Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 11:23

On l'a vu plus haut, la scène politique wallonne est plus ancrée à gauche, là où celle de Flandre est clairement plus libérale. On s'en doute, ceci est lié de près ou de loin à la situation économique respective des deux régions, et cela peut également être lié à des différences de mentalité entre nord et sud. De là à ce que des nationalistes extrémistes grossissent le trait et mettent en avant ses différences et les renforçant à coup de clichés, il n'y a qu'un pas. En pratique, il est vite franchis.

Pour comprendre ces divergences, il convient de remonter en arrière, au moins jusqu'à la deuxième révolution industrielle, traduite dans nos régions par la découverte et l'exploitation de gisements de charbons, suivies de près par le développement massif de ce qui deviendra l'une des plus importantes industriel sidérurgique.

Entre parenthèses, au Moyen-âge, des villes telle que Bruxelles, Anvers, Bruges et Gand faisaient figure de pôles économiques européens, notamment grâce à une industrie textile très développée (les célèbres dentelles de Bruges et de Gand par exemple). Lors de la création de l'état belge en 1830, cette gloire était cependant passée, notamment à cause du blocus napoléonien qui eut finalement plus d'effet négatif sur les zones portuaires continentales que sur l'Angleterre pourtant cible du blocus.

Pour en revenir à la situation économique moderne, ce qui nous intéresse se situe lors des années 1850-1870. Jusque là, la population belge, hormis quelques centres urbains, est essentiellement rurale, avec tout ce que cela comporte: faible qualité de vie moyenne, faible niveau d'alphabétisation, et j'en passe. La situation s'est globalement améliorée lors du boom économique lié aux gisements de charbon, et à l'implantation chez nous des plus gros groupes sidérurgiques mondiaux. Certes, les richesses générées alors étaient réparties de manière très inégale: à une petite élite d'industriels s'oppose une masse énorme d'ouvriers travaillant dans des conditions pénibles. Cependant, l'amélioration de l'éducation, ou des soins de santé notamment est due pour partie à des investissements réalisés par ces mêmes riches. L'ennuie, c'est que cette situation concerne essentiellement la Wallonie. La Flandre, faute de gisements, a à ce moment là loupé son entrée dans le monde moderne. Jusqu'à la deuxième guerre mondiale, il s'agissait d'une région extrêmement pauvre, l'une des plus mal lotie d'Europe. En contraste, la Wallonie était donnée juste avant la première guerre mondiale comme étant la deuxième plus riche du monde. Ce chiffre revient toujours, mais très honnêtement il est imprécis car je ne sais sur quel critère il est basé: s'agit-il de richesse brute, ou répartie en fonction du nombre d'habitants? Je ne le sais, mais quoi qu'il en soit, le PIB wallon d'époque était fabuleux.

La situation florissante actuelle de la Flandre est très récente: il s'est amorcée après la seconde guerre pour atteindre son paroxysme dans les années 70 et 80. Aujourd'hui, la Flandre demeure l'une des régions les plus productives d'Europe. La Wallonie quant à elle est restée très riche jusque dans les années 70. Après, un rapide déclin s'est amorcé, et la situation dans les années 90 est devenues catastrophique, au point qu'il s'agit d'une des plus pauvres d'Europe occidentale.

A quoi cela est-il dû?

Et bien à la politique menée dans l'immédiate après-guerre.

Les destructions ont été très importantes pendant la guerre en Wallonie, beaucoup moins en Flandre, tout simplement parce qu'il n'y avait là rien à détruire, la société étant encore très rurale. Cependant, la reconstruction wallonne a été si rapide et efficace, qu'elle n'a pratiquement pas dû avoir recours au plan Marshall américain. La Flandre en a alors profité pour faire -enfin- son entrée dans le monde moderne. Et elle l'a fait de manière très intelligente, en diversifiant ses activités. Une importante infrastructure a été construite ou agrandie, citons pour l'exemple les ports d'Anvers et de Zeebruges (devenus parmi les plus importants du monde, du moins concernant Anvers) ou l'aéroport de Zaventem, de loin le plus grand du pays. Les réseaux routiers et fluviaux, déjà importants, se sont modernisés (encore aujourd'hui, les réseaux belges sont les plus denses d'Europe, si pas du monde, et l'ascenseur à bateaux du canal du centre est le plus grand du monde) grâce aux capitaux wallons. A cela s'ajoutent des investissements belges ou étrangers importants, principalement dans les industries automobiles et chimiques, grâce surtout aux communications aisées via le port d'Anvers.

Bref, sa richesse, la Flandre la doit en grande partie à la Wallonie. Malheureusement cela n'allait pas durer, et dès les années 70, le début de la fermeture des mines annonçait le début de la fin. Manque de bol, les politiques, plutôt que de ré-investir dans d'autres secteurs au sud du pays, ont préféré tenter de sauver une industrie agonisante car dépassées à l'ère du pétrole. De fermeture en fermeture, la situation s'est vite dégradée, tandis que la Flandre, enfin riche, n'était pas inquiétée grâce à son économie très diversifiée.

Et aujourd'hui, qu'en est-il? Et bien le creux wallon pour moi se situe dans les années 90. Il y a clairement une renaissance aujourd'hui, un renouveau favorisés par divers éléments. D'abords une population jeune, là où celle de la Flandre est très vieillissante. Cette population a la chance de bénéficier d'universités très importantes, comme celles de Mons, de Louvain la neuve, de Liège, de Namur et également de Bruxelles (bien que non-wallonne, cette dernière dispose d'une aile francophone très importante: l'ULB). Ce dynamisme de la jeunesse attire des investisseurs étrangers, principalement dans des industries de pointe, comme par exemple l'aviation (Charleroi accueille ainsi le siège continental de Ryanair, troisième compagnie aérienne européenne en terme de transport de passagers, en très nette croissance -+1 000% à Charleroi en 10 ans!-), ou l'informatique (Google et Microsoft notamment s'implantent très fort chez nous). L'industrie pharmaceutique est également fort implantée chez nous, avec les trois plus grands groupes mondiaux dans le Brabant Wallon. Cela associé à un renouveau depuis 2005 de la classe politique, permet de croire raisonnablement en l'avenir. Nous avons connu un creux, mais ça va en s'améliorant.

En comparaison, la Flandre a fort souffert de la crise économique, notamment au niveau de son industrie automobile. La seule fermeture de l'usine d'Opel Anvers (pourtant l'une des plus rentables du groupe Opel avec un bénéfice net de 50M d'euro au dernier trimestre) à elle seule coûte 2600 emplois directs et plus de 10 000 indirects... Sa population est vieillissante, et elle va avoir du mal à l'avenir à payer ses retraités. Les investisseurs étrangers investissent toujours, mais on est loin de la situation des années 70, et en général ils préfèrent la Wallonie jugée plus dynamique.

En bref, la situation évolue tout le temps, et il y a une sorte d'alternance entre région riche et région pauvre. Ceci bien évidemment se répercute sur le paysage politique, et les conséquences sont importantes. Sur un prochain article, j'en parlerai, et je ferai également mention des conséquences sur la manière dont on se juge « les uns les autres »: quelle vision ont les Flamands des Wallons et vice-versa. Et quels mythes alimentent ces propos.

Partager cet article

Repost 0
Published by sonata - dans Belgique
commenter cet article

commentaires

Gaulois 09/09/2010 16:21



On se pose naturellement cette question : Anvers, Zeebrugge, Zaventem ont-ils été financés par l'Etat (belgo-flamand) ? Et si oui, les investissements faits par l'Etat en Flandre avaient-ils une
contrepartie en Wallonie ? J'avoue que je ne connais pas la réponse et que je ne suis pas très informé de ces questions, mais puisque vous les abordez, je cède au désir de profiter de vos
connaissances.



sonata 09/09/2010 17:22



Pour faire bref, la Flandre de cette époque était pauvre, la Wallonie riche. Les richesses de l'état belge, qui ont servi à financer la plus grosse part de ces infrastructures, proviennent
essentiellement de Wallonie (en fait c'est exactement le contraire de la situation actuelle, où environ 2/3 des richesses proviennent de Flandre). C'est donc en quelque sorte le travail des
Wallons qui a permi la construction de ces équipements.


Le plan Marshall pour la Belgique a également bénéficié quasi exclusivement à la Flandre, la Wallonie n'en ayant pas eu le besoin.


L'état fédéral a investi assez tardivement en Wallonie; en fait les plus grosses dépenses ont eu lieu pour tenter de sauver les mines (années 70-80), alors qu'il aurait été plus judicieux de les
consacrer à d'autres secteurs que cette industrie alors mourrante...


L'ennuie, c'est que si beaucoup de Flamands ont l'impression aujourd'hui (en partie à juste titre d'ailleurs) de soutenir économiquement la Wallonie, ils oublient que leurs richesses actuelles
proviennent en partie d'investissements wallons qui ont eu lieu auparavant. Qui plus est, de la fondation de la Belgique aux années 70 (soit 140 ans tout de même...) c'est la Wallonie qui portait
à bout de bras la Flandre.


Soyons clairs: le but de mes articles n'est pas de fustiger la Flandre, mais bien de contrebalancer pas mal d'idées reçues colportées par quelques extrémistes. Pour moi, il n'y a qu'une Belgique
et j'ai tous les jours des raisons d'en être fier. Nous avons certes des différences, mais je prends ça plus comme une occasion de s'enrichir mutuellement qu'autre chose. Et pour dire vrai,
j'admire par certains aspects la "mentalité" flamande. Je tiens à le préciser car on pourrait croire que je suis "wallingant", ce qui n'est pas le cas.



Présentation

  • : Sonata
  • Sonata
  • : Tout simplement quelques pages pour présenter mes points de vues et opinions sur divers sujets, tant du domaine historique que politique à ma modeste échelle.
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories