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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 21:48

 

Actuellement se déroule à Paris l'eG8, c'est-à-dire une réunion d'envergure réunissant les grands pontes mondiaux de l'internet, dans le but de discuter des principaux enjeux futurs concernant le web. Sont notamment abordés des thèmes tels que les droits d'auteur, la régulation, la lutte contre la cybercriminalité ou encore la protection de la vie privée. Parmi les invités présents, citons Bill Gates (Microsoft), Mark Zuckerberg (Facebook), Eric Schmidt (Google) ou encore Jimmy Wales (Wikipédia).

 

De nombreuses critiques ont évidemment fusé de tous les cotés, vis-à-vis de ce qui est surtout vu comme une tentative de réappropriation et de centralisation d'internet entre les mains de quelques ténors, qui n'ont plus qu'à se partager la part du lion. Rien d'étonnant d'ailleurs à ce que cette réunion se tienne directement dans les jardins de l'Elysée, directement sous les fenêtres d'un super-président qui s'est lui-même fait remarquer depuis 2007 par ses multiples tentatives plus ou moins abouties de concentration de l'ensemble des pouvoirs entre ses mains. S'il l'on n'était en France, on parlerait sans doute d'une certaine forme de totalitarisme, et l'on ne serait pas loin du compte.

 

Mais Sarkozy est inquiet par internet, surtout depuis le rôle joué par ce média dans la propagation et l'organisation des révoltes arabes qu'il a pour une fois bien saisi, même s'il lui a fallu du temps. Il se rend non seulement compte qu'il ne peut le contrôler, mais également que celui-ci peut avoir une influence énorme, qu'il avait sans doute sous-évaluée jusqu'à maintenant. Le plus beau dans cette histoire, c'est que certaines revendications paraissent légitimes: difficile en effet de s'insurger contre une proposition visant à limiter la cybercriminalité. A condition bien entendu de ne pas voir cette réunion pour ce qu'elle est réellement: un écran de fumée. Mais on n'est plus à ça près avec l'actuel président de la république...

 

Parmi ces grands puissants d'internet, on n'est guère surpris de trouver Gates ou Schmidt, représentant de firmes connues pour assurer leur position dominante, souvent de manière abusive. On pourrait éventuellement noter l'absence de Steve Jobs, tout en se demandant si elle n'est pas plutôt due à son état de santé pas très brillant. Guère surprenante non plus, la présence de Jimmy Wales. Et ce pour au moins deux raisons: primo, wikipédia est malheureusement un acteur majeur de l'avenir du net, du moins à court et moyen terme. Et secundo, l'égo du personnage n'a rien à envier à celui des autres invités présents.

 

Wales a en effet bien sa place à cette table. Il est connu qu'il ambitionne de concentrer tout le savoir, ou du moins ce qu'il croit être le savoir, sur sa seule plate-forme, en écrasant au passage toutes les encyclopédies concurrentes, nonobstant la qualité bien supérieure de ces dernières. On voit au passage bien là que Wales est un pur produit du libéralisme: il voit le savoir comme une ressource à exploiter, et sa possession comme un business, ce qui l'amène à penser en terme de compétition. Tout à fait l'esprit humaniste qu'il revendique n'est-ce pas!

 

Wikipédia jouit d'une fréquentation très importante pour plusieurs raisons, mais l'une des principales est évidemment le fait qu'elle apparaît quasi systématiquement parmi les premiers résultats d'une recherche Google, ce dernier moteur de recherche étant la porte d'entrée sur le web de pas mal d'utilisateurs (ce qui est en soit déjà un danger: Google choisissant les sites affichés, ça lui assure un certain contrôle de l'accès à l'information, et en fait une cible de censure privilégiée). On peut donc dire qu'en pratique, la centralisation du net autour de quelques géants est bel et bien en marche, et wikipédia fait (malheureusement) partie de ces géants. Ce qui a tout pour satisfaire l'égo sur-dimensionné de Wales, qui entend bien profiter de l'organisation du forum eG8 pour renforcer encore cet état de fait.

 

Sauf que la vision qu'à Wales du savoir est tout sauf juste. Le savoir n'est pas la somme des supposées connaissances de tout un chacun, et ne se battit pas autour d'un assemblage bancal d'opinions recopiées ailleurs et plus ou moins raccordées sous le nom de « neutralité ». Recopiées, car le contraire expose son auteur à voir son travail qualifié d'inédit, ce qui est banni. Et oui, la réflexion, sur wiki, on n'aime pas. Drôle de conception de la notion d'encyclopédiste! Quant à la neutralité, elle n'est pas vérité, et elle consiste à présenter sur un sujet l'ensemble des opinions le concernant, pourvu que ce soit sourcé. Pour la qualité inégale des sources, on repassera. Et des notions de compétences, d'esprit critique ou de simple rationalité nécessaires à une œuvre sérieuse et de qualité sont purement et simplement absentes des principes fondateurs du site, basés sur le consensus. Mais les faits ne se votent pas.

 

Dernier point, rapporté et commenté par Alithia, Wales n'a rien trouvé de mieux à faire que de demander que sa création soit classée au patrimoine mondial de l'humanité. Je ne m'étendrai pas là-dessus, car cette demande n'est pas surprenante de sa part, si ce n'est par l'aspect caricatural qu'elle donne du personnage qui décidément ne doute de rien.

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Published by sonata - dans wikipédia
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