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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 15:08

 

Je quitte un peu les domaines habituels de ce blog, à savoir la politique, la critique de wikipédia, l'islam ou l'actualité pour aborder un sujet historique qui m'a toujours captivé, à savoir l'Empire Mongol. Je compte en effet rédiger une série d'articles présentant les conquêtes gengiskhanides et leur influence non négligeable sur le monde. Je ne sais pas si ce sera très suivi, étant donné que je n'ai pas vraiment le temps de m'y consacrer à fond, mais étant donné la méconnaissance de ce sujet dans notre culture occidentale, je pense qu'il y a là un vide à remplir, en orientant éventuellement vers diverses pistes de recherches pour approfondir.

 

Je vais débuter aujourd'hui avec un petit article présentant certaines conséquences non négligeables des invasions mongoles -bien que je n'aime pas ce dernier terme que je trouve réducteur et inutilement péjoratif- sur l'évolution postérieure du monde occidental. Pourquoi débuter par là me direz-vous? Et bien tout simplement pour souligner l'importance de ce phénomène unique dans l'histoire – à savoir une horde nomade qui s'est mis en tête d'unir tous les peuples de la Terre pour les mettre à égalité - et justifier ainsi son étude. Aujourd'hui, alors que l'on analyse à foison au collège ou au lycée le Moyen-Age en adoptant un point de vue strictement franco-centré, on fait quasi systématiquement l'impasse sur les évènements extérieurs dont dépend justement cette histoire européenne.

 

Et cela se ressent dans la littérature francophone consacrée à cette période, qui demeure très pauvre concernant Gengis Khan et son empire. Finalement, seuls quelques auteurs ressortent et font figure de référence, et ce alors qu'ils ne datent pas d'hier. Le premier est Renée Grousset, orientaliste français de la première moitié du siècle dernier, qui est surtout connu pour sa mémorable « Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem » en trois tomes, qui demeure encore inégalée aujourd'hui. Concernant les Mongols, il a publié notamment « L'empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan », « Le conquérant du monde », remarquable biographie de Gengis Khan et « L'empire mongol ». Le deuxième auteur notable est Jean-Paul Roux, récemment décédé, et dont la spécialité était l'ensemble du monde Turcophone (là où Grousset s'est concentré en plus des croisades sur la Chine). Jean-Paul Roux a lui publié une « Histoire de l'empire mongol » qui est aujourd'hui la référence en la matière, ainsi que « La religion des Turcs et des Mongols ». A noter qu'il a également publié un ouvrage sur Tamerlan, autre grand conquérant qui est souvent méconnu de part chez nous.

 

Et c'est à peu près tout. Même sur internet, on constate une pauvreté remarquable sur le sujet, et ce alors que diverses œuvres de Grousset, aujourd'hui libres de droit, ont été numérisées par l'université du Québec. Cette méconnaissance est à l'origine de bien des mythes, et nombreux sont ceux qui, en Europe du moins, voient aujourd'hui les Mongols tels qu'ils étaient décrits par leurs contemporains occidentaux emprunts de catholicisme: à savoir des barbares démons tout droit venus des enfers. Tout ce que l'on en retient aujourd'hui en Occident, ce sont les effroyables massacres dont ils furent les auteurs, en passant sous silence le rapprochement unique et inédit pour l'époque entre Orient et Occident que leurs conquêtes ont permis, et qui a perduré pendant plus de 150 ans. C'est pourquoi je compte en parler maintenant, en rentrant dans le vif du sujet. Bien entendu, ce sujet est vaste, et je vais donc me limiter à l'influence mongole sur l'Europe occidentale, et encore dans les grandes lignes. Pour poursuivre, je ne peux que conseiller de se diriger vers les ouvrages que j'ai déjà mentionnés. Pour ma part, mon préféré a été « L'histoire de l'empire mongol » de JP Roux, qui combine à la fois (dans une certaine mesure) abordabilité et exhaustivité, ce qui est assez rare.

 

Les conséquences de l'essor des Mongols dans l'histoire européenne sont bien plus importantes que ce que l'on suspecte apriori. Et ce alors qu'assez paradoxalement l'Europe de l'ouest est l'une des rares régions du monde connu à ce moment à avoir échappé aux invasions. L'empire à son apogée s'étendait en effet depuis la Corée jusqu'à la Hongrie, couvrant un territoire correspondant à une fois et demie la superficie de l'ex-URSS, soit le plus grand empire de tous les temps. Parti vers le début du XIIIème siècle de la Mongolie, terre pauvre et aride s'il en est, à la tête de quelques dizaines de milliers de cavaliers, Gengis Khan et ses descendants ont réussi à s'étendre jusqu'en 1260, date de la division de l'empire en 4 parties qui allaient à partir de là évoluer plus ou moins indépendamment les unes par rapport aux autres, en entretenant cependant des relations étroites. Un point important est que pour la première fois, des voyageurs pouvaient assez rapidement pour l'époque voyager depuis l'Europe jusqu'à la Chine en relative sécurité, ce qui permis des échanges commerciaux et diplomatiques de la plus hautes importance. Lors de l'effondrement de l'empire (bien qu'il survécu en Crimée jusqu'en 1924), ces routes commerciales allaient être coupées, et il faudrait attendre jusqu'à l'avènement des empires coloniaux modernes pour pouvoir les rétablir avec une efficacité comparable.

 

On ne peut bien entendu faire l'impasse sur les conséquences directes, découlant des destructions liées aux invasions qui frappèrent l'Europe de l'est, Pologne et Hongrie en tête, et qui causèrent l'affaiblissement de ces territoires. Il est certain que les croisades baltes, avec l'essor de la Lituanie d'une part, et des chevaliers teutoniques de l'autre, furent grandement facilitées par ces catastrophes. Cependant, ce n'est pas là le plus intéressant.

 

L'influence mongole a été capitale également dans l'histoire des croisades, permettant sans nul doute de prolonger l'existence des royaumes croisés en Terre Sainte. En effet, les musulmans de Syrie étaient brusquement pris à revers par ce que les Chrétiens croyaient à l'origine être les « troupes du prêtres Jean » venues d'Orient. Forcément, dans l'esprit de l'époque, tout ce qui n'était pas musulman paraissait être chrétiens, surtout si les guerriers mongoles surgissaient providentiellement alors que les royaumes croisés étaient à deux doigts d'être écrasés par la supériorité des musulmans. Saint-Louis, voyant l'aubaine, a immédiatement entretenu des échanges diplomatiques remarquables avec les dirigeants mongols, développant à cette occasion des relations plus que courtoises. Le pape lui-même en a profité pour tenter de convertir à la religion chrétienne les empereurs mongols. A noter d'ailleurs que ceux-ci ont toujours laissé sous-entendre que leur baptême était une option envisageable, même si au final cela ne sera jamais suivi d'effet. Enfin, ce n'est qu'après avoir vaincu les Mongols à Aïn Djalout (par ailleurs la seule défaite militaire des Mongols suite à une trahison des croisés qui avaient laissé passer les musulmans sur leur territoire) que les Mamelouks purent retourner toute leur puissance sur les croisés, menant à leur expulsion définitive de la Terre Sainte 30 ans plus tard.

 

A noter que l'épidémie de peste noire qui ravagea l'Europe milieu du XIVème siècle est à rapprocher directement des invasions mongoles. En effet, l'épidémie venait d'Asie, et a été transmise à des Européens lors du siège par les Mongols du comptoir génois de Caffa, en Crimée. C'est alors qu'après avoir évacué la ville, des Génois la ramenèrent dans nos contrés. Inutile de s'étendre longuement là-dessus, car on sait à quel point les conséquences économiques, culturelles, religieuses et sociales allaient être importante et marquer durablement les esprits.

 

Mais le plus important, au delà des croisades et du reste, est la prise de conscience européenne de ce qu'était alors le monde. Jusque là, la vision des chefs d'état de France et d'Angleterre, pour ne citer qu'eux, étaient limitée à ce qu'ils avaient sous leur nez, autrement dit à pas grand chose. Pour la première fois, le fait de pouvoir envoyer ambassadeurs, marchands et missionnaires à travers pratiquement toute l'Eurasie leur a montré à quel point celle-ci était vaste, riche et culturellement très variée. Alors que l'Europe Occidentale se repliait sur elle-même, on pourrait presque parler de médiocrité culturelle (malgré la littérature courtoise par exemple) comparé entre autres à la richesse du monde musulman, voilà que tout d'un coup, elle avait l'opportunité de s'ouvrir sur le monde. Et c'est ainsi que par exemple, des envoyés du pape purent nouer des liens avec des communautés chrétiennes reculées (jusqu'au XIVème siècle, le christianisme était majoritaire sur l'ensemble du Moyen Orient, devant l'islam) jusqu'en Chine. C'est ainsi également que Marco Polo et d'autres purent ramener d'Orient des richesses insoupçonnées. Mais plus que cela, c'est presque une vision fantasmée de l'Orient qui allait se développer chez nous, au travers des récits fabuleux de voyageurs décrivant un monde de légende. Puis, brusquement, cette porte qui s'était ouverte presque du jour au lendemain allait se refermer tout aussi vite vers 1350 lorsque l'Empire s'effondra. A la même époque, l'épidémie de peste ravagea le continent, et l'un dans l'autre celui-ci se retrouvait plongé dans un marasme inédit. Alors, en proie à des rêves inassouvis, nombreux étaient ceux qui allaient tout tenter pour pouvoir à nouveau bâtir des ponts entre ces deux mondes. La Castille allait envoyer des ambassadeurs à Tamerlan, tandis que Jean de Béthancourt atteignait les Comores. Mais rien de tout ça n'allait rouvrir la route de la soie, des épices et des pierres précieuses. La suite, on la connait: c'est à la lecture de Marco Polo qu'un certain Colomb allait se lancer à la recherche d'une route des Indes en allant non plus vers l'Est, mais vers l'Ouest.

 

Bien entendu, cela se serait de toute façon passé un jour. Mais c'est la conjugaison de découvertes venues d'Orient (comme la boussole), du développement d'un attrait pour celui-ci, de l'expansion d'idées de richesses culturelles, puis de la perte des communications que l'on avait préalablement développées qui allaient pousser les Européens à partir à la redécouverte du monde. Et tout cela, on le doit à l'empire mongol et aux formidables voies ouvertes par ce que les historiens n'hésitent pas à qualifier de Pax Mongolorum, laquelle fut tout aussi influente si pas plus, bien que méconnue, que ne le fut la Pax Romana. Et ce à l'échelle du monde, contrairement à l'Empire Romain.

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Published by sonata - dans Histoire
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