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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 14:21

 

Au lendemain de l'accueil mitigé de la dernière note de compromis présentée par le conciliateur royal, voici, rapportées sur le site de la RTBF, un extrait des principales réactions de la presse du nord comme du sud du pays. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas tendre, alors que l'on savait très bien que l'on ne pouvait en aucun cas se permettre de ne pas conclure d'accord pré-gouvernemental. Et pourtant, ils ont osé: le CD&V et la N-VA ont refusé la note, alors que celle-ci était déjà, de l'avis unanime, « très flamande ».

 

Pris sur le site de la RTBF.

 

« Au lendemain de l'accueil mitigé du CD&V et de la N-VA à la note Vande Lanotte - alors que les cinq autres partis ont dit leur volonté de continuer les négociations - la presse, tant du nord que du sud du pays juge sévèrement les deux partis de l'ancien cartel CD&V/N-VA.

La Dernière Heure publie deux pages blanches, assorties d'un commentaire. "Ces pages sont blanches, écrit Stéphane Tassin, parce qu'elles témoignent d'un ras-le-bol total. L'interminable cirque continue. Face à l'incapacité des négociateurs à conclure un accord au bout de 207 jours. Face à ces petites phrases stériles, face aux réunions secrètes, face à cette confiance manifestement brisée, face à ce gâchis monumental, nous avons jugé qu'il n'y avait plus rien à dire", écrit encore Stéphane Tassin.

Et le ton est donné, celui d'une lassitude partagée par toute la presse, avec des nuances toutefois. Le Soir constate : "CD&V et N-VA ont osé: ils ont dit neen". Car le constat est unanime : "ce non mais, neen maar, est de fait un non tout court". Njet, nichevo, nada. "Alors, le chaos à nouveau ?", se demande Béatrice Delvaux. Qui s'emporte : "on se moque des francophones là, non ? La Flandre voulait une grande réforme de l'Etat, elle l'a". Même en Flandre, on le dit, poursuit en substance la rédactrice en chef du Soir. "Rappelons qu'on demandait aux sept partis de se remettre à table pour négocier, amender, moduler le texte proposé. Ne pas dire oui à ce stade, avec ce qui est sur la table est tout simplement, excusez le terme, minable. Et gravement irresponsable."

Côté francophone, on pointe donc clairement du doigt les flamands, responsables de cette crise. C'est le sens de l'éditorial de Pierre-Francois Lovens, dans la Libre Belgique. "Surenchère flamande", écrit-il. "Avant même de connaître le sort de la note du conciliateur royal, il serait peut-être bon de rappeler à messieurs Beke et De Wever que leur surenchère n'est pas acceptable. La note apporte tous les éléments pour une importante réforme de l'état. Elle fixe un cadre, un périmètre qu'il convient de respecter sans pinailler. Chaque négociateur devrait agir avec sincérité. La N-VA et le CD&V font exactement l'inverse : ils chipotent et divisent", conclut Pierre-Francois Lovens.

Dans les quotidiens du groupe Sud Presse, Benoit Jaquemart exprime aussi sa lassitude : "Passons à autre chose, on a tout essayé avec la N-VA, mais le constat est là, c'est un échec. Négocier avec De Wever, acceptez mes demandes et puis c'est tout. Si la NVa veut des élections, si le CD&V parie sur un scrutin pour se refaire une santé, qu'il le dise. Au moins, les choses seraient claires. Mais de grâce, arrêtons ce jeu, c'est indigne", conclut le commentateur.

 

Un ton pas plus modéré dans la presse flamande

En tous cas dans trois quotidiens, le Laatste Nieuws, le Morgen et le Nieuwsblad. Luc Vanderkelen, dans Het Laatste Nieuws, sort l'artillerie. En visant tout particulièrement le CD&V, "ce parti à l'orgeuil blessé, écrit-il, un parti qui n'accepte toujours pas de ne plus être le numéro un, et qui se noie dans ses rivalités internes. Mais de toute manière, explique encore le commentateur, quelle viabilité aurait une coaltion si, de prime abord, ses partenaires ne sont même pas prêts à se remettre autour de la table. Le jour des innocents est passé, et il ne reste qu'une solution: que les marchés financiers tancent vertement la Belgique. On aura alors vraiment des raisons de pleurer, mais on finirait presque par l'espérer", constate Luc Vanderkelen. Qui au passage s'en prend au patron de la N-VA : "Tiens, toute la journée, hier, on a vainement attendu un commentaire de sa part. Il a fallu attendre le soir, et l'émission de slimste mens sur la VRT, pour voir enfin Bart De Wever. Absurde, alors que le pays est au bord du gouffre. On ne peut imaginer meilleur exemple du côté 'Titanic' de Bart de Wever".

"C'est sans espoir, écrit Yves De Smet dans le Morgen. Il n'y a qu'au pays du surréalisme qu'on peut briser une négocation sur, par exemple, les compétences en matière d'entrées et de sorties sur le ring de Bruxelles. L'inaptitude du CD&V et de la N-VA à aller au compromis rend la situation désepérée et, surtout, très grave."

Seuls le Standaard, le Belang Van Limburg et la Gazet Van Antwerpen, proches du CD&V et de la N-VA, pointent du doigt les francophones, tandis que dans le Nieuwsblad, Liesbeth Van Impe n'a qu'un mot : "C'est à hurler."

 

Didier Delafontaine. »

 

Fin de citation.



Petites clarifications pour bien comprendre, surtout adressée à d'éventuels lecteurs français. Le CD&V, parti flamand de centre-droit aux opinions théoriquement modérées, s'est allié en 2004 avec la N-VA, parti ultra-nationaliste flamand dont le premier principe inscrit au programme est « l'établissement d'une république de Flandre intégrée à l'Europe ». Inutile de préciser que ce dernier est également muni d'un programme socio-économique proche de l'extrême-droite, notamment sur les questions liées à l'emploi et à l'immigration. A coup de stéréotypes et de propos chocs, ce dernier parti a réussi a prendre l'ascendant sur son partenaire à l'issu de l'échec des négociations consécutives aux élections fédérales de juin 2007. A l'époque, le grand vainqueur était Yves Leterme, leader du CD&V, « monsieur 800 000 voix » comme on l'appelait alors, tandis que la NV-A ne devait son apparition sur le devant de la scène qu'à son alliance avec les chrétiens démocrates flamands. Malheureusement, suite à l'enlisement des négociations, une partie de l'électorat flamand, convaincu que l'on ne pouvait plus faire grand chose, s'est laissé séduire par le radicalisme de la N-VA. Lors des nouvelles élections ayant suivi la chute du gouvernement au printemps de l'année dernière, la N-VA, désormais suffisamment forte pour se détacher du CD&V, a remporté la mise, son président Bart De Wever obtenant à son tour plus de 800 000 voix. Ce qui fait figure de plébiscite sachant que les élections belges se font à la proportionnelle, et non à la majorité, et que la population flamande s'élève à environ 6 000 000 d'habitants. Son parti a quant à lui fait un score de près de 30% en Flandre. Inquiétant sachant que, rappelons-le, il s'agit d'un parti séparatiste. Fort de ce score le rendant incontournable, le parti s'est empressé de faire de multiples revendications allant dans le sens d'une plus grande autonomie pour la Flandre, que ce soit au niveau de l'emploi ou de la justice. Les francophones ont accepté beaucoup de choses, mais ce n'était jamais assez pour monsieur De Wever qui a systématiquement rejeté tous les pré-accords qui lui étaient proposés. Résultat des courses: cela fait 207 jours aujourd'hui que le pays se trouve avec un gouvernement « en affaires courantes », c'est à dire aux pouvoirs réduits, à l'heure où l'on doit faire face à une crise économique à l'échelle mondiale qui est loin d'être réglée.


Plusieurs personnalités ont été chargées par le Roi chacune à leur tour de mener des négociations en vue de la formation d'un gouvernement. Ces négociations ont à chaque fois échoué, et la dernière personne à avoir été chargée d'une mission par le Roi était Johan Vande Lanotte, figure de proue du socialisme flamand. C'était il y a deux mois. Il y a quelque jours, monsieur Vande Lanotte remettait sa fameuse note. Laquelle vient d'être rejetée par les deux partis déjà nommés. Si la N-VA la rejette par idéologie, il n'en va pas de même du CD&V qui cherche lui à reprendre à la N-VA une partie de ses électeurs qui ont fait le voyage inverse aux dernières élections. C'est de là que vient le commentaire « un parti à l'orgueil blessé » venant du journal Het Laatste Nieuws ».


Or, ce rejet était impossible: on doit trouver un accord, quel qu'en soit le prix! Diverses instances financières l'ont rappelé au mois de décembre: la situation économique belge est excellente, mais son instabilité politique en fait une cible de choix pour les spéculateurs. Et en effet, à peine l'annonce de l'échec était-elle faite que le taux d'intérêt sur l'emprunt pour la Belgique commençait déjà à remonter!


De plus, en l'absence de résultat, la seule « solution » est le retour aux urnes. Un nouveau vote est tout simplement inenvisageable, et personne n'en veut. Ni le contribuable qui commence tout doucement à se lasser, ni la presse, ni les partenaires sociaux, à savoir les syndicats et les patrons belges. Car tout le monde sait que de nouvelles élections ne résoudraient rien du tout. Le seul résultat serait encore une progression des nationalistes flamands, pour la simple et bonne raison que ce qu'ils disent depuis des années est en passe de se produire: la Belgique devient ingouvernable, ce qui a le dont d'exaspérer une partie de la population flamande, laquelle ne se rend manifestement pas compte que si le pays devient à ce point ingouvernable, c'est de la faute de la N-VA qui bloque tout depuis des mois.

C'est un petit peu comme aux Etats-Unis, lorsque les électeurs sanctionnent les Démocrates en votant pour les Républicains, alors que ceux-ci sont directement responsable de l'inefficacité du gouvernement. Mais si la tactique du blocage est aussi souvent employée, c'est parce qu'elle marche, et De Wever le sait.


Pourtant, la note a de quoi plaire aux Flamands, et est déjà inacceptable pour un francophone: elle prévoit la scission de la justice, du code de la route et d'une partie de l'impôt sur les personnes physiques en plus de ce qui était déjà réclamé par les nationalistes flamands à l'issu des élection, à savoir une régionalisation de la politique liée à l'emploi ainsi qu'à la sécurité sociale. Soit un transfert de compétences du fédéral vers les entités fédérées qui oscille entre 20 et 25 milliards d'euros, alors que l'on parlait encore cet été de « seulement » 13 milliards. Et ce, sans aucune compensation significative pour les francophones: autrement dit, on se trouve là face à une Flandre qui dicte sa loi, et n'en a pas encore assez, alors même que les francophones pour éviter le blocage ont accepté bien plus que tout ce qu'ils étaient jusque-là près à concéder. Et ça ne suffit pas pour l'Ogre De Wever.


Si je n'étais pas inquiet lors des élections, je commence sérieusement à le devenir. Car on touche là au fond de l'absurde: des partis n'hésitent pas à sacrifier l'intérêt de l'ensemble de la population, aussi bien francophone que flamande, par pure démagogie et en prétendant agir pour le bien de cette dernière. L'heure est grave, et on va le payer cher. Une épée de Damoclès est suspendue au dessus de nos têtes: en l'absence d'un gouvernement stable dans les six mois, la notation économique de la Belgique va être sérieusement revue à la baisse. Et là, tout le monde y perdra.

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Published by sonata - dans Belgique
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