la répartition des matières entre les entités fédérées, et les différences énormes entre les trois peuples qu'il faut bien concilier. Nous aurons l'occasion d'y revenir, je tiens à aborder par après les divergences historiques, essentiellement entre le nord et le sud du pays, divergences de point de vue exacerbées par les nationalistes des deux bords, qui tentent de nous désunir en fustigeant l'autre communauté.

Une autre difficulté majeure tient au système politique: quelle que soit l'entité concernée, l'élection se fait à la proportionnelle, et non à la majorité: concrètement, il n'y a jamais un seul parti au pouvoir, mais une coalition regroupant divers partis avec pour seule condition qu'ensemble ils forment une majorité. Ainsi, on a déjà vu dans le même gouvernement les socialistes et les libéraux (un peu comme si en France on trouvait le PS et l'UMP dans le même gouvernement). L'avantage est qu'il est pratiquement impossible qu'un parti soit seul à gouverner et donc à imposer ses idées. L'inconvénient est que l'on peut être confronté à un certain immobilisme, justement parce qu'il faut à tout moment concilier les points de vues divergents de deux partis ou plus.

En Belgique, il est obligatoire de voter (bien que l'on puisse rendre un bulletin blanc). Selon moi, cette mesure est bonne: je trouve scandaleux que l'on puisse en France rester chez soi le dimanche au lieu d'accomplir un simple devoir citoyen, surtout en sachant que le suffrage universel a été un long combat. C'est véritablement se foutre de la gueule de ceux qui sont morts pour la liberté des citoyens, et ne serait-ce que par respect pour eux, l'on se doit d'aller voter. Le taux d'abstention est donc très faible en Belgique. On vote dans des élections fédérales et des élections régionales, toujours pour des élus de la région dans laquelle on habite. Ainsi, un Wallon ne peut voter pour un Flamand et vice-versa. A Bruxelles par contre, on peut voter pour des candidats francophones ou néerlandophones, tout simplement parce que Bruxelles est bilingue. Cependant, un parti peut très bien présenter des listes dans plusieurs régions (tous les partis présentent ainsi des listes en Flandre ou en Wallonie ET à Bruxelles).

Passons en revue maintenant les différents partis politiques belge. Au sud du pays tout d'abord. On trouve 4 grands partis: le PS à gauche, le CDH au centre (plus vers la gauche que vers la droite) et le MR à droite, avec en plus le parti ECOLO (écologistes évidemment...) en général assez à gauche. A cela s'ajoutent des communistes, un Front National, un parti Rassemblement Wallonie France et un tout nouveau Parti Populaire, formé de populistes d'extrême droite. Cependant, ces petits partis sont ultra minoritaires, représentant sans doute moins de 10% des suffrages et n'ayant absolument aucun poids politique. L'extrême droite wallone est très faible, dotées de dirigeants ridicules et peu charismatiques, ce qui explique leurs multiples Bérézinas électorales. Pareil pour les nationalistes. Quant aux « rattachistes » partisans d'une Wallonie française, ils sont formés de membres de la noblesse proches du front national de Lepen. Généralement, la Wallonie est gauchiste, avec un PS souvent premier parti, bien que les libéraux ne sont pas en reste.

La Flandre maintenant. On trouve le SPA (socialistes), Groen (écologistes), le CDN-V (chrétiens démocrates: centre-droit) le VLD (libéraux), la NVA (nationalistes) la Lisjt Dedecker (nationalistes/extrême-droite) et le Vlaams Belang (fascistes, et je pèse mes mots). Comme on le constate, la Flandre est plus à droite, avec en particulier une extrême droite très puissante, considérée comme l'une des plus dangereuse d'Europe: début des années 2000, le Vlaams Belang a obtenu plus de 30% des voix à Anvers, la principale ville de Flandre. Cependant, un pacte existe entre les autres partis et les médias, connu sous le nom de « cordon sanitaire »: aucun parti ne peut s'associer au Vlaams Belang, ceci dans le but d'éviter une prise de pouvoir par les fascistes (je rappelle que tout gouvernement est fondé sur une coalition: en l'absence d'alliance il est impossible d'obtenir la majorité requise pour gouverner).

Comme on le constate, il y a de grosses différences entre nord et sud du pays. Autre niveau: Bruxelles: la moitié des élus sont francophones, l'autre moitié néerlandophones (alors que ceux-ci constituent 10% de la population...). Bruxelles est également plus de droit, étant une région d'entrepreneurs libéraux.

