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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 14:56

 

Ce matin Imagix Mons, le cinéma phare du Hainaut, a brûlé. Ce matin, un pompier est décédé en combattant l'incendie. Un de plus. Cet homme, Etienne Manise, était âgé de 39 ans, père d'un enfant de 3 ans et membre du club de rugby local. Et il se trouve encore des gens, en Belgique, pour considérer que sapeur-pompier n'est pas un métier à risque. A ces gens, politiciens en tête, je leur dis: « que vous faut-il de plus? ».

 

Les circonstances de l'incendie sont encore incertaines. L'origine criminelle n'est pas écartée, certains avancent même un règlement de compte. Il faut dire que le feu a démarré dans la discothèque jouxtant le cinéma. Cette discothèque ainsi que la brasserie attenante ont été complètement détruites, les dégâts au cinéma en lui-même n'étant pas encore bien évalués. On a évité le pire: à l'heure de l'incendie avait lieu l'avant-première du film de Dany Boon, « Rien à déclarer ». La « seule » victime étant le pompier montois.

 

Mais c'est une victime de trop. Les circonstances de ce décès sont également inconnues, une enquête devra avoir lieu et il est bien entendu trop tôt pour pointer d'éventuelles responsabilités. Mais entre les pleurs, les suppositions et l'émotion soulevée, on ne peut que souligner certains points qui manifestement ne l'ont pas été suffisamment jusqu'à présent, et ce alors que le sujet est récurrent à chaque drame de la sorte. Comme par exemple le fait que leur métier n'est pas reconnu pénible ou à risque.

 

Les pompiers en Belgique ne forment pas un corps indépendant, mais sont considérés comme des agents communaux dépendant des institutions locales. Il en résulte qu'il y a près de 250 corps de sapeurs-pompiers, et que leur régime varie selon leur localisation. Mais d'une manière générale, il en ressort une tendance nette: quelle que soit la caserne concernée, elle se caractérise bien souvent par un manque de moyen criant. Une bonne partie du matériel date de plus de 30 ans, et l'arrivée de nouveaux véhicules peine à compenser les retraits. Certaines casernes sont à la limite de l'insalubrité. Mais par-dessus tout, je l'ai déjà dit, leur métier n'est pas reconnu comme étant dangereux, contrairement par exemple aux policiers (ce qui est normal, je ne dénigre en rien ces derniers qui font un travail formidable comme je l'ai déjà évoqué). Un comble.

 

Ces polémiques ne datent pas d'hier. En fait, elles sont venues sur le devant de la scène lors du drame de Ghislenghien, où 5 victimes sur 24 étaient issus des rangs des soldats du feu. A ce moment, l'affaire avait été mise en avant aussi bien par les médias que par les politiciens qui promettaient de remédier à la situation. C'était il y a 6 ans. Depuis, on a inauguré un nouveau centre de formation ultra-moderne. Insuffisant. Je me souviens qu'à l'époque, on avait évalué les besoins en véhicule à un minimum de 70 million d'euros. Seuls deux petits millions avaient effectivement été alloués cette année-là, soit à peine de quoi acheter 3 camions-échelles. Des progrès ont été fait, mais toujours aussi faibles, en particulier l'harmonisation des status professionnels est encore loin d'être une réalité.

 

Et pourtant, ces hommes combattent le même ennemi. Il est lamentable de constater qu'à l'instar d'autres défenseurs et protecteurs de la société (comme les policiers) ils sont lâchés – car le mot n'est pas trop fort – par l'arrière sensé les soutenir. Ces hommes font un métier dangereux, et n'hésitent pas à donner leur vie pour les autres, et parfois même simplement pour du matériel. Les abandonner comme c'est trop souvent le cas est une véritable trahison, une insulte à la mémoire de ceux qui y laissent leur peau et une abomination.

 

Nul doute que l'on va encore en parler pas mal dans les jours à venir. Entre promesses et récupération politique, le nom de la victime va à tous les coups être instrumentalisé. Comme si la douleur de ses proches, famille, amis et collègues n'était pas suffisante sans aller encore en rajouter. Non, par-delà la mort déjà difficile à assumer d'Etienne Manise, il va encore leur être réclamé un sacrifice. Celui de son nom. En espérant que cette fois, il ne sera pas vain.

 

Aussi à ces gens, je ne peux que leur souhaiter bon courage. Ainsi que des sincères condoléances, si futiles soient-elles.

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Published by sonata - dans Belgique
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