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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 20:58

 

Très souvent, et comme pour nous faire croire que les critiques concernant son manque total de fiabilité ne seraient que des rumeurs, wikipédia met en avant sa supposée qualité en se basant sur une étude de la revue Nature. Détail marquant: cette dernière date de 2005.

 

Cette étude a porté sur une comparaison faite par des experts entre moins d'une cinquantaine d'articles dans le domaine scientifique de la wikipédia anglophone et leur alter-ego sur Britannica. Il en est ressorti que les articles sur Britannica comptaient en moyenne 2,93 erreurs là où ceux de wikipédia en avaient 3,86, soit une différence de « seulement » 30%, d'où une conclusion prétendue logique de la part de certains wikipédiens qui prétendent que leur site est pratiquement aussi fiable, voire même que la différence « légère » de fiabilité est compensée par un surplus net d'informations, les articles étant souvent plus longs (ceci dit, la recherche de la quantité au dépend de la qualité a souvent des conséquences fâcheuses...). Les wikipédiens sont d'autant plus ravis que l'étude conclu en disant qu'il est surprenant qu'un projet collaboratif obtienne un aussi bon score. Pas mal de hic sont à noter cependant.

 

Premièrement, je l'ai déjà dit, l'étude date de 2005, et pourtant l'on s'y réfère encore aujourd'hui, faisant dès lors fis de l'évolution du site depuis lors. Soit, s'il l'on veut. Je pense aussi que pratiquement personne n'a mené une étude favorable à l'égard de wikipédia depuis, ce qui explique pourquoi ses partisans s'y raccrochent encore. La situation n'était déjà pas très brillante à l'époque, elle ne s'est certainement pas améliorée entre-temps. Que du contraire même. D'une part, dû à la démocratisation de l'accès à internet, la toile (et donc wikipédia) est devenue plus populaire, ce qui implique à coup sûr une baisse de qualité. D'autre part, aujourd'hui wikipédia est devenue tellement incontournable qu'il s'agit d'une cible privilégie pour les propagandistes de tout bord, qu'il s'agisse d'islamistes, de fascistes, d'ufologues et autres. Enfin, s'il est certain qu'à la base pas mal de contributeurs étaient réellement empreints d'un esprit humaniste, ou en tout cas philanthropique à défaut d'être réellement compétent, il est tout aussi certain qu'à l'heure actuelle beaucoup ont quitté le navire, dégoûtés par les agissements d'arrivants postérieurs, dont plusieurs sont devenus des administrateurs parmi les plus détestables qui soit. Malgré sa croissance, wikipédia est en crise: le nombre de contributeurs ne fait que diminuer, tant certains secteurs sont tombés sous la coupe de petits chefs agissant en monarques absolus. Bref, à supposer même que cette étude de Nature ait été valable à une époque (ce qui est loin d'être acquis...), ce n'est certainement plus le cas aujourd'hui. Je noterai également entre parenthèse qu'elle a été faite sur la wikipédia anglophone, qui est globalement meilleure que la francophone, détail important.

 

Ensuite, deuxième point important pour ne pas dire capital, l'étude n'est pas représentative de l'ensemble du site. 42 articles réellement analysés, c'est peu, très peu. Statistiquement, ça n'a aucune valeur, d'autant plus qu'il y a un sérieux biais de sélection: ces articles sont dans des domaines bien précis, que l'on sait par nature plus fiables et mieux traités car moins polémiques et sujets à l'amateurisme que, mettons, l'histoire des religions. Forcément si l'on se limite aux sciences dures telle la chimie ou la physique, il est fort probable que la qualité ne soit pas mauvaise. Il en va tout autrement des sciences humaines, de l'histoire, de la politique, des religions, de l'économie, de la culture, de la philosophie, j'en passe la liste est longue. Et même dans les sciences dures, quand on voit la façon dont la biologie est traitée il y a de quoi s'inquiéter et l'on comprend que ce n'est pas gagné d'avance.

 

Rien qu'en s'en tenant à ces simples remarques d'ordre général, on se rend compte à quelle point cette étude ne veut rien dire, et ne prouve donc rien. Cependant, ça va plus loin; Britannica a l'année d'après publié une réponse, remettant en question l'ensemble de l'étude, depuis sa méthodologie jusqu'à ses conclusions. Britannica souligne d'abords le fait que certaines des erreurs la concernant soulignées par Nature ont été exagérées et n'en sont pas. Bon, là, il faudrait lire les articles en question pour s'en rendre compte, j'avouerai que pour moi c'est une version des faits contre une autre, et ça ne prouve rien. J'avoue que j'accorderais pour ma part plus de crédits à Britannica, mais en toute objectivité je ne peux me le permettre dans le cadre de cet article. Passons donc. Britannica souligne quant à elle que 30% d'erreurs en plus sur wikipédia, ce n'est pas négligeable. D'autant plus qu'il ne s'agit là que d'un simple aspect quantitatif qui n'indique rien sur la « gravité » des dites erreurs. A noter cependant, fait assez grave en terme de méthodologie, que les données sur lesquelles est basée toute l'étude n'ont pas été rendues publiques par Nature, ce qui signifie en clair que l'on ne peut reproduire ladite étude. Or, l'un des critères permettant de définir une science est qu'elle est basée sur l'expérimentation reproductible, autrement dit que l'on peut répéter l'expérience, ou ici l'étude, et que l'on doit obtenir les mêmes résultats, indépendamment de l'environnement dans lequel l'étude a été menée. Cependant, d'après Britannica et selon leur contre-étude, certaines données en question ne proviennent pas de l'encyclopédie, mais de sa version « junior », voire même dans un cas d'une publication n'ayant aucun rapport avec eux. Dans d'autres cas, les articles analysés n'avaient que leur introduction provenant de Britannica (soit 350 mots sur un article de 6 000, toujours d'après Britannica). Enfin, il apparaît que certains articles analysés sont en fait un patchwork de plusieurs articles dont des morceaux ont été découpés et réassemblés par les éditeurs de Nature. Bref, il s'agit là d'une sérieuse malhonnêteté.

 

Britannica insiste sur le fait que le simple décompte des « erreurs » n'indiquent en rien s'il s'agit d'erreurs mineures ou majeures. Toujours selon eux, des erreurs n'en sont pas et sont en fait dues à des erreurs d'interprétation entre divers auteurs. Je m'explique: des articles ont été écrits et jugés complets par des experts de Britannica, et d'autres experts mandatés par Nature les ont trouvé incomplets, simplement parce qu'eux ne les auraient pas rédigés de la même manière. Là, on est dans la subjectivité totale, et il est clair que tout le monde n'interprète pas de la même façon. Ce n'est pas pour ça qu'il y a erreur pour autant...

 

Britannica conclu en disant bien que l'on ne peut pas prendre cela au sérieux. Elle explique bien, modestement, qu'elle ne prétend pas à l'exactitude absolue. Mais prétendre sur une base aussi légère que wikipédia « s'en tire honorablement » est je trouve un peu fort. Cette étude ne vaut absolument rien, car biaisée à la base par la sélection d'articles non-représentatifs, par sa non-reproductibilité (ce qui en dit long sur son honnêteté; si nature n'a rien à cacher, pourquoi le fait-elle?) et par sa malhonnêteté à partir du moment où elle prétend comparer des éléments qu'elle invente, comme ces fameux articles créés à partir de morceaux d'articles de Britannica.

 

Si les wikipédiens ne savent se raccrocher qu'à ça et n'ont rien de mieux à monter, ça prouve bien que c'est parce qu'il n'y a rien à attendre de plus de ce coté. Qui peut encore honnêtement prétendre qu'il s'agit d'une encyclopédie, et à fortiori qu'elle serait fiable? C'est risible.

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Published by sonata - dans wikipédia
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commentaires

pierre 19/02/2011 15:42



* je pense que les pro wikipedia se rejouissent de chaque etude menee. Je ne vais pas financer de ma pcche des etudes ! mais s il y en a je serai ravi.


* certains se detournent de wikipedia justement parce que les criteres sont de plus en plus exigeants. maintenant il faut citer ses sources, donner des precisions, ecrire du verifiable. Certains
articles demandent meme de s'inscrire. La plus grande complexite et richesse de l'encycplopedie permet d etre plus regardant, afin de rester fiable.


* evidemment, Britannica ne va pas dire "on est nul". 


* il y a heureusement de petites etudes ponctuelles, trop rares. mais ces petites etudes sont plutot rassurantes !!



sonata 04/12/2011 14:47



Ces critères sont en effet plus exigeants, mais c'est plus de l'exigence mal placée qu'autre chose. Quand on voit que pour être "de qualité", un article doit comprendre plus de 100 sources il y a
de quoi s'interroger. Quid de la qualité de ces sources? On retrouve toujours la même obsession pour la quantité, là je suis d'accords. Mais quantité ne signifie pas qualité, c'est même souvent
le contraire.


Certains se détournent de wikipédia. Oui, des gens compétents, qui en ont marre de devoir se justifier auprès d'administrateurs pour la plupart fascisants et incultes. Certains se détournent de
wikipédia car wikipédia les pousse à partir; en tant que gens compétents, ils dérangent. Surtout quand ils remettent avec justesse en question les dogmes défendus par des administrateurs, ou la
vision étroite due à leur esprit ridiculement bureaucrate.



wanwan 24/01/2011 22:29



J'imagine que tu ne publieras pas ce commentaire, mais laisse moi te dire que ton article est extrèmement orienté anti-Wikipédia. 


De nombreuses études ont été faites depuis, et ont démontrées que les articles de Wikipédia sont d'excellent niveau, parfois même davantage que les encyclopédies privées. Certes, les articles
moins fréquentés et très pointus sont plus sujets aux positions arbitraires et aux erreurs, les lecteurs, et donc fatalement les correcteurs, étant moins nombreux. Pour autant prendre
le parti de Britannica en s'appuyant sur leur réponse, qui ne peut-être biaisée en tant que concurrent (qu'on veuille ou non les considérer comme concurrent, leurs ventes ont considérablement
baissées depuis Wikipédia), revient soit à un manque de recul, soit à de la malhonnêteté intellectuelle.


Je t'invite à lire "The wisdom of crowds" de James Surowiecki, qui cite de nombreuses études menées par des institutions renommées et démontrant qu'une foule hétérogène d'anonymes est plus
intelligente qu'un petit groupe d'experts, principe qui s'applique à la comparaison de Wikipédia et Britannica.


 


Bonne journée.



sonata 04/12/2011 14:40



"De nombreuses études"


Lesquelles? Les rares qui sont faites ont plus ou moins la même conclusion, à savoir que wikipédia manque de fiabilité. Pour les raisons déjà évoquées ici, ça devient presque lassant de devoir
revenir dessus.


"Certes, les articles moins fréquentés et très pointus sont plus sujets aux positions arbitraires et aux erreurs"


c'est justement le contraire: les articles pointus sont rédigés par des professionnels qui connaissent bien leur sujet, et non par des amateurs qui allient le manque de connaissance du sujet (ou
une connaissance pour le moins partielle) avec un parti-pris souvent affligeant; c'est notamment le cas sur tous les sujets plus sensibles, c'est à dire en gros toutes les sciences humaines
(parmi lesquelles la politique et l'histoire) et même certaines sciences "dures" comme la biologie (je suis bien placé pour juger de cette dernière, étant justement diplômé dans cette branche).
D'ailleurs, l'étude de nature concluant à une certaine pertinence de wikipédia est biaisée car limitée à quelques articles pointus, loin d'être représentatifs d'une quantité assez
impressionnantes de sujets qui n'ont absolument rien d'encyclopédique si ce n'est leur prétention à en être.


Par ailleurs je vous prierai d'éviter le tutoiement. Le fait d'avoir des opinions divergeantes n'empêche pas de garder une certaine courtoisie.


Bien à vous.



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