On s'en doute, faire cohabiter tout cela n'est pas facile, d'autant plus qu'au problème de langue s'ajoute un problème d'orientation politique: à droite au nord, à gauche au sud. On essaie souvent d'harmoniser entre les régions: ainsi si l'on fait rentrer les verts (écologistes) dans le gouvernement flamand, on essaie de le faire aussi au sud, ainsi qu'au niveau fédéral. Ceci dit, c'est loin d'être une généralité, et l'on peut tout aussi bien avec un gouvernement wallon de gauche et un gouvernement

fédéral de droite! Bref, un vrai-casse tête.

Je tâcherai dans les jours à venir de continuer mes explications, en abordant peut-être l'histoire des régions, ce qui explique en partie les divergences politiques. Je pense, après avoir situé tout le contexte, terminer en expliquant les problèmes actuels, qui sont souvent interprétés de manière catastrophique à l'étranger, en particulier en France.

Partager cet article

Repost 0
Published by sonata - dans Belgique
commenter cet article

commentaires

Gaulois 07/09/2010 11:03



Vous n'apprécierez sans doute pas que je cite Wikipédia, mais d'après son article Ménapiens, le nom des Ménapiens aurait été d'origine gauloise, ils se seraient alliés à Ambiorix, et des tribus
germaniques les auraient envahis alors qu'ils étaient en difficulté avec les Romains...



sonata 07/09/2010 11:22



Mais vous savez, les tribus, les peuples et les territoires ne sont pas figés en général; ils évoluent.


Le fait est qu'au moment de la conquête de la "Gaule Belgique" par César, les Ménapiens (entre autres) avaient un caractère plus germain que gaulois (ce qui ne signifie pas qu'ils soient
d'origine germanique pour autant; il s'agissait de peuplades celtes, apparentées donc au moins à la base aux Gaulois). Que ce caractère soit récent ou ancien importe peu; la conséquence en est
que la latinisation s'est effectuée plus facilement au sud du pays qu'au nord. Et de toute manière, rien n'indique que ces récentes invasions germaniques dont vous parlez soit la base de la
germanisation des Ménapiens et qu'ils ne l'étaient pas déjà partiellement avant: s'ils étaient limitrophes, ils avaient des contacts et des échanges avec eux, et donc étaient bien plus proches
d'eux que d'autres tribus celtiques plus éloignées.


Je constate par ailleurs que l'article wikipédia les concernant est plus que sujet à caution, et les demandes de références nombreuses. Il est clair qu'un tel article ne vaut rien.


Quoi qu'il en soit, la frontière linguistique actuelle date de là, et non des grandes invasions postérieures de plusieurs siècles. Pour vous en convaincre, regardez une carte situant les villas
gallo-romaines: alors qu'elles fleurissent en Wallonie, elles sont pratiquement absentes de Flandre, preuve s'il en faut que les Romains s'y sont peu installés, et n'y ont donc à fortiori que peu
imposé leur culture, langue comprise.



Gaulois 07/09/2010 09:41



A propos d'envahisseurs : je crois savoir qu'initialement, la Flandre était gauloise, comme toute la Belgique, et que les Germains y furent des "envahisseurs". Comme la langue gauloise était
proche du latin, les Wallons seraient fondés à réclamer l'élimination de la langue de l'envahisseur germanique dans toute la Belgique. Evidemment, par bonté et désir de paix, ils pourraient se
contenter d'éliminer le germanique de Bruxelles et de la partie sud de la "périphérie".



sonata 07/09/2010 10:38



Ce n'est pas tout à fait ça. Ce que les romains désignaient comme Belges étaient un ensemble de tribus, certaines apparentées aux Gaulois (les Bellovaques par exemple), d'autres aux Germains
(Ménapiens et Nerviens).


Toujours est-il que la pénétration romaine en Belgique (ou plutôt sa colonisation) a été très forte au sud, beaucoup moins au nord. Au final, les Romains ont imposé leur langue (et leur culture)
là où ils étaient plus nombreux, tandis que le nord est resté pratiquement vierge de toute influence.


Après, il y eu certes des envahisseurs germaniques aux IVème et Vème siècle, mais tout comme en France, ils ont été partiellement "dilués" dans la masse de population déjà présente.


Quant au latin (et à son successeur, le français), il est resté la langue officielle de l'administration et de l'église (jusqu'il y a un siècle environ), mais ça je compte en parler dans les
articles suivants.



Présentation

  • : Sonata
  • Sonata
  • : Tout simplement quelques pages pour présenter mes points de vues et opinions sur divers sujets, tant du domaine historique que politique à ma modeste échelle.
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories