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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 14:01

 

C'était à prévoir, à craindre même devrais-je dire: une fois son contrôle (relatif) sur les chambres perdu, le président américain Barack Obama ne pouvait plus vraiment espérer pouvoir faire passer la moindre mesure efficace dans la suite de son mandat. Les Républicains, loin de se ranger raisonnablement derrière le président dans un grand élan national, semblent en effet plus que décidés à lui mettre des bâtons dans les roues, dans l'espoir de rendre sa présidence totalement inefficace pour pouvoir à terme reprendre le pouvoir lors des prochaines élections. Quitte à ce que l'intérêt de la nation passe au second plan et que tout le monde doivent à terme s'en mordre les doigts aux Etats-Unis. Aucune surprise à ce niveau: même avec une majorité au sénat et au congrès, Obama a eu bien du mal à faire passer sa réforme des soins de santé ainsi qu'un bien modeste plan de relance. La perte de cette majorité n'augurait rien de bon; nos craintes se retrouvent aujourd'hui confirmées.

 

L'une des mesures proposées pour réguler (bien légèrement d'ailleurs) les marchés financiers et récupérer une partie de l'argent investi dans les banques consistait en la mise en place d'une taxe, très faible (0,15%) , sur les actifs des grandes banques américaines. Cette taxe aurait permis de récupérer sur 12 ans 117 milliards de dollars (ce qui entre parenthèses est très faible par rapport à l'argent investi pour « sauver le système », c'est à dire pour lui permettre de continuer exactement comme avant nonobstant la dangerosité d'une politique spéculative). Ce projet de loi vient d'être enterré, sans doute définitivement. Bref, le -mince- espoir que nous pouvions avoir concernant une éventuelle prise de conscience par rapport aux risques du système actuel s'envole. Ce qui ne surprendra personne.

 

La cause première de cela est bien entendu l'opposition farouche des Républicains à cette idée. D'une part parce qu'elle va à contre-sens par rapport à l'idéologie ultra-libérale qui est la leurre, mais aussi et surtout parce que, par principe, ils ont décidé de rendre le pays ingouvernable tant que les Démocrates restent à la maison blanche. Et ça marche: leur opposition farouche est l'une des causes de l'échec démocrate aux élection de mi-mandat. Les électeurs, déçus par l'immobilisme apparent du gouvernement, perdent leur confiance en ce même gouvernement, Obama en tête. Sans même se rendre compte que les vrais responsables sont ceux à qui ils accordent leur vote, par sanction vis-à-vis du président.

 

Mais les Républicains ne sont pas les seuls responsables, ce serait trop facile. Obama lui-même y est pour quelque chose, et il a beau prétendre avoir tiré les leçons de sa dernière défaite électorale, j'y croirai quand je le verrai. On l'a vu début de semaine, le compromis arrachés aux républicains (prolongation des diminutions d'impôts pour les plus riches en échange d'un nouveau plan de relance -bien insuffisant-), qui est cyniquement présenté comme une victoire. Victoire oui, mais pour les Républicains; l'une de leur mesure phare est reconduite, en échange d'un plan qu'ils savent insuffisant pour débloquer la situation. Ce plan étant celui d'Obama, il est clair qu'il portera la responsabilité de son échec, ce qui se paiera cash dans les urnes.

 

Obama a pour défaut de ne pas prendre suffisamment d'initiative. Il est certes très doué en matière de communication, mais cela ne suffit pas; on l'a vu ces deux dernières années. Et sur le terrain, ça ne suit pas: ses mesures sont beaucoup trop modestes, lui-même est hésitant, pensant toujours pouvoir réunir autour de lui jusqu'à l'opposition républicaine dans un grand élan patriotique. En pratique, il en est loin. Concernant l'abandon de ce projet de taxe, sa responsabilité est directement mise en cause: il a soigneusement évité de le défendre.

 

C'est d'autant plus dommageable que l'Europe s'engage elle dans l'adoption de diverses taxes semblables. Si nous se sommes pas suivis ailleurs dans le monde, la conséquence logique est que ces mêmes actifs partirons à l'étranger où ils savent qu'ils ne subiront pas cette politique fiscale. Le premier à le déplorer est l'économiste qui, de par sa fonction, est le plus puissant au monde: Dominique Strauss-Kahn. On se souvient que lors du sommet du G20 de Toronto, où une taxe coordonnées à l'échelle mondiale avait été abandonnée, DSK se félicitait du fait qu'au moins la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis y auraient recours. Aujourd'hui, il déchante.

 

Dernier point cocasse: l'argument invoqué par les Républicains et les puissants lobbys bancaires pour justifier l'abandon de cette taxe. Ils prétendent que le plan d'aide de 700 milliards de dollars versés au secteur bancaire en 2008 n'a finalement rien coûté au contribuable américain, ce qui rend une taxe dont la raison d'être est de récupérer une part de cet argent inutile. Or, quand Obama tente de faire passer d'autres plans d'aide, les Républicains s'y opposent en mettant en avant le fait que cela creuserait le déficit. Ce qui est vrai dans l'absolu, mais comme parallèlement à cela les richesses produites augmentent également, le rapport dette/PIB reste inchangé, et la dette ne pèse pas plus sur l'économie, surtout si celle-ci se retrouve dopée. Alors il faudrait savoir. Finalement, une telle dépense pèse-t-elle sur le contribuable, ou non? Là, le discours Républicain change radicalement d'une fois à l'autre: quand il s'agit d'investissements visant à relancer directement l'économie, l'état n'a pas les moyens. Quand il s'agit d'aider les banques, on trouve miraculeusement 700 milliards. Joli tour de passe-passe! Ou plutôt, joli discours démago. Qui ne convainc ni DSK, ni moi-même. Et je suis près à parier que Krugman va bientôt nous en reparler.

 

Ha oui au fait, si le déficit est si important aux yeux des Républicains, pourquoi donc ne le comblent-ils pas en acceptant une taxation sur les plus riches, qui rapporterait elle-même 700 milliards par ans?

 

Bref, et au vu de tout cela, je me demande qui peut encore garder l'espoir que le bon sens finira par triompher de l'autre coté de l'Atlantique. L'ennui, c'est que si l'économie américaine est déprimée, la nôtre va suivre à tous les coups.

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Published by sonata - dans Réflexions
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