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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 22:19

 

Nous avons vu hier les cas avérés et reconnus comme tel de génocides. Cependant, il va de soit que le terme ne se limite pas à ceux-là. D'autres évènements méritent ce qualificatif (mais je n'aurai pas la prétention de juger de telles choses, comme le ferait une autorité compétente), et comme déjà dit, bien d'autres évènements sont qualifiés comme tel par des groupes de pressions divers. Voyons donc tout d'abords ceux qui s'y prêtent.

 

Un quatrième fait est parfois qualifié de génocide, avec une certaine raison. Il s'agit des massacres Khmers ayant eu lieu au Cambodge sous Pol Pot. Ce qui peut permettre de qualifier ces actes de génocidaires est le fait que la plupart des victimes étaient accusée d'être vietnamiennes, à tort ou à raison, ce qui au final a entraîné l'invasion du « Kampuchea Démocratique » par le Vietnam, à l'origine de la chute de ce régime atroce. A noter que le bilan de cet acte abominable s'élève à environ deux millions de morts sur une population totale d'environ 7-8 million. Le qualificatif est-il approprié? La plupart des victimes ont été anéanties selon un critère ethnique. Cet anéantissement était voulu et programmé, même si l'ensemble était assez désorganisé: il apparaît que la spécificité de la dictature khmère est son aspect assez « improvisé », avec un pouvoir tout sauf centralisé, contrairement aux autres dictatures communistes. Seule contestation possible: beaucoup des victimes n'avaient rien à voir avec le Vietnam et étaient accusées à tort. Cependant, c'est faible. Très faible. Et le fait que le motif de l'extermination était « officiellement » l'appartenance supposée à une ethnie peut suffire. Personnellement, je pencherais pour cet avis.

 

Un autre acte, plus proche et plus récent, a été dit « à caractère génocidaire ». Il s'agit du massacre de Srebrenica, car les 8 000 victimes ont été là massacrées sur un critère religieux, à savoir celui d'être musulmans. Cependant, je n'aime pas trop cette appellation: d'une part l'échelle est « trop petite » (même si ça fait une belle jambe auxdites victimes...) mais surtout le fait que la majorité des femmes et des enfants ont été épargnés, ce qui ne correspond pas à une extermination globale de tout un peuple. Il est clair cependant que certains lobbys musulmans aiment à rappeler ces massacres et à les amplifier pour se victimiser; le terme génocide étant particulièrement propice à un usage « détourné » tant il a une implication forte dans l'opinion publique. Malgré tout, on ne peut évidemment nier l'horreur du « geste » ainsi que sa préméditation, même si son ampleur est « négligeable » par rapport à d'autres. Pour moi, il s'agit sans aucun doute d'un crime de guerre, pour le reste, ce n'est pas si net.

 

A cela s'ajoutent d'autres faits, qui eux n'ont rien de génocidaire, malgré leur ampleur parfois plus vaste que, mettons, la shoah. Souvent, la mort n'est pas un but mais une conséquence. Ces actes sont qualifiés de génocides dans une volonté purement politique, en vue par exemple d'obtenir des réparations. Je fais là clairement allusion à tout ce qui touche de près ou de loin à la colonisation par les nations européennes de certaines terres, et de ce qui y est lié, par exemple la traite des noirs. Des cas souvent cités sont la colonisation de l'Algérie, le dépeuplement massif de l'Amérique latine au XVIème siècle ou encore la conquête de l'ouest. Un fait « annexe » est la traite des noirs.

 

La colonisation de l'Algérie n'a rien d'un génocide. Il s'agit d'une simple invasion militaire suivie d'une colonisation, avec mise en place d'un système ségrégatoire, cependant assez léger par rapport à d'autres. Bref, aucune extermination là dedans, même s'il est certains que divers actes n'ont pas été très « propres », euphémisme pour désigner des massacres. Mais encore une fois, entre massacre et génocide, il y a une nette nuance...

 

Un deuxième point important est la colonisation espagnole des Amérique, laquelle a été catastrophique pour diverses peuplades dont les plus connues sont les Aztèques, les Mayas et les Incas, et qui ont perdu 90% de leur population. Cependant, il ne s'agit clairement pas d'un génocide. La colonisation, datant en gros du début du XVIème jusqu'à sa moitié, a certes été violente: elle s'est faite par les armes, et a entraîné comme toute lutte armée son lot de massacres. Il faut rappeler en plus que beaucoup des conquistadores étaient des repris de justice qui fuyaient le vieux continent dans le but de se faire une nouvelle vie. Soyons clairs: beaucoup étaient des brutes sanguinaires. Cependant, bien vite divers ordres religieux se sont installés et développés au nouveau monde avec le soucis d'évangéliser les indiens, perçus déjà comme étant des hommes à part entière, et dont la situation s'est singulièrement améliorée après la controverse de Valladolid. Or, un fait marquant est à constater: ladite controverse a eut lieu en 1550, alors que la chute catastrophique de démographie date d'entre 1580 et 1600, soit au bas mot 30 ans plus tard, alors que les mauvais traitements avaient fortement diminués. Au contraire à ce moment, les sociétés étaient en plein métissage, ce qui implique des contacts étroits entre blancs et indiens. Les pertes subies par ces peuples proviennent en fait en majorité de maladies diverses, le rhume étant un candidat valable. L'autre partie provient de mauvais traitements, mais d'une part c'est comparativement négligeable, bien que honteux, d'autres part l'extermination n'est dans ce cas pas un but, mais une conséquence de l'esclavage. Bref, de manière indiscutable, cette conquête et ce qui a suivi n'a rien de génocidaire.

