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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 21:19

 

Aujourd'hui est un jour historique. En ce jour, un peuple a eu le courage de se lever, et d'oser affronter le changement, malgré toutes les menaces brandies vainement par Nicolas Sarkozy. Le début d'une nouvelle Europe?

 

L'enjeu de cette élection dépasse de loin les frontières de la France. Pas uniquement parce qu'il s'agit de la deuxième économie de la zone Euro, mais aussi et – peut-être plus important – parce que cette élection, pour ne pas dire cette rupture avec le passé, est peut-être le signe d'un virage à l'échelle européenne. À ceux qui en doutent, il suffit de voir les réactions au lendemain du premier tour. Les rumeurs concernant un possible « Plan Marshall » européen, l'adoucissement des discours d'austérité prônés jusque là par madame Merkel... ceci n'est pas dû au hasard.

 

L'économie.

 

L'austérité justement. L'un des points centraux défendus par Sarkozy pour être réélu est la peur de la gauche, le spectre d'un naufrage économique, responsable à l'entendre de la situation en Espagne, en Grèce, en Italie... Faut-il lui rappeler que l'Espagne a une dette de 65% de son PIB, soit 20% de moins que celle de la France, et que si elle est dans cette situation aujourd'hui c'est à cause de l'explosion de sa bulle immobilière, fruit de l'économie de marché défendue par les libéraux dont il fait partie? Faut-il lui rappeler que Berlusconi, encore au pouvoir récemment en Italie, est dans le même groupe parlementaire que lui à l'Europe? Faut-il lui rappeler que l'Irlande a été mise à sac lorsqu'elle s'est portée au secours de ses banques, transformant ainsi une dette privée en dette publique plombant son économie? Faut-il lui rappeler que la Grèce est virtuellement en faillite à cause d'une corruption endémique indépendante de sa couleur politique et aggravée par des dépenses militaires disproportionnées se montant à 5% de son PIB?

 

Il est culotté de faire porter la responsabilité à la gauche, quand la crise a été causée par un emballement des marchés dans la droite ligne des principes d'économie libérale défendus par les Républicains aux États-Unis, les Travaillistes en Angleterre, le CDU en Allemagne... ou l'UMP en France. Et il est sidérant que malgré cette lourde responsabilité, les peuples de 22 pays d'Europe ont voté pour des gouvernements de droite, ceux-là même qui non content d'avoir contribué à la plus grave crise économique mondiale, prolonge celle-ci par une politique d'austérité, transformant ainsi une crise en récession.

 

Car là est la clé du problème. Partout dans le monde, la situation s'est améliorée. Partout, sauf en Europe. Le dogme libéral veut faire croire que l'austérité redonne la confiance aux investisseurs, ce qui permettrait de relancer la machine. Mais on se demande bien quel investisseur peut être assez fou pour dépenser de l'argent dans un pays dont la population est saignée à blanc par l'austérité, ce qui lui empêche tout retour sur investissement.

 

Nicolas Sarkozy fait partie de ceux qui soutiennent ce mythe. Mythe qui n'a JAMAIS été démontré (l'inverse n'est pas vrai: historiquement les reprises économiques sont TOUJOURS liées à des investissements massifs de la part des états, soit le contraire de l'austérité).. Alors à ceux qui jouent sur la peur de la gauche, je les mets au défis de faire le lien entre cette gauche et les malheurs qui nous accablent.

 

À ceux – et ils sont nombreux – qui disent en substance « que si Sarkozy n'a pas été excellent, il a au moins permis à la France de s'en tirer » je leur demande de me citer UNE SEULE mesure efficace prise par ce dernier pour endiguer la crise. Il n'y en a aucune. Au mieux, certaines mesures ont eu un effet nul. Au pire, elles ont aggravés les choses. Mais la plupart de ceux qui tiennent cet argument – en particulier en Belgique où Sarkozy reste populaire – non seulement n'y connaissent rien en économie, mais sont incapables d'appuyer leurs propos par des exemples concrets. Et seraient bien incapables de citer deux ou trois réformes menées par l'UMP ces 5 dernières années.

 

Il est inutile de rappeler ici le bilan de monsieur Sarkozy. On peut juste faire remarquer qu'en matière d'économie, et contrairement à ses mensonges répétés, la France est l'un des pays de l'Europe qui a vu la plus forte augmentation de sa dette depuis 2007 (en % du PIB). Aussi bien sa dette que ses déficits publiques, ainsi que leurs augmentations respectives sont au dessus de la moyenne européenne.

 

Il est à noter que les augmentations de dette peuvent résulter de deux mécanismes principaux: une augmentation des dépenses, ou une diminution des recettes. Les dépenses françaises sont relativement stables au moins depuis 1993 (contrairement à ce que prétend l'UMP qui justifie ainsi l'accroissement de la dette). Par contre, les exonérations fiscales faites aux plus nantis ont fortement creusé la dette. Il en va de même aux États-Unis par exemple, où les cadeaux fiscaux faits au percentile le plus riche représente un manque à gagner annuel de 700 milliards... soit à peu de chose près l'augmentation totale de la dette américaine. La croyance libérale à ce niveau est que l'argent laissé aux « riches » est réinvesti dans l'économie. Si c'était le cas, l'augmentation de « richesse » serait la même pour toutes les classes sociales. Au contraire, le fossé se creuse depuis les années 80. Or, le néo-libéralisme sur lequel se basent tous ces principes date... de Ronald Reagan, premier président américain à avoir défendu un rôle minimal pour l'état (dépenses réduites) et les exonérations fiscales dont il est question.

 

Nicolas Sarkozy, loin d'être un président garantissant à la France de garder le cap, l'enfonce au contraire – et l'Europe avec – dans la dépression, c'est à dire la récession de longue durée. Pour sa défense, il faut préciser qu'environ 22 gouvernements européens en font de même.

 

Et maintenant?

 

Le gros sujet d'inquiétude est la percée inédite du Front National, bien plus inquiétante qu'en 2002 même si Marine n'a pas ré-édité l'exploit de son père de se hisser au second tour. Inquiétante car ses thèmes de prédilections ont été légitimés par la majorité gouvernementale ces 5 dernières années. La peur de l'autre, le rejet de l'étranger et de l'islam... Ces thèmes ont été portés à un point tel qu'ils ne choquent plus vraiment aujourd'hui. Là où la droite républicaine avait su, jusqu'à Chirac, concilier habilement le nationalisme Gaulliste avec le rejet de l'extrême-droite xénophobe, Sarkozy a lui eu deux ministres de l'intérieur successifs condamnés pour injure raciale. De plus, il n'a pas hésité personnellement à trahir l'esprit républicains pour chasser sur les terres du FN en vue de sa ré-élection.

 

L'UMP ne se résume pas à cela. Il est douteux que Juppé et les autres chiracquiens pour ne citer qu'eux cautionnent les propos franchement limites que nous avons entendus ces dernières semaines. Le risque, bien réel, est de voir un éclatement de l'UMP qui laisserait le champ libre à Marine Lepen pour recomposer une droite dure autour d'elle. Celle-ci avait tout intérêