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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 14:38

 

Il n'y a pas que de pauvres travailleurs misérablement exploités qui partent en grève. Pour preuve, ce week-end, la dure grève des contrôleurs aériens en Espagne. J'ai été sidéré d'apprendre que la loi martiale, mesure extrême s'il en est, a été décrétée à leur égard. Sur le coup, ces travailleurs se sont attirés ma sympathie. C'était avant d'apprendre leurs conditions de travail, qui m'ont encore plus sidéré, mais dans l'autre sens.

 

Car elles ne sont pas mauvaises ces conditions. Elles figurent même parmi les plus avantageuses que l'on puisse trouver en Espagne, pour ne pas dire en Europe. D'après cet article de la RTBF, le salaire moyen des contrôleurs espagnols s'élèvent, tenez-vous bien, à environ 200 000€ par an. Oui, vous avez bien lu, et non, il n'y a pas un zéro en trop. Ajoutez à cela une pré-retraite à 52 ans, et vous trouverez peut-être justifié le titre de l'article « L'Espagne choquée par les contrôleurs aériens ». Ouais, ben j'ajouterai qu'il n'y a pas que l'Espagne à être choquée pour le coup.

 

D'accord, les contrôleurs aériens sont importants et ont de lourdes responsabilités (mais ils ne sont pas les seuls). D'accord, ce n'est certainement pas un métier facile, et cela demande quelques compétences non négligeables comme une parfaite maîtrise de l'anglais. D'accord, les horaires ne sont pas toujours faciles (mais là encore ils ne sont pas les seuls), ce qui explique par ailleurs le montant astronomique des salaires dû en grande partie à la prestation des heures supplémentaires. Mais il ne faut pas pousser non plus!

 

Quelques chiffres: à titre de comparaison, le salaire espagnol moyen s'élève à 20 000€ par an (je crois me souvenir qu'en Belgique il est de 31 000€). On pourrait s'attendre à ce que le salaire public le mieux payé corresponde à la fonction la plus élevée, à savoir celle de chef du gouvernement. Et bien non! Luis Zapatero ne gagne que 78 000€ par an (par comparaison, Obama en est à 400 000). Leurs collègues européens touchent beaucoup moins. Ainsi en France le salaire brut à l'embauche est de 1300€ par mois, soit 17 000 par an en considérant un treizième mois. Au bout de 10 ans, le salaire brut passe à 3 600€ par an, soit 47 000 annuel, ce qui n'est pas mal avouons-le.. A cela, il faut ajouter les heures supplémentaires, mais même là on est loin du compte. Surtout qu'à salaire équivalent, le pouvoir d'achat est bien supérieur en Espagne qu'en France. En pratique, toute prime comprise, on peut considérer que le salaire réellement perçu est double (pareil en Allemagne, en Angleterre ou au Danemark).

 

Et malgré cela, on râle. Moi qui croyait que les Français étaient les plus grands râleurs du monde, j'admets que pour une fois les voilà battus, et de manière assez indécente! Mais pourquoi râlent-ils au juste ces malheureux? Et bien parce que leur salaire moyen a diminué. Petite précision: les 200 000€ correspondent à ce salaire après diminution. Ben oui, avant il s'élevait à 334 000€. Moi aussi, pour une telle diminution j'aurais sans doute râlé. 130 000€ de différence, ça doit correspondre à peu de chose près à une modeste résidence secondaire. Où deux BMW série 5 avec pas mal d'options. A l'échelle des 2 300 contrôleurs du pays, l'économie s'élève à 300 000 000, soit 4 fois le montant réclamé en Belgique pour rénover les services de pompiers. Il est à noter que les salaires des fonctionnaires espagnols ont été diminués de 5% cette année, de même que celui de Luis Zapetero, diminué lui de 15%. Maintenant, prenons un salaire moyen de 20 000€, diminué de 5%. L'économie réalisée avec la baisse de salaire des contrôleurs correspond à celle réalisée sur 600 000 salaires moyens diminués de 5% chacun. Amusant non? Et pour cela, les contrôleurs font grève.

 

Inutile de dire que la presse espagnole, qu'elle soit de droite, de centre ou de gauche, condamne unanimement cette grève sauvage, qui a de plus eut lieu lors du plus long week-end de l'année en Espagne. Et inutile de dire que, se faisant, les contrôleurs ont perdu la bataille de l'opinion publique, déjà bien secouée par le scandale lié à la découverte de salaires aussi faramineux et de conditions aussi idylliques, pour ne pas dire honteuse.

 

Comme quoi, les grévistes ne sont pas toujours de pauvres prolétaires exploités par de méchants capitalistes. Loin s'en faut!

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 20:29

 

Ça y est, l'information est tombée hier: les coupes du monde de football 2018 et 2022 seront organisées respectivement par la Russie et le Qatar. Alors, l'ouverture du monde du football vers de nouveaux horizons, ou le simple pouvoir de l'argent encore une fois à l'œuvre?

 

On peut se le demander, quand on voit les incohérences dans les dossiers des candidatures retenues, surtout face à d'autres alternatives bien plus crédibles. Observons le choix de la FIFA pour la coupe du monde 2018, à savoir la Russie. Première chose surprenante, la Russie n'est pas vraiment le pays du football. Si l'on compare avec l'Angleterre et la candidature conjointe hispano-portugaise, il n'y a pas photo. Bon, admettons, cela n'empêche rien, il n'est jamais trop tard pour s'y mettre et Europe et Amérique du sud n'ont pas à avoir le monopole dans ce domaine. OK. Regardons donc d'un simple point de vue pratique. Là, ça ne plaide pas du tout pour la Russie. Doux euphémisme, car à tous les niveaux, on peut largement mieux faire.

 

Commençons par les stades: dans les 13 villes retenues pour l'organisation de la coupe, deux (Moscou et Rostov-sur-le-Don) disposent d'un stade correct, bien que devant être mis à jour niveau sécurité. Mais l'infrastructure d'un événement aussi important ne se résume pas aux stades. Il faut aussi pouvoir accueillir les visiteurs étrangers, assurer leur sécurité et leur permettre d'aller d'un point à l'autre pour assister aux divers matchs. Là, on frise la catastrophe: l'infrastructure hôtelière est pratiquement inexistante et totalement incapable de répondre à la demande massive d'hébergement pour une coupe du monde. Les transports maintenant ne sont pas mieux adaptés, or la Russie est vaste, très vaste, et certaines des villes retenues sont éloignées les unes des autres de plusieurs milliers de kilomètres. La voiture est exclue, qu'en est-il des trains? Et bien il faut savoir que le réseau russe date de l'ex-URSS et est centré sur Moscou. Concrètement, cela signifie que pour aller d'une ville à l'autre, il faut quasi-obligatoirement transiter par la capitale, ce qui implique une sacré organisation (coordination entre les divers trajets), et de toute façon une perte de temps considérable: il n'est pas rare de mettre largement plus de 24h pour rallier une ville à l'autre. Ne parlons même pas de la sécurité: le réseau et le matériel sont vieux et usagés, pratiquement or norme. Au niveau des trajets par trains internationaux, la situation est encore plus cocasse: l'écart des voies russes n'est pas le même que celui des voies européennes, autrement dit un voyageur prenant le train en Europe à destination de la Russie doit d'office changer de train à la frontière. Le seul moyen de transport sera donc l'avion; or, les aéroports russes ne sont actuellement pas capables, et de loin, d'assurer un tel service. Quant aux compagnies aériennes russes, elles figurent parmi les plus dangereuses des pays « civilisés », avec des avions Iliouchine particulièrement médiocres niveau sécurité, quand ils ne sont pas carrément obsolètes.

 

Quant à la sécurité, elle a de quoi faire peur, à tous les niveaux. D'une part la petite et moyenne criminalité rend les rues des villes russes peu sûres (avec des taux d'agressions en tout genre parmi les plus élevés du monde, à Moscou notamment), d'autre part il est pratiquement certain que cette coupe représentera une occasion royale pour les divers mafias russes dont on connaît la puissance de se faire pas mal d'argent via des arnaques en tout genre, depuis des détournements au niveau des projets immobiliers (au dépend de la sécurité des installations, comme ça a été le cas pendant des décennies en Italie) jusqu'à des ventes de billets truquées et des paris en tout genre. Ne parlons même pas de la menace terroriste: quelle meilleure occasion pour les groupes de « dissidents » tchétchènes, abkhazes ou autres islamistes de faire pression sur le gouvernement russe? Et ce ne sont pas la police, l'ex-KGB ou l'armée qui vont savoir y faire quoi que ce soit: ces organismes autrefois puissants ne sont plus aujourd'hui que l'ombre d'eux-mêmes. Certes, ils sont entrain de se redresser après le creux des années 90 et la situation s'améliore, mais il y a encore du chemin à parcourir. Et même eux (surtout eux!) subissent la corruption à toutes les échelles, ce qui n'offre aucune garantie.

 

Bref, il y a beaucoup à faire. Et je doute fort que la Russie puissent se permettre un tel investissement, qui concrètement revient à rebâtir entièrement les infrastructures sportives, de transports et d'hébergement du pays. C'est là justement une occasion en or pour les Russes de se remoderniser, mais en seront-ils capables? La seule chose certaine, c'est que s'ils y parviennent, ce sera difficile. On pourra me rétorquer que l'Afrique du Sud y est bien parvenue, mais d'une part c'était vraiment tout juste (avec des stades encore en construction lors du début de la coupe), d'autre part le défis était d'un tout autre niveau au point de vue de la fréquentation: il y a fort à parier que l'affluence sera plus importante en Russie, ne serait-ce que par sa relative proximité avec l'Europe.

 

Si l'on regarde brièvement les autres dossiers, il est clair qu'il n'y a pas photo. Je ne vais pas m'étendre sur la candidature hispano-portugaise: ces deux pays sont au bord du gouffre économiquement parlant, et il est douteux qu'ils soient l'un comme l'autre capables d'un tel investissement qui de plus contrasterait pas mal avec la politique de rigueur économique qu'ils tentent de s'imposer actuellement.

 

L'Angleterre par contre présentait un dossier solide, et ce d'autant plus qu'avec l'organisation des JO à Londres en 2012 l'infrastructure s'y trouvait déjà en grande partie, et modernisée avec ça. Les stades à eux seuls sont pour certains parmi les plus grands d'Europe. L'offre hôtelière est également bien présente, même s'il y a fort à parier que la cuisine anglaise en aurait rebuté plus d'un! Blague à part, l'aéroport d'Heathrow est l'aéroport international ayant le plus de destinations au monde, quant à la communication avec le continent, elle est bien assurée via l'Eurostar et les ferries sur la Manche. Bon certes, une fois sur place on roule à gauche, mais on aurait certainement pu éviter la catastrophe... Pour moi, la seule chose qui aurait dû les mettre hors-jeu était les « soupçons » de corruption qui ont entâché le dossier. Bref, à part un temps de merde et une bouffe dégueu', cette candidature s'annonçait solide.

 

De même que la belgo-hollandaise. Le comité organisateur avait déjà prouvé sa valeur lors de l'Euro 2000, lequel était de l'avis général particulièrement réussi niveau organisation. La position centrale par rapport à l'Europe était un atout: nos infrastructures ferroviaires et routières sont plus que développées (bien que les routes wallonnes auraient bien besoin d'un entretien, la coupe nous aurait été plus que bénéfique à ce niveau), de même que le coté aéroportuaire. Au besoin, la proximité des aéroports de Munich et de Charles-de-Gaules aurait pu nous aider. Les hôtels sont nombreux et renommés, pas de soucis non plus, quant à la sécurité, elle est excellente. Bon, il aurait fallu retaper les stades, et la crise politique actuelle en Belgique ne plaidait pas en notre faveur (bien qu'il s'agit plus d'un prétexte que d'autre chose). Mais l'un dans l'autre, l'organisation de la coupe aurait permis des investissements dans des secteurs actuellement en crise, à savoir l'HORECA (hôtellerie et restauration) et la construction, sans compter le renforcement d'un sentiment d'union nationale, bien mis à mal aujourd'hui dans notre plat pays.

 

Qu'est ce qui a donc pu justifier le choix de la FIFA? Il est clair que l'on parle beaucoup de corruption, et même sans preuve réelle, personne n'est dupe. On a beaucoup parlé également de l'investissement personnel de Vladimir Poutine. Mais même l'implication de l'homme fort de la Russie ne suffit pas à justifier l'acceptation de ce qui était sans doute la plus ridicule des candidatures possibles, tant l'état russe n'a plus les moyens aujourd'hui de plier qui que ce soit à sa volonté. Mais si l'état ne les a pas, certains grands industriels russes, issus du communisme de l'ère soviétique et récemment acquis aux joies du capitalisme sauvage, les ont. Ces gens sont proches du pouvoir (Poutine), mais surtout plusieurs parmi eux ont déjà des investissements importants dans le monde du football, via la possession (entres autres) de divers clubs européens parmi les plus prestigieux du monde (je pense aux clubs du championnat anglais) et qui se distinguent également par des dettes colossales, allant parfois jusqu'au milliard d'euro. Que ces gens-là retirent leurs billes, et c'est tout le foot européen qui s'effondre. Et ça, la FIFA ne peut pas se le permettre. Certes, le foot européen est l'affaire de l'UEFA, mais quand on sait que le président de cette dernière est également vice-président de la première, il est illusoire de penser en terme d'indépendance du vieux continent par rapport à la FIFA.

 

Je ne vais pas m'étendre longtemps sur l'organisation de la coupe du monde de football 2022 au Qatar. On pourrait parler longuement de l'illogisme encore plus grand d'une coupe du monde organisée par 45°C à l'ombre dans des stades climatisés tout sauf écologiques, dans un pays dangereux pour les occidentaux et où pratiquement personne n'a les moyens d'aller, où la consommation d'alcool indissociable de tout club de supporters est fortement réglementée et où les femmes, mêmes étrangères, doivent porter le voile (et tant pis pour Larissa Riquelme! -et pour nous, avouons-le...-). Je ne doute pas de leur capacité matérielle à organiser cela: avec les Emirats Arabes Unis, ils font partie des rares pays au monde à pouvoir rapidement faire sortir du désert toute l'infrastructure nécessaire. Il faut dire que les pétrodollars aident beaucoup, de même que la réduction en quasi-esclavage de plus de 300 000 travailleurs pakistanais, à qui on a confisqué leurs papiers à leur arrivée dans le pays, ce qui les empêchent de rentrer chez eux. Et tant pis pour l'éthique de la FIFA qui n'en est pas à ça près, puisse qu'elle n'hésite pas à dicter leur conduite à des états démocratiques. Un exemple: elle exigeait le monopole absolu des panneaux publicitaires en Belgique dans un certain rayon autour des stades, en contradiction avec toutes nos lois!

 

A noter, dernier point, que la Russie a également hérité récemment de l'organisation des JO d'hiver de 2014 dans la charmante ville de Sotchi. Vous ne connaissez pas? Moi non plus. Du moins pas avant hier. Après recherche, il apparaît qu'il s'agit d'une modeste station balnéaire de la mer noire. Bémol? La température passe rarement en dessous de zéro (6°C en moyenne en janvier), il y a plus de palmiers que de flocons (la neige y est rare) et les seuls skieurs que l'on y croise pratiquent le ski nautique et non alpins. Pareil pour les surfeurs d'ailleurs. Ha oui, j'oubliais presque: c'est à deux pas de la Tchétchénie et de l'Abkhazie, régions réputées comme chacun le sait pour leur calme revigorant, leur attitude pacifiste et leur ouverture pro-russe. Ha non, excusez-moi, c'est exactement le contraire! M'enfin, c'est tellement illogique que la confusion s'explique, vous ne trouvez-pas?

 

Qui a dit que l'ouverture aux autres et l'humanisme était les seuls moteurs de promotion de ces évènements sportifs internationaux grandioses? Je ne sais pas vous, mais moi je n'y crois plus trop.

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 14:32

 

Hier soir, en passant devant ma télévision, j'ai vu une petite partie de l'émission de Ruquier « on n'est pas couché ». Parmi les invités, dont les habituels Naulleau et Zemmour, se trouvait Michel Onfray. Je n'ai été qu'à moitié surpris.

 

J'avoue ne pas porter dans mon cœur l'émission, pour moi de qualité plus que médiocre malgré ses prétentions pseudo-intellectualistes. Il s'agit plus pour moi d'un cirque que d'autre chose, mais on n'est plus à ça près sur France 2. On y trouve là un condensé de ce qui se fait de mieux en matière de populaire, pour ne pas dire populisme, avec ce que cela implique. Sous couvert d'un humour parfois douteux mais qui marche bien se cachent en fait pas mal de coups bas et de critiques en tout genre, généralement tout sauf fondées. A coup de traits grossis et d'attaques ad-hominem souvent à la limite de la grossièreté, on refait gaiement le monde. Ou plutôt une partie de l'actualité soigneusement sélectionnée dans le but de servir un propos généralement dans l'air du temps, avec en vrac des critiques à l'encontre du gouvernement, de l'économie mondiale ou encore de l'Eglise catholique, l'ensemble étant présenté de manière très simpliste mais provocante, histoire de toucher et de faire réagir un maximum de gens. L'ennuie, c'est que les analyses y sont pauvres, doux euphémisme, mais que l'on joue énormément sur les sentiments. Tiens donc, l'émotion face à la raison, ça ne vous rappelle rien? Moi ça me fait étrangement penser à du populisme: une situation à la base complexe, simplifiée à l'extrême, avec moult critiques basées sur l'image ou le propos cynique, mais rarement sur le raisonnement, et qui entend trouver des causes « évidentes » aux malheurs supposés des gens dans le but d'entraîner une réaction primaire, à chaud, de ces derniers. Pour faire bon genre, vous rajoutez une représentation « politiquement correcte » avec un arabe, un homosexuel ou une femme, histoire de montrer que l'on représente le « peuple ». Ha oui, j'allais oublié les flingueurs, Naulleau et Zemmour! Ils font la paire ces deux-là. On les aime. Ils dégomment, tirent à tout va les snipers du PAF, et ça plaît bien! De véritables jeux du cirque, où les martyrs chrétiens sont remplacés par de pauvres auteurs en manque de sensation. Mais le principe est le même! Un show de première, avec un joli massacre bien dans les règles, comme on le faisait déjà il y a 2 000 ans. Histoire d'éviter que ça fasse trop grossier, on camoufle le tout en faisant passer lesdits chroniqueurs pour de brillants intellectuels, qui en rajoutent un peu niveau culture histoire d'abuser le monde. Ils en disent beaucoup, donc ils sont malins, donc leurs critiques sont fondées, voilà ce que beaucoup de gens se disent. Le fait que leurs références culturelles sont souvent à coté de la plaque, voire carrément déformées échappe à la majorité, omnibulée comme elle l'est pas le spectacle. Le pire étant que ça marche assez bien dans l'ensemble...

 

Comme je le disais, France 2 n'en est plus à ça près. Je pense en particulier à la séquence « mon œil » qui passe le samedi après le JT de 13h. Là, c'est encore pire. On sélectionne soigneusement des séquences « choc » de l'actualité, que l'on retire de leur contexte (or, un propos tiré du contexte ne vaut absolument RIEN d'un point de vue argumentation) et qui accablent en général les mêmes personnes, Eglise en tête, comme c'est de bon ton aujourd'hui, le tout en 7 minutes. Rajoutez à cela une musique d'ambiance et des commentaires axés sur l'ironie et le cynisme à outrance, avec en plus une voie particulièrement énervante, et vous obtenez la recette parfaite d'un show qui marche, une véritable sitcom à l'américaine qui non seulement parvient à susciter l'émotion, mais en plus la canalise contre les cibles du reportage. L'ennuie aujourd'hui, c'est que quelqu'un qui dégomme et qui ouvre sa gueule est vu comme une sorte de don quichotte, un gars qui, parce qu'il critique à une époque où beaucoup ont l'impression d'être formatés et parce qu'il s'oppose au pouvoir, a forcément raison. Sauf qu'il y a critique et critique. Certes, la plupart des faits dénoncés sont effectivement critiquables. Mais il y a la manière de le faire, et ce n'est pas en faisant un show, fût-il de première, à grand coups d'attaques personnelles que l'on a raison. Le populisme, très souvent, dénonce des faits qui doivent l'être, comme par exemple le pouvoir détenu par une petite élite. Mais en simplifiant ces mêmes faits, le résultat est potentiellement pire que ce contre quoi l'on se battait à la base. Et là, que ce soit chez Ruquier ou à 13h15 le week-end, c'est exactement ce que l'on fait. Ce n'est pas un hasard si les traits sont grossiers et les propos choquant; on le fait parce que ça marche, tout simplement.

 

Et là dessus vient se greffer Michel Onfray. Alithia en a longuement parlé, lorsque ce type a sorti un bouquin qui est un véritable réquisitoire contre Freud et la psychanalyse. Pour faire simple, il entend démonter 70 ans de psychanalyse en arguant du fait que d'une part, elle ne guérit pas, d'autre part, Sigmund Freud étant un méchant monsieur pas beau, son travail est à jeter aux oubliettes. Grotesque, sur l'un et l'autre point. Certes, la psychanalyse ne guérit pas, mais ça n'a jamais été son ambition; elle apprend à vivre avec ses problèmes. Il dit également que la clientèle de Freud étant essentiellement aisée, elle n'est pas représentative de la population. Certes, mais à l'époque la clientèle des généralistes était également aisée, ce n'est pas pour autant que la médecine est invalide. Enfin, ses critiques de Freud sont ridicules: il va jusqu'à l'accuser d'antisémitisme, alors que Freud était juif! Vous me suivez? Et quand bien même ç'aurait été le pire des salopards, ce n'est pas pour autant que son travail n'est pas remarquable. Là c'est l'exemple classique d'une critique ad-hominem. La force: ça marche bien, car ça touche des cordes sensibles ce qui joue sur l'émotion. La faiblesse: ça n'a aucune valeur argumentative. Les publications d'Onfray marchent, car elles s'en prennent à des monuments, telle par exemple la psychanalyse. A notre époque matérialiste où il est de bon ton de s'en prendre à ce qui n'est pas « palpable » et où diverses disciplines, justement parce qu'elles sont assez abstraites, sont décriées à tout va, il est clair qu'une critique de la psychanalyse a tout pour plaire. La psychanalyse, vue au choix comme une sorte de « pseudo-science » servant à attirer les gogos pour les détrousser, ou comme un art élitiste et intellectualiste, donc néfaste, est une cible toute désignée. Alors quand un philosophe de comptoir comme Onfray, qui plus est assez populaire et connu, flingue le père, ça attire l'attention. Et c'est là que l'on retrouve Onfray chez Ruquier. Comme dirait l'autre, les grands esprits se rencontrent! La méthode est la même, avec les mêmes ingrédients que l'on retrouve à la fois chez l'auteur et chez le présentateur. Tiens donc, je me demandais quand on allait les voir ensemble, ma seule surprise ayant été qu'il a fallu attendre un an après la publication du livre pour qu'ils se rencontrent sur le plateau.

 

Bref, mon opinion à l'égard de Ruquier, son émission et ses chroniqueurs ne fait que se confirmer, au fur et à mesure de la succession de ses invités. Ça en serait presque risible si l'impact n'en était pas aussi grand, et donc potentiellement les conséquences aussi graves.

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 21:55

 

Suites aux affaires de pédophilie au sein de l'Eglise belge, la polémique continue. Elle consiste maintenant principalement en un mouvement de contestation à l'encontre de monseigneur Léonard, prima de Belgique, suite à ses nombreuses sorties remarqués dans les médias. Retour sur les faits donc.

 

Monseigneur Léonard est depuis longtemps sous le feu des médias. Contrairement à son prédécesseur, l'illustre cardinal Danneels, lequel brillait par son ouverture d'esprit et sa modernité par rapport à des questions essentielles telle que l'homosexualité ou la contraception qu'il ne condamnait pas, voire même justifiait avec les saintes écritures, l'actuel prima est connu pour ses nombreux propos scandaleux vis-à-vis de ces mêmes sujets. Un thème récurent chez lui est de considérer les homosexuels comme étant des « malades » et les séropositifs comme étant responsables de leur sort, nonobstant par exemple ceux qui le sont à cause de l'infidélité de leur conjoint. Bref, voilà un homme dans la droite ligne du Vatican de Ratzinger, en totale opposition par rapport à Godfried Danneels.

 

Un espoir était cependant permis lors de son accession à la place suprême. Le seul tort de Danneels a été d'être un peu « léger » par rapport aux rumeurs de pédophilie concernant des prêtres. L'époque était différente également, et ce genre d'affaire était plus que tabou. En Belgique, il a fallut attendre l'affaire Dutrou pour que les mentalités évoluent, au sein de toute la population. Je parle là d'une manière générale, et non spécifique à l'église catholique. Les langues ont commencé à se délier lorsqu'il est apparu que le fait d'avoir été abusé n'était non plus une honte, mais bien un crime dont on est victime. C'est dans ce contexte que l'on a commencé à parler du cas des prêtres. De manière assez hypocrite d'ailleurs; cela faisait des décennies que des bruits divers courraient, et que personne ne s'en souciait vraiment. Aussi, lorsque brusquement cela a changé, il est clair que l'Eglise a été prise de court et s'est trouvée face à une situation inédite pour elle. Malheureusement, autant Danneels s'est montré très en avance par rapport à pas mal de question, autant il a fait preuve d'immobilisme à ce niveau. L'espoir apporté par Léonard a été dû au fait qu'il a semblé prendre ce problème à bras le corps dès son entrée en fonction. Dans la foulée, une commission d'enquête a été mise en place, et les divers scandales ont éclaté courant du printemps. Un instant, on a pu croire que l'Eglise affrontait enfin ses démons, sans complexe ni tabou. C'était peine perdue.

 

Non seulement, l'Eglise, en la personne de Léonard n'a finalement pas fait grand chose, mais en plus ce dernier en a rajouté une couche au niveau déclarations. Après de vaines promesse durant l'été, il a remis le couvert en demandant de ne pas accabler outre mesure les prêtres responsables de ces abominations et de ne pas s'engager dans une vindicte populaire. Inutile de dire que pour les victimes, s'en était trop.

 

Et pas seulement pour elles. Le fait est que nombreuses sont les personnes qui, au sein même de l'église, ne se reconnaissent plus en Léonard. Certains sont très connus, comme l'évêque de Tournais, monseigneur Harpigny, lequel allait jusqu'à réclamer un geste de pape en signe d'apaisement. Beaucoup d'ecclésiastiques sont infiniment plus « modernes » que leur supposé « chef » en Belgique. Il ne faut pas croire que l'ensemble de l'Eglise est restée ancrée dans le passée, et à fortiori cautionne ces abominations. A ce titre, une pétition a circulé récemment, initié par l'Université Catholique de Louvain, deuxième université du pays, et demandant la démission de Léonard en tant que grand chancelier de l'université. Nombreux sont les professeurs à l'avoir signée, en plus du vice-recteur (avec le soutien du recteur), et un ancien prix nobel de la paix, excusez du peu! Le message est clair: l'université ne se reconnaît plus dans le discours de Léonard. Elle considère qu'il a tout à fait le droit d'avoir ses opinions, légitimes en tant que personne privée, mais que sa position lui interdit de tenir au nom de tous des propos pareils. L'université souligne qu'un tel geste honorerait le cardinal, tout en rappelant que ce serait un signe d'indépendance par rapport à la hiérarchie catholique, autrement dit une preuve supplémentaire de la laïcité de l'institution, s'il en fallait encore.

Cet appel sera-t-il suivi? J'avoue personnellement en douter. S'il y a bien une chose de constante chez monseigneur Léonard, c'est qu'il continue toujours à faire face quelle que soit la critique, contre vents et marées. La tête dure le gaillard! Habitué depuis des années à des vagues de polémiques suivant ses propos, il n'en est plus à ça près. Tout au plus cette fois est-elle plus importante au niveau de son impact médiatique, et encore. Pour moi, il est certain que tant qu'il y aura à Rome un pape aussi dur, un homme tel que Léonard, de la même lignée que lui, restera à son poste quelles que soient les contestations. Bref, on n'en est pas sorti!

 

En attendant, à l'heure ou l'Eglise doit faire face à un monde qui change et une société qui évolue, elle se trouve plus divisée que jamais, entre conservateurs et progressistes. Nul doute que d'autres vont pouvoir en profiter, par contre il n'est pas sûr que nous devions nous en réjouir, car je ne suis pas certain que nous y gagnions au change.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 14:45

 

Un livre qui m'a pas mal marqué au moment où je l'ai lu il y a environ un an est sans conteste le livre noir du communisme, écrit par divers auteurs en charge des différentes parties, lesquelles sont définies par des critères géographiques. Ce livre, on s'en doute, a été fort décrié lors de sa parution et après, car il faut bien avouer que ce genre de titre pour le moins racoleur ne passe pas inaperçu... Il me semble important aujourd'hui de démêler le vrai du faux, voir où en sont les discours démagogues là dedans, et démystifier certains aspects des innombrables polémiques à son sujet, ne serait-ce que parce qu'il serait dommage de bouder une telle source d'information simplement pour des opinions politiques personnelles, surtout qu'il s'agit d'une des seules oeuvres qui a l'heure actuelle permet de se faire une idée est excès entraînés de près ou de loin par l'application au monde d'idéologies d'extrême-gauche.

 

Tout d'abords, qu'est ce que ce livre? Il s'agit d'une sorte de recueil, non exhaustif, de multiples crimes ayant été commis « par le communisme » ou en tout cas en son nom, comme le précise le livre lui-même. La distinction me paraît importante, parce qu'elle est souvent oubliée par des critiques. Nous y reviendrons. Le livre, comme affirmé dès les premières pages, n'entend pas porter un jugement sur l'idéologie Marxiste ou sur le communisme dans ses principes, mais uniquement sur ses applications concrètes, et en particulier sur les diverses exactions qui en découlent. On n'entend pas analyser là les causes profondes, mais uniquement présenter les faits en eux-mêmes, en laissant à d'autre la possibilité et l'opportunité d'analyser. Le livre n'a de ce coté aucune autre prétention que d'apporter, source à l'appuie, des simples données sur lesquelles appuyer des analyses. Je crois que ce point est capital, et à garder à l'esprit lors de la lecture du bouquin. Aucun auteur n'accuse clairement les théories d'être responsables des divers carnages évoqués, mais plutôt leur application par des salopards finis s'en réclamant. Je ne compte pas ici m'étendre sur la question, juger des bien-fondés de Marx (entre autres) en quelques lignes serait bien présomptueux, d'autres plus calés que moi s'y sont cassés les dents en beauté. Je suppose qu'il y a du bon et du mauvais en tout, que le prétendu « génie » de Marx (ou sa stupidité, selon celui qui en parle) est à nuancer. Je me contenterai de dire que je ne crois personnellement pas qu'une idée aussi utopique que le marxisme (au sens large et quelle que soit la nuance) soit applicable dans son intégralité à une société humaine. Pour en revenir au livre, l'important est de garder à l'esprit qu'eux aussi laissent le soin à d'autres d'en juger. Dès la préface, on dit bien « il faut introduire ici et aussitôt une distinction entre la doctrine et la pratique ». On ne saurait être plus clair. La simple énumération d'une partie des atrocités commises au nom du communisme suffit amplement à s'occuper un bout de temps. Peut-être m'étendrai-je plus tard sur le contenu du livre, car il est vrai que l'évocation d'un cynisme tel que Mao, Staline ou d'autres ont pu avoir fait froid dans le dos.

 

Au niveau des critiques adressées au livre, certaines sont assez récurrentes. La principales concerne la préface, signée par Stéphane Courtois. Dans cette préface, Courtois a eu le tort de dire en substance qu'un enfant ukrainien mort de faim valait bien un enfant juif mort dans le ghetto de Varsovie. Et là, il touche où ça fait mal. D'une part parce que pour pas mal de monde, comparer des atrocités à celles du régime nazi ferait presque figure de blasphème. D'autre part parce qu'il a été courant chez des intellectuels se réclamant de la gauche de nier ou minimiser les crimes commis par d'autres personnes se disant du même bord (jusque dans les années soixante, la réalité même du goulag était fréquemment niée par chez nous). Enfin parce que certains lobbys juifs extrémistes prompt à crier à l'antisémitisme pour un oui ou pour un non ont de véritables crises d'urticaire dès lors que l'on ose dire que d'autres qu'eux ont souffert pendant la guerre. Attention, je ne généralise certainement pas là. Associer pareils extrémistes et juifs reviendrait à associer islam et terrorisme, chose dont je me défends. Sur ce point, je crois pour ma part qu'une victime du goulag, qu'une victime d'une déportation arbitraire vers la Sibérie la plus reculée (c'est à dire en pratique victime d'une condamnation à une mort lente et horrible) ou qu'une victime d'un camp nazi subit au final le même sort: une mort qui n'est préférable ou plus agréable ni dans l'un de ces cadres ni dans l'autre. Courtois a également été critiqué pour avoir donné un ordre de grandeur, entre les quelques dizaines de millions de morts dûs aux régimes fascistes et nazis, et les 100 million causés par des mouvances ou gouvernements d'extrême gauche. Une horreur: pas mal de personnes n'hésitent pas à prétendre que Courtois en disant cela (ainsi qu'en mettant à égalité des victimes de la Shoah et de l'Holodomor) place le communisme au dessus du nazisme en terme d'horreur. Or, Courtois lui-même dis bien quelques lignes plus loin: « notre propos n'est pas ici d'établir on ne sait quelle macabre arithmétique comparative, quelle compatibilité en partie double de l'horreur, quelle hiérarchie dans la cruauté ». Les critiques se gardent bien d'évoquer cette phrase, et celles qui suivent d'ailleurs. Enfin, l'introduction est critiquée car Courtois dit en substance qu'en ne révélant jusqu'à présent qu'à demi-mot les crimes « de gauches » pourtant connus depuis un bout de temps et en se focalisant quasi exclusivement sur ceux « de droite », les historiens ont failli à leur devoir de mémoire. Les critiques disent souvent que ce n'est pas là le rôle d'un historien que d'analyser ou de rapporter les horreurs, mais si eux ne le font pas, alors qui? Bref, même si le ton employé par Courtois dans sa préface n'est pas des plus subtil, les critiques à son égard sont pour beaucoup malhonnête, car elles ne font que retirer certaines phrases de leur contexte pour faire dire à leurs auteurs ce qu'il n'a jamais prétendu.

 

L'autre critique concernant l'ouvrage dans son ensemble cette fois, concerne le fait qu'il réunit sous le vocable « communisme », des idéologies bien différentes. Peut-être, mais le livre n'entend pas analyser ces idéologies, mais les débordements dans le cadre de leurs applications. Or, si une constante peut s'en dégager, c'est que TOUTES ont mené à certaines des pires horreurs de l'histoire. Qui plus est, je ne peux m'empêcher de penser à une expression d'un de mes anciens profs de français, lequel parlait « d'enculage de mouche », une expression synonyme en quelque sorte de « chercher des poux ». Car des spécialistes peuvent bien distinguer trotskisme, maoïsme, stalinisme, léninisme, marxisme ou communisme, on ne peut en aucun cas nier la filiation plus ou moins grande entre eux. J'irai même plus loin en disant que la distinction entre ces mouvements est plus souvent liés à la forme qu'au fond. Un exemple: une différente majeure entre léninisme et maoïsme, est que le premier prône une révolution partant des centres ouvriers urbains et rayonnant vers les campagnes, là où le second entend mener une révolution des campagnes vers les villes. La raison en est simple, et d'ordre purement structurelle: il n'existe à l'époque pratiquement pas de « forces ouvrières » en Chine, société bien plus ruralisée que ne l'a jamais été l'ex-URSS. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de différence profonde entre ces diverses idéologies, mais les points communs sont là aussi, et malgré leurs différences leurs crimes restent une constante dans l'histoire du XXè siècle. Qui plus est, mettre en avant ces différences sert bien souvent à se rejeter la balle: un trotskiste vous prétendra n'avoir rien en commun avec un staliniste, et n'être donc en rien responsable des atrocités de ces derniers. Un léniniste quant à lui vous dira qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, ces œufs étant dans le cas présent plus de 20 millions de personnes. Une autre critique à la mord moi le nœud qui de toute façon n'enlève rien à la réalité des faits énoncés dans le livre.

 

Comment wikipédia présente-t-elle le livre? Et bien comme d'habitude de façon médiocre. Cependant, et de façon assez remarquable, elle ne met jamais en doute la véracité des faits dénoncés dans le livre (même si de temps à autres des contributeurs le dénoncent en page de discussion comme non-neutre, ça ne va pas plus loin). Sans doute parce qu'un certain lobby d'extrême droite a sa place sur le site et détourne probablement le contenu du livre à des fins démagos. Wikipédia recense également certaines critiques sur l'article. Mais chose remarquable, il est interdit (ou en tout cas ça l'était il y a quelques mois) de préciser l'orientation politique des critiques. On se rendrait compte alors que la majorité sont des intellectuels d'extrême-gauches, ou simplement des sympathisants très médiatisés mais pas forcément les plus malins des théories marxistes. Ce serait non-neutre de le dire. C'est bizarre ça: on ne le dit pas sans doute parce que l'on ne veut pas faire perdre tout leur crédit à ces critiques. A croire qu'une fois de plus wikipédia prend les gens pour des cons. En somme, elle considère comme à son habitude que les lecteurs sont incapables de prendre du recul par rapport à un fait, à savoir l'orientation politique des auteurs des critiques à l'égard du livre noir, et donc incapable de se forger un avis objectif. Ou comment prendre les gens pour des moutons. Il faut dire que ça ne change pas de l'ordinaire venant d'eux, eux qui ont peur par-dessus tout de toute forme de réflexion, laquelle serait à l'opposé de leurs principes fondateurs de neutralité ridicule.

 

En résumé, ne pas hésiter à lire le livre noir, en gardant bien à l'esprit qu'il s'agit d'un livre factuel qui n'a jamais eu la moindre prétention autre que celle de dénoncer des faits, et simplement des faits.

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 22:20

 

En cette période de l'année en Belgique a lieu dans les universités cette part du folklore estudiantin qu'est le baptême. De quoi s'agit-il? D'un bizutage de certains nouveaux étudiants par des plus anciens ayant affronté le même rituel les années précédentes. D'aspect assez secret, alimentant tous les fantasmes à cause du mystère l'entourant, le baptême dans son ensemble colporte toute une série de mythes, plus ou moins entretenus. Et de vérités que l'on se garde bien de répandre...

 

Concrètement, de quoi s'agit-il? Variable d'un cercle d'étudiants à l'autre, on y trouve cependant des points communs, ou au moins des ressemblances. D'une manière générale, un nouvel étudiant n'ayant encore fait le baptême doit respect et obéissance à un plus âgé, une hiérarchie étant instaurée selon l'ancienneté. Il se doit globalement d'accéder à tous les caprices de ce dernier, dans les limites du raisonnable, ces mêmes limites étant bien entendu variables. En pratique, il subit souvent humiliations sur humiliations. Le temps passe à chanter des chansons paillardes, subir les railleries des anciens, manger des aliments bizarrement mélangés jusqu'à être malade, vendre des bics ou autres pour financer l'activité du cercle, et bien entendu se plier aux exigences des anciens. Les cheveux sont souvent rasés en signe de soumission. L'ensemble est encadré par une dizaine d'anciens, sensés canaliser les excès et veiller au bon déroulement du tout. Ces anciens, nommés commitards, sont souvent membres des associations estudiantines officielles. Eux sont globalement corrects, vu leur responsabilité en cas d'accident. Ce n'est pas toujours le cas des autres... Le nouveau est nommé bleu, les anciens non membres du comités simplement baptisés.

 

Le baptême est sensé être un jeu de rôle dont le but serait d'apprendre modestie, humilité et respect à celui qui le fait. Les commitards jouent le jeu en général, ce qui n'est pas souvent le cas des autres baptisés. Les brimades sont sensées forger le caractère, comme dans tout bizutage. Alors quel est le problème? Le fait que les valeurs somme toute honorables soit disant prônées sont en réalité rarement respectées. Pour comprendre, regardons quels sont les buts revendiqués du baptême, et ce qu'il en est en fait. Primo, apprendre à fermer sa gueule. C'est leur conception de l'humilité. Ensuite, l'intégration du nouvel étudiant au sein de sa faculté. Certains n'hésitent pas à prétendre que le baptême est nécessaire à tout étudiant cherchant à se faire une place à l'université. La formation de lien entre les bleus, obligés de se serrer les coudes devant l'épreuve, est également avancée. Enfin, d'un point de vue plus personnel, apprendre à repousser ses limites face aux brimades en tout genre. L'ensemble est tenu relativement secret, d'une part pour éviter de rebuter à l'avance des bleus, d'autre part probablement pour garder un coté « mystique » ayant pour but d'augmenter l'intérêt porté au baptême, et sans doute part là même le nombre de gens tentés de le faire. Il faut savoir que cela favorise largement les vantardises en tout genre. Pour avoir fait partiellement le baptême, je sais très bien que nombreux sont les bleus qui mentent par la suite sur ce qu'ils ont dû faire durant leur épreuve, aidé en cela par la crédulité et les fantasmes de beaucoup à ce sujet.

 

Alors qu'en est-il en réalité? Au delà des mythes en tout genre, le plus intéressant est de voir ce qu'il en est des fameuses valeurs sensées être inculquées par le baptême. Le respect d'abords. Je trouve personnellement bizarre le fait que le respect selon leur conception devrait s'apprendre à coup de brimades et d'humiliations. Si les commitards semblent réellement jouer le jeu, il est clair que pas mal d'autres anciens cherchent d'abords et avant tout à se venger des humiliations qu'ils ont eux-mêmes subies. Prétendre le contraire ne serait que mensonge: en temps que bleu à une époque, j'entendais très clairement d'autres bleus se dire entre eux, pour garder courage, que l'année suivante ils « s'amuseraient bien » en retour avec ceux qui leur succèderaient. Drôle de motivation, malheureusement répandue... La vengeance comme moteur. Bien malsain en somme.

 

Apprendre à repousser ses limites d'endurance morale ne nécessite en rien le fait de devoir subir sans broncher injures et brimades. Dans le cadre d'études universitaires, il est clair que nombreuses sont les occasions de s'endurcir. Une seule session d'examen, isolé du monde pendant 5 semaines à étudier souvent plus de 10 heures par jour, suffit à endurcir moralement et physiquement n'importe quel étudiant bien plus que quelque brimade que ce soit. Les liens entre étudiants sont également forgés lors des difficultés des études, sans qu'il soit besoin de passer par la case baptême. Bref, de ce coté, le baptême n'offre rien qui ne peut s'obtenir sans.

 

Mais le plus grave, c'est l'esprit à la limite du sectarisme qui s'empare des bleus une fois leur baptême achevé. Il faut le reconnaître, lorsque cela est fait, il y a eux et « les autres ». Eux, ils « ont vécu », ils savent ce que c'est, et certains pensent que leurs épreuves les rendent supérieurs à ceux qui, supposés moins bons qu'eux, ont échoué. Ou n'ont tout simplement trouvé aucun intérêt à cette mascarade. Ce n'est certes pas une généralité, mais c'est malgré tout répandu. Certains vont jusqu'à mépriser ceux qui n'ont pas fait leur baptême. Il n'y a qu'à voir comment ils appellent les non-baptisés: ils sont qualifiés par le terme peu glorieux de « fossile ». il paraîtrait donc que le baptême enseignerait le respect? Il me semble à moi que le respect d'une part se mérite, d'autre part est une valeur que l'on a réciproquement l'un pour l'autre. Et ce n'est pas basé sur des insultes. Une fois baptisés, les nouveaux sont souvent conviés à des fêtes diverses organisées par les cercles. Loin de s'intégrer à l'université, ils s'enferment au contraire bien souvent en comités restreints. A une époque (30 ans), la majorité des nouveaux étudiants faisaient le baptême (facilement les ¾ des étudiants de première année). A ce moment, il est clair qu'une personne refusant de le faire ne faisait pas partie de cette majorité et s'excluait de facto de l'ensemble des étudiants. Aujourd'hui, la tendance est largement inversée. Sur ma faculté (FMM pour facultée de médecine de Mons) il y a deux ans, à peine une quinzaine d'étudiants sur les 6-700 de première année l'ont achevé. Cette année, et alors que le baptême n'en est qu'à sa moitié, à peine 30 étudiants le poursuivent. Dans la faculté de droit et d'économie (les fameux wawas, réputés en Wallonie), il y a deux ans, ils étaient seulement 25 sur environ 500. Et bien souvent, il est remarquable de constater à quel point en auditoire les baptisés restent entre eux, très isolés dans leur coin. Qui a parlé d'intégration? Pour ces raisons, mépris des autres d'une part et petit nombre de l'autre, il est illusoire de croire que le baptême permet de s'intégrer plus facilement par rapport à uneétudiant dit « fossile ». Je dirais même que c'est plutôt l'inverse: on frise bien souvent le communautarisme, ce qui est loin des valeurs sensées être défendues et prônées par le monde académique.

 

Il est bien entendu que tout cela n'est pas une généralité. Je n'entends pas condamner le baptême dans son ensemble, et encore moins ceux qui seraient tentés de le faire ou l'ont déjà fait. L'ambiance générale d'un baptême dépend en grande partie des commitards. Mais par contre, il est lassant de toujours entendre les mêmes âneries fantasmées à son sujet. Beaucoup de gens veulent le faire sans rien y connaître. Et il est clair que les baptisés sont loin d'être objectifs concernant cela. L'immense majorité en sont satisfaits, et prétendront même que tout ceci est faux, aidés bien entendu par le secret et l'absence de témoin (le bar dans lequel les soirées ont lieu est officiellement fermé, et les fenêtres occultées). Mais ils oublient de dire qu'ils ne représentent qu'une minorité parmi ceux qui le tentent et arrêtent au bout de quelque jours, dégoutés bien souvent plus par les sacro-saints principes bafoués allègrement que par les soit-disant épreuves endurées (se limitant souvent à se rendre malade ou à baisser la tête devant les anciens). En bref, entre l'image que l'on s'en fait et la réalité, il y a une nette différence. Et en vérité, il n'y a absolument aucune raison de le faire, autre qu'une motivation personnelle. Il n'y a rien que le baptême apporte réellement en plus. Que ce soit au niveau de l'intégration, des amitiés ou de la maturité, tout cela peut s'acquérir sans passer par là.  Preuve en est la majorité des étudiants qui ne le font pas. Et en aucun cas l'humiliation n'est une nécessité.

 

Un dernier point. Faire son baptême, c'est se condamner à rater ses trois premières semaines de cours. Bien entendu, l'honnêteté oblige à dire que les horaires de baptêmes sont faits pour ne pas empiéter sur les heures officielles. Ceci dit, tout le monde sait bien qu'à l'université, l'essentiel du temps consacré au travail se passe non pas en auditoire, mais à l'extérieur, chez soit. Or, il est difficile de rester concentré même en cours, quand on passe 4 soirées par semaines à se faire insulter et humilier jusqu'à plus soif. Quand au temps libre, durant le baptême, il n'existe pas. En conséquent, on doit se contenter de prendre le train en marche, à partir de la quatrième semaine de cours plus ou moins. Or, c'est un retard d'autant plus considérable que ce sont les semaines les plus importantes pour prendre un bon rythme et de bonnes habitudes. Et 3 semaines sur un quadrimestre qui en compte entre 10 et 12, ça fait quand même beaucoup proportionnellement. Bien entendu, des étudiants réussissent à concilier les deux. Mais ils ne forment pas la majorité. Et prétendre que le baptême, en tissant des liens, permet au contraire de mieux aborder les études n'est que tissu de mensonges: pas besoin en effet de le faire pour réussir, des amitiés tout aussi solides peuvent se faire sans. Et l'entraide entre étudiant ne dépend certainement pas de ça, d'autant plus que les « fossiles » forment l'écrasante majorité, et non les baptisés.

 

Bref, entre mythes et réalité de grosses différences. Je ne veux pas généraliser sur les gens qui le font, je n'ai aucun apriori à ce niveau. Je constate simplement. Et je vois entre autre que les raisons invoquées et mises en avant pour faire un baptême sont souvent mauvaises, cela étant dû à une image déformée que l'on en a en général.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:08

Il y a quelques semaines on apprenait que le gouvernement français s'efforçait par tous les moyens de revendre une partie de ses stocks inutilisés de vaccins contre la grippe A à divers pays dont l'Egypte. L'occasion pour ce grand esprit de Ruquier de lâcher quelques basses attaques, toujours sous couvert de l'humour, contre la politique gouvernementale. Certes, l'affaire a été mal gérée, dès le début. Certes, on s'est peut-être affolé un peu vite (cependant si la maladie avait été aussi grave qu'on l'a craint à un moment donné, on se serait plaint d'un manque de réaction du gouvernement, comme quoi quand on veut critiquer on y parvient toujours...). Certes, le public a manqué d'information, alors même que divers « experts » auto-proclamés, bien souvent dans le seul but de faire parler d'eux, lançaient informations et contre-informations, avec bien souvent une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle à la clé.

 

Faut-il pour autant critiquer de la sorte, sans aucune demie mesure, et tout rejeter en bloc? Et tant qu'à faire, si l'on critique, autant réfléchir un minimum pour espérer sortir quelques propos cohérents. Au lieu de ça, on parle de ce que l'on ne connaît pas, en se lançant dans du populisme bas de gamme pour espérer faire de l'audience en jouant les pseudo-intellectuels (le pire étant que ça marche, il faut reconnaître que sur France 2, entre Michelet et Ruquier, ce ne sont pas les spécialiste du dénigrement de basse qualité qui manquent).

 

Sur l'émission « On n'est pas couché » donc, Ruquier en personne (pour une fois! On se serait plutôt attendu à des remarques sarcastiques de ses deux chiens Zemmour et Nolleau, pour une fois en retrait), s'est lancé pendant 5 minutes à corps perdu dans la critique. A coup d'ironies bien entendu, histoire que la pilule passe mieux sous couvert de l'humour. Une remarque a éveillé mon attention dans ce fatras ridicule, quelque chose concernant les « ravages bien connus de la grippe en Egypte » (ironie toujours!).

Cette remarque est ridicule, et ce pour plusieurs raisons.

 

-Premièrement, en parlant de grippe, on désigne en fait une série de maladies, lesquelles peuvent être bien différentes l'une de l'autre, aussi bien en terme de modalité d'action que de dangerosité. La grippe saisonnière est ainsi bien différente de la redoutable grippe aviaire, laquelle tue environ 50% des personnes infectées (à titre de comparaison, la célèbre fièvre hémorragique ebola tue entre 50 et 80% des personnes contaminées selon la souche infectieuse). Comparer la grippe saisonnière et la grippe A est déjà ridicule rien qu'en ne considérant que ce point. Ce n'est pas parce que le virus responsable de la « bénigne » grippe « de chez nous » ne tue pas en été qu'il en est de même pour celui de la grippe A.

 

-Secondement, je conseillerait à Ruquier de se pencher un instant sur une carte, et d'y regarder le Mexique, origine apparente de l'épidémie. Il constatera facilement que le Mexique et l'Egypte étant situés exactement à la même latitude, les rigueurs climatiques sont à peu de chose près les mêmes, à savoir un temps chaud, très chaud. Bref, lorsqu'il ironise en faisant remarquer que les pays chauds souffrent rarement de la grippe, il ferait mieux de la mettre en veilleuse. Ce qui est valable pour la grippe saisonnière ne l'est pas vraiment pour la grippe A. Pareil pour la grippe aviaire d'ailleurs: les pays asiatiques touchés se trouvent aussi sur le tropique du cancer. Enfin, ce n'est pas parce que la grippe saisonnière ne tue pas (ou très peu) sous les tropiques qu'elle en est absente. Je ne dispose pas de données la dessus, mais il faut savoir que ce n'est pas le virus de la grippe saisonnière qui tue, mais les complications pulmonaires qui surviennent d'autant plus facilement que l'hiver est rude. Bref, l'absence de mort ne signifie pas l'absence du virus.

 

-Enfin, certes la gestion de l'information de cette  « crise » a été désastreuse, mais le risque était bien là. Ce serait une erreur de croire que, sous prétexte que l'on est au XXI° siècle, on serait à l'abris d'une épidémie telle que celle de 1347. Il faut savoir qu'aujourd'hui encore, le nombre d'infections virales soignables est précisément égal à zéro. On peut au mieux aider l'organisme à se défendre et réduire l'impact d'une maladie virale, mais en aucun cas « tuer » le virus. Pour comprendre, il faut savoir qu'un virus n'est pas vivant, contrairement à une bactérie. Il n'est composé que d'un brin d'acide nucléique (ARN ou ADN) parfois entouré d'une capsule protéïque. Il n'a aucune activité métabolique: il ne se nourrit pas, ne grandit pas, ne se reproduit même pas tout seul, contrairement à une bactérie qui est elle une cellule à part entière, avec tout ce que cela implique comme interactions avec son environnement. Il est possible de s'en débarrasser, de la tuer en perturbant son métabolisme (l'empoisonner en quelque sorte), ce que l'on ne peut pas faire actuellement avec un virus. C'est pourquoi par exemple il n'existe aucun traitement contre le rhume. Tout ce que l'on peut faire, c'est se prémunir à l'aide d'un vaccin qui active les défenses immunitaires.

 

Bref, le danger d'une infection virale à grande échelle est bien réel, surtout aujourd'hui où, grâce aux transports aériens, une infection peut faire le tour du monde en quelque jours. Et si par exemple la grippe espagnole revenait, rien ne dit qu'on saurait y faire face. Pour rappel, cette grippe a causé en 1918-1919 de 30 à 100 millions de morts. Bien sûr, ce n'est pas une raison pour crier au loup, mais il était plus que nécessaire d'agir en urgence. Si l'épidémie de l'année dernière avait été due à un virus plus dangereux, on pleurerait nos morts aujourd'hui, et il n'est pas dit que nos sociétés résisteraient à l'impact désastreux, tant économique que social, que pourrait avoir une telle pandémie. Les critiques actuelles concernant la réaction du gouvernement sont donc totalement injustifiées, surtout quand elles sont aussi stupides que celles de Ruquier.

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