 

Un dernier point concerne le soit-disant génocide des noirs. Là encore, ce n'est pas le cas. Certes, cette déportation honteuse qu'a été la traite des noirs est proprement scandaleuse et horrible, cependant le but n'est pas l'extermination mais bien l'exploitation, ce qui est différent. Que cette exploitation ait entraîné des pertes très lourdes pour les ethnies africaines est indéniables, mais cela « ne suffit pas ». Regardons les chiffres: la traite triangulaire Europe-Afrique-Amérique a concerné environ 10 millions de personnes. Parmi elles, un à deux millions sont mortes. Les mauvais traitements étaient monnaie courante, ceci dit pour un négrier un noir mort correspond à de la marchandise perdue, donc à un manque à gagner. Pareil pour un propriétaire terrien exploitant des esclaves: ceux-ci n'étaient pas gratuits, et il n'y avait donc aucun intérêt à les massacrer. Cependant, il est clair que les conditions honteuses de voyage notamment sont à l'origine d'une surmortalité importante, de l'ordre de 10 à 20%. A noter qu'il y a eu d'autres traites des noirs: une traite interne à l'Afrique (principalement à destination des pays du Maghreb) ayant concerné environ 15 millions de gens, et une traite orientale via des esclavagistes arabes ayant touché 20 à 25 millions de noirs. Chose curieuse: à l'heure actuelle, diverses associations militent en Europe pour la reconnaissance en tant que génocide de la traite triangulaire, mais l'on entend rarement parler des deux autres traites, pourtant plus importantes et historiquement plus étendues. Fait marquant: ce sont les mêmes associations qui militent pour un soit-disant « génocide » en Afrique du nord lors de la colonisation française, nonobstant le fait que les pays du Maghreb ont déporté bien plus de noirs que l'Europe... Là, on est clairement dans le cas de groupuscules qui pour une raison politique tentent de nous faire culpabiliser de notre histoire, dans le but d'obtenir réparation, et de jouer avec nos éventuels remords... A noter que Dieudonné est l'un des plus fervent partisan chez nous de l'appellation de génocide de la « race noire ». Ce « comique » va jusqu'à affirmer que cette traite a concerné 600 millions de noirs. On voit là l'énormité et toute l'aberration dont est capable ce drôle: l'ensemble des traites a concerné entre 45 et 60 millions de gens. Le trait est donc un tantinet grossi...

 

On peut également parler de faits qui ont tout d'un génocide, mais ne sont pas reconnus comme tel, pour cause de limitation de la définition. Je pense là aux crimes communistes à l'encontre de diverses classes sociales. Pour comprendre, il faut savoir que l'on a tenté dans les années 50 (ou 60, honnêtement je ne sais plus...) d'amender la définition pour y ajouter le critère « classe social » en plus de ceux touchant à l'ethnie ou à la religion. L'URSS y a mis son véto. Forcément, l'accepter aurait été pour elle se tirer une balle dans le pieds... Car bien entendu, le fondement même de la révolution russe a été l'extermination des classes dirigeantes par le « peuple », ou en tout cas ceux se prétendant comme tel. Je nuance, car il faut souligner le fait que les principales victimes ont été les paysans, souvent réticents et donc jugés contre-révolutionnaires. Bref, on est loin des odieux exploitants capitalistes. Pour moi, et même si d'un simple point de vue juridique ce n'est pas le cas, un crime d'extermination d'une catégorie de personnes définies selon un critère politique ou social revient au même qu'un génocide, lequel est basé sur un critère racial. Quelques faits marquants: les koulaks (propriétaires terriens) d'URSS ont été déportés massivement: sur deux millions de déportés, un million n'en sont jamais revenus. Pour moi, c'est le cas typique d'une extermination programmée sur une population bien ciblée: bref sans aucun doute un génocide. L'holodomor (grande famine du début des années 30 en Europe de l'est due à la confiscation des récoltes sur ordre de Staline) est parfois présenté comme un génocide, en tout cas le gouvernement ukrainien essaie de le faire reconnaître comme tel. C'est pour moi délicat, car toutes les couches de la société ont été touchées sans distinction dans ce qui fut la plus grosse famine de l'histoire récente en Europe. Jugeons plutôt: entre 5 et 7 millions de morts dans un croissant compris entre l'Ukraine et le Caucase. Si le but était clairement de mater des régions jugées instables, l'extermination n'est pas nécessairement souhaitée, et le fait qu'il n'y ait eu aucun critère réel de délimitation d'une frange de la population empêche pour moi l'appellation de génocide. Pratiquement tous les régimes communistes mis en place, que ce soit en Europe de l'est ou en Asie, on exterminés de nombreuses personnes selon leur niveau social. A ce titre, ils sont pour moi de près ou de loin tous liés à des actes qui, de par leur ampleur, leur préméditation, leur froide mise en place et leur ciblages correspondent à la définition du terme « génocide ». Leur reconnaissance est cependant problématique, car plusieurs grandes puissances sont concernées (Russie et Chine surtout), et le communisme s'attire encore une sympathie certaine dans une frange non négligeable de la population.

 

Comme on le voit, la question est complexe, et il est certain que son analyse demande une certaine rigueur et pose souvent problème, de part l'importance même des faits concernés, et de leurs implications potentielles.

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Published by sonata - dans Histoire
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