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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 22:13

 

A l'heure où le sort du président Ben Ali semble encore incertain, celui de la Tunisie l'est encore plus. A l'issue d'une journée riche en rebondissements parsemée de multiples manifestations aux résultats divers, la situation reste des plus confuse. L'ancien premier ministre et ex-bras droit du président déchu, Mohamed Ghannouchi, s'est auto-proclamé président intérimaire alors que l'armée s'assurait le contrôle de la capitale.

 

A première vue, on ne peut que se réjouir du départ du président et de l'abandon du pays par sa belle-famille qui en monopolisait les richesses depuis 23 ans. La contestation populaire a atteint son but à court terme, c'est à dire la chute d'un régime depuis longtemps devenu illégitime. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il ne s'agisse pas là de l'échange d'une peste contre le choléra.

 

L'avenir est incertain, mais l'on peut affirmer que l'opposition, brillamment muselée depuis 23 ans et par là même désorganisée, n'est pas en mesure d'assurer dans l'immédiat une transition démocratique. À très court terme, la prise de pouvoir par Mohamed Ghannouchi est peut-être le mieux qu'on lui puisse espérer, pour éviter que le pays ne sombre dans l'anarchie, laquelle pourrait déboucher sur une guerre civile ouverte. A condition bien sûr que monsieur Ghannouchi se rappelle que ses devoirs sont vis-à-vis du peuple, ce dont on peut douter étant donné sa position enviable au cœur même de l'ancien régime.

 

En l'absence d'une opposition populaire et laïque, on peut craindre un retour en force des islamistes, écartés du pays en 1987 mais qui, soutenus par la Libye voisine, pourraient très bien profiter de l'occasion pour reconquérir le pouvoir. A moins que Ghannouchi ne s'inscrive dans la continuité de Ben Ali. Bref, rien ne permet d'affirmer ce soir que le peuple soit le réel vainqueur de sa révolution.

 

C'est quelque chose d'assez courant dans l'histoire des révolutions: très souvent, elles aboutissent grâce à la colère du peuple, mais elles profitent à ceux qui sont réellement capables de la canaliser pour en tirer profit, qu'il s'agisse d'un parti politique (cas des bolcheviques), d'une classe sociale (cas des bourgeois en France en 1789) ou de l'armée (cas de Franco en Espagne). Au final, la classe populaire ne voit que très rarement sa situation s'améliorer. A l'inverse, une révolution populaire non-encadrée (Commune de 1870 ou Russie en 1905) est vouée à l'échec pour peu qu'il n'y ait personne pour en profiter une fois qu'elle a abouti.

 

Il est très rare qu'une élite intellectuelle, seule à même de reconstruire un régime démocratique, soit à la fois présente depuis le début pour encadrer la contestation, et en même temps encore en état par la suite d'assurer la transition.

 

En espérant pour le peuple tunisien que leurs espoirs ne soient pas déçus et que cette journée marque réellement l'histoire de leur pays.

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Published by sonata - dans Réflexions
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