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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 14:45

 

Un livre qui m'a pas mal marqué au moment où je l'ai lu il y a environ un an est sans conteste le livre noir du communisme, écrit par divers auteurs en charge des différentes parties, lesquelles sont définies par des critères géographiques. Ce livre, on s'en doute, a été fort décrié lors de sa parution et après, car il faut bien avouer que ce genre de titre pour le moins racoleur ne passe pas inaperçu... Il me semble important aujourd'hui de démêler le vrai du faux, voir où en sont les discours démagogues là dedans, et démystifier certains aspects des innombrables polémiques à son sujet, ne serait-ce que parce qu'il serait dommage de bouder une telle source d'information simplement pour des opinions politiques personnelles, surtout qu'il s'agit d'une des seules oeuvres qui a l'heure actuelle permet de se faire une idée est excès entraînés de près ou de loin par l'application au monde d'idéologies d'extrême-gauche.

 

Tout d'abords, qu'est ce que ce livre? Il s'agit d'une sorte de recueil, non exhaustif, de multiples crimes ayant été commis « par le communisme » ou en tout cas en son nom, comme le précise le livre lui-même. La distinction me paraît importante, parce qu'elle est souvent oubliée par des critiques. Nous y reviendrons. Le livre, comme affirmé dès les premières pages, n'entend pas porter un jugement sur l'idéologie Marxiste ou sur le communisme dans ses principes, mais uniquement sur ses applications concrètes, et en particulier sur les diverses exactions qui en découlent. On n'entend pas analyser là les causes profondes, mais uniquement présenter les faits en eux-mêmes, en laissant à d'autre la possibilité et l'opportunité d'analyser. Le livre n'a de ce coté aucune autre prétention que d'apporter, source à l'appuie, des simples données sur lesquelles appuyer des analyses. Je crois que ce point est capital, et à garder à l'esprit lors de la lecture du bouquin. Aucun auteur n'accuse clairement les théories d'être responsables des divers carnages évoqués, mais plutôt leur application par des salopards finis s'en réclamant. Je ne compte pas ici m'étendre sur la question, juger des bien-fondés de Marx (entre autres) en quelques lignes serait bien présomptueux, d'autres plus calés que moi s'y sont cassés les dents en beauté. Je suppose qu'il y a du bon et du mauvais en tout, que le prétendu « génie » de Marx (ou sa stupidité, selon celui qui en parle) est à nuancer. Je me contenterai de dire que je ne crois personnellement pas qu'une idée aussi utopique que le marxisme (au sens large et quelle que soit la nuance) soit applicable dans son intégralité à une société humaine. Pour en revenir au livre, l'important est de garder à l'esprit qu'eux aussi laissent le soin à d'autres d'en juger. Dès la préface, on dit bien « il faut introduire ici et aussitôt une distinction entre la doctrine et la pratique ». On ne saurait être plus clair. La simple énumération d'une partie des atrocités commises au nom du communisme suffit amplement à s'occuper un bout de temps. Peut-être m'étendrai-je plus tard sur le contenu du livre, car il est vrai que l'évocation d'un cynisme tel que Mao, Staline ou d'autres ont pu avoir fait froid dans le dos.

 

Au niveau des critiques adressées au livre, certaines sont assez récurrentes. La principales concerne la préface, signée par Stéphane Courtois. Dans cette préface, Courtois a eu le tort de dire en substance qu'un enfant ukrainien mort de faim valait bien un enfant juif mort dans le ghetto de Varsovie. Et là, il touche où ça fait mal. D'une part parce que pour pas mal de monde, comparer des atrocités à celles du régime nazi ferait presque figure de blasphème. D'autre part parce qu'il a été courant chez des intellectuels se réclamant de la gauche de nier ou minimiser les crimes commis par d'autres personnes se disant du même bord (jusque dans les années soixante, la réalité même du goulag était fréquemment niée par chez nous). Enfin parce que certains lobbys juifs extrémistes prompt à crier à l'antisémitisme pour un oui ou pour un non ont de véritables crises d'urticaire dès lors que l'on ose dire que d'autres qu'eux ont souffert pendant la guerre. Attention, je ne généralise certainement pas là. Associer pareils extrémistes et juifs reviendrait à associer islam et terrorisme, chose dont je me défends. Sur ce point, je crois pour ma part qu'une victime du goulag, qu'une victime d'une déportation arbitraire vers la Sibérie la plus reculée (c'est à dire en pratique victime d'une condamnation à une mort lente et horrible) ou qu'une victime d'un camp nazi subit au final le même sort: une mort qui n'est préférable ou plus agréable ni dans l'un de ces cadres ni dans l'autre. Courtois a également été critiqué pour avoir donné un ordre de grandeur, entre les quelques dizaines de millions de morts dûs aux régimes fascistes et nazis, et les 100 million causés par des mouvances ou gouvernements d'extrême gauche. Une horreur: pas mal de personnes n'hésitent pas à prétendre que Courtois en disant cela (ainsi qu'en mettant à égalité des victimes de la Shoah et de l'Holodomor) place le communisme au dessus du nazisme en terme d'horreur. Or, Courtois lui-même dis bien quelques lignes plus loin: « notre propos n'est pas ici d'établir on ne sait quelle macabre arithmétique comparative, quelle compatibilité en partie double de l'horreur, quelle hiérarchie dans la cruauté ». Les critiques se gardent bien d'évoquer cette phrase, et celles qui suivent d'ailleurs. Enfin, l'introduction est critiquée car Courtois dit en substance qu'en ne révélant jusqu'à présent qu'à demi-mot les crimes « de gauches » pourtant connus depuis un bout de temps et en se focalisant quasi exclusivement sur ceux « de droite », les historiens ont failli à leur devoir de mémoire. Les critiques disent souvent que ce n'est pas là le rôle d'un historien que d'analyser ou de rapporter les horreurs, mais si eux ne le font pas, alors qui? Bref, même si le ton employé par Courtois dans sa préface n'est pas des plus subtil, les critiques à son égard sont pour beaucoup malhonnête, car elles ne font que retirer certaines phrases de leur contexte pour faire dire à leurs auteurs ce qu'il n'a jamais prétendu.

 

L'autre critique concernant l'ouvrage dans son ensemble cette fois, concerne le fait qu'il réunit sous le vocable « communisme », des idéologies bien différentes. Peut-être, mais le livre n'entend pas analyser ces idéologies, mais les débordements dans le cadre de leurs applications. Or, si une constante peut s'en dégager, c'est que TOUTES ont mené à certaines des pires horreurs de l'histoire. Qui plus est, je ne peux m'empêcher de penser à une expression d'un de mes anciens profs de français, lequel parlait « d'enculage de mouche », une expression synonyme en quelque sorte de « chercher des poux ». Car des spécialistes peuvent bien distinguer trotskisme, maoïsme, stalinisme, léninisme, marxisme ou communisme, on ne peut en aucun cas nier la filiation plus ou moins grande entre eux. J'irai même plus loin en disant que la distinction entre ces mouvements est plus souvent liés à la forme qu'au fond. Un exemple: une différente majeure entre léninisme et maoïsme, est que le premier prône une révolution partant des centres ouvriers urbains et rayonnant vers les campagnes, là où le second entend mener une révolution des campagnes vers les villes. La raison en est simple, et d'ordre purement structurelle: il n'existe à l'époque pratiquement pas de « forces ouvrières » en Chine, société bien plus ruralisée que ne l'a jamais été l'ex-URSS. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de différence profonde entre ces diverses idéologies, mais les points communs sont là aussi, et malgré leurs différences leurs crimes restent une constante dans l'histoire du XXè siècle. Qui plus est, mettre en avant ces différences sert bien souvent à se rejeter la balle: un trotskiste vous prétendra n'avoir rien en commun avec un staliniste, et n'être donc en rien responsable des atrocités de ces derniers. Un léniniste quant à lui vous dira qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, ces œufs étant dans le cas présent plus de 20 millions de personnes. Une autre critique à la mord moi le nœud qui de toute façon n'enlève rien à la réalité des faits énoncés dans le livre.

 

Comment wikipédia présente-t-elle le livre? Et bien comme d'habitude de façon médiocre. Cependant, et de façon assez remarquable, elle ne met jamais en doute la véracité des faits dénoncés dans le livre (même si de temps à autres des contributeurs le dénoncent en page de discussion comme non-neutre, ça ne va pas plus loin). Sans doute parce qu'un certain lobby d'extrême droite a sa place sur le site et détourne probablement le contenu du livre à des fins démagos. Wikipédia recense également certaines critiques sur l'article. Mais chose remarquable, il est interdit (ou en tout cas ça l'était il y a quelques mois) de préciser l'orientation politique des critiques. On se rendrait compte alors que la majorité sont des intellectuels d'extrême-gauches, ou simplement des sympathisants très médiatisés mais pas forcément les plus malins des théories marxistes. Ce serait non-neutre de le dire. C'est bizarre ça: on ne le dit pas sans doute parce que l'on ne veut pas faire perdre tout leur crédit à ces critiques. A croire qu'une fois de plus wikipédia prend les gens pour des cons. En somme, elle considère comme à son habitude que les lecteurs sont incapables de prendre du recul par rapport à un fait, à savoir l'orientation politique des auteurs des critiques à l'égard du livre noir, et donc incapable de se forger un avis objectif. Ou comment prendre les gens pour des moutons. Il faut dire que ça ne change pas de l'ordinaire venant d'eux, eux qui ont peur par-dessus tout de toute forme de réflexion, laquelle serait à l'opposé de leurs principes fondateurs de neutralité ridicule.

 

En résumé, ne pas hésiter à lire le livre noir, en gardant bien à l'esprit qu'il s'agit d'un livre factuel qui n'a jamais eu la moindre prétention autre que celle de dénoncer des faits, et simplement des faits.

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Published by sonata - dans Réflexions
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