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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 15:51

 

Comme cité en début d'article précédant, le Conseil de l'enseignement supérieur vient de remettre un avis disant qu'aucun élève ne pourrait plus être exclu d'un cours en fonction de son habillement. La beauté de la chose, c'est que cela succède au renvoi d'un élève qui portait une casquette, le voile islamique n'est donc pas directement concerné dans ce cas-ci (même si pour l'étudiant concerné, le port de la casquette servait d'alternative au port du voile, lequel est fermement interdit. En apparence, la question du voile n'est donc pas au premier plan). Cependant, cela crée un précédant fâcheux. Et personne n'est dupe: le Conseil en question est dominé par le parti turc actuellement au pouvoir, le parti De la justice et du développement (l'AKP), qui n'est autre qu'un parti conservateur islamique. Bref, pas des enfants de cœur. Tolé parmi les recteurs d'université, qui sont pratiquement tous de fervents laïques ayant mené un combat pour que le port du voile soit interdit dans l'enseignement public. Il est clair qu'un bras de fer est engagé, et qu'à terme cela devrait déboucher sur un compromis. Pour l'instant, cet arrêt n'est que théorique, et n'est pas suivi d'effet en pratique, grâce à cette résistance de la part des unifs. Mais à coup sûr, le Parti n'en restera pas là, et finira par imposer sa volonté. Et les universités servent de barrage: étant des instances d'élite, hauts-lieux du savoir, véritable pouvoir non négligeable, ce sont elles qui sont les plus à même de s'opposer au gouvernement. Si elles cèdent, l'effet sera catastrophique, car dès lors rien n'empêchera plus le port du voile dans les lycées et dans l'ensemble de la fonction publique.

 

Le parti au pouvoir n'est pas un tendre. Il ne fait pas dans la dentelle, et n'hésite pas à prendre des décisions radicales avec d'absurdes arguments. Ainsi, selon cet article, et au nom de la modernité, le cite antique d'Allianoï va être englouti prochainement lors de la construction d'un barrage. Comme d'habitude, la propagande gouvernementale s'est activée: le ministre de l'environnement Veysel Eroglu a lui-même dit « Allianoï n'existe pas, c'est une invention (...) Il y a juste une source chaude, comme on en trouve dans toute la Turquie ». Encore une fois, du beau négationnisme comme on les aime. Pour en rajouter une couche, on enfuit le site avant la monté des eaux pour le « préserver » (sic!) dans le but d'une redécouverte ultérieure (re-sic!). Une telle politique n'est pas sans rappeler la destruction par les Talibans des fameux bouddhas géants...

 

Si le parti est radical, il se distingue également par ses amis, bien peu recommandables. Citons parmi-eux l'IHH, une organisation « humanitaire » (islamique) turque, présente un peu partout pour « secourir » des musulmans se trouvant dans des zones plus ou moins sinistrées, en autre par la guerre, comme la Tchétchénie ou l'ex-Yougoslavie. Selon divers rapports, l'IHH est en fait impliquée dans le recrutement et la mise sur pieds de réseaux de « combattants djihadistes », terme politiquement correcte pour qualifier des terroristes musulmans. A noter entre parenthèse qu'Al-Qaïda, à la base, n'était autre qu'une sorte d'association « humanitaire » assistant les populations concernées par la guerre d'Afghanistan. On sait aujourd'hui ce qu'il en est... Les deux associations auraient d'ailleurs été en contact, mais je tiens à dire que personnellement je n'irai pas jusque-là. La thèse d'Al-Qaïda, « super-pieuvre » du terrorisme à l'échelle mondiale ne m'a jamais totalement convaincue, même si je n'irais certainement pas jusqu'à remettre en question leurs multiples actions répugnantes. Quoi qu'il en soit, et quels qu'ait pu être les fondements réels à ces allégations, il est une chose certaine: l'IHH est directement responsable des incidents liés à l'arraisonnement des navires de la flottille « Free Gaza » en mai dernier, avec les conséquences que l'on sait. Ce sont ces hommes (40 membres de l'IHH) qui ont agressé les soldats israéliens, entraînant la riposte violente à laquelle nous avons assisté. Et qui en a gagné quelque chose? Les islamistes bien sûr, qui sont passés pour des martyrs et ont réussi à isoler plus que jamais Israël sur la scène internationale. Mais aussi le gouvernement turc, qui en a profité pour dans la foulée annuler divers accords et alliances avec ce même état d'Israël, accords pour le moins gênants politiquement pour un gouvernement ouvertement islamiste. Bref, d'une pierre deux coups. Tiens, et qui a permis à (et même poussé) l'IHH de participer à Free Gaza? Le gouvernement turc d'Erdogan. Tiens donc, le monde est petit... A noter une curieuse anecdote, mais qui montre à quel point la Turquie fais de grand pas vers un retour dans le passé. L'IHH intervenait en Turquie sur divers tremblements de terre, et des tensions sont alors apparues lorsque l'organisation refusait de laisser le gouvernement turc de l'époque jetter un œil à ses activités, à la suite de quoi il a été interdit à l'IHH d'intervenir à l'avenir sur une catastrophe sur le sol national. Curieux que l'on reparte maintenant en arrière...

 

Enfin, un dernier point potentiellement grave dans la mesure où il a été salué à l'échelon international, est le récent référendum portant sur un projet de révision de la constitution visant à réduire le pouvoir de l'armée et de diverses institutions laïques, et ce au profit de gouvernement. Cette réforme a été vu en Europe comme le signe d'une évolution démocratique. La réalité est plus complexe. Certes, en général l'armée est associé à une société conservatrice, globalement plutôt génératrice de dictatures en tout genre que de grands progrès sociaux. L'armée avait jusqu'à présent, via le Conseil de sécurité nationale, droit de regard sur quasi tout, ce qui en pratique lui donne un grand pouvoir. Si cela peut entraîner des excès, comme par exemple l'arrestation et la condamnation à mort d 'Adnan Menderes, l'un des premiers démocrates turc, cela a aussi permis au pays d'éviter de tomber sous la coupe d'islamistes radicaux à peu près en même temps que l'Iran. L'armée est intervenue pour s'emparer du pouvoir en 1980, alors que le pays sombrait dans une anarchie menée par des chefs religieux fanatiques. D'une manière générale, l'armée turque sert donc de contre-poids, bien nécessaire dans un pays où liberté et pensée et d'expression demeurent bien fragiles. Et ce n'est pas un hasard si les institutions laïques du pays soutiennent l'armée envers et contre tous. Pendant qu'en Europe on applaudit, en Turquie l'AKP se renforce et est assuré de rester au pouvoir encore un moment, ce qui lui permettra de détricoter encore plus la laïcité plus que précaire dans le pays.

 

On verra dans quel sens la situation va évoluer, mais il n'y a que peu de raison de se montrer optimiste. Et si un rejet de l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne risque fort d'accélérer la radicalisation actuelle, est-il souhaitable de l'intégrer alors que cette même radicalisation apparaît presque comme inéluctable? Il est clair que quoi qu'il en soit, le chemin est encore long à parcourir, que ce soit dans le respect des droits de l'homme ou dans l'application de la laïcité, qui sont des conditions non-négociables pour une éventuelle adhésion future. Si l'on ajoute à cela que la Turquie n'a pas grand chose d'européen dans son caractère, inutile de dire qu'en plus d'être difficile, cette évolution n'est sans doute pas une possibilité raisonnable à envisager. Quoi qu'il en soit, on voit bien que l'enjeu de ses interrogations est plus qu'important, surtout à l'heure actuelle.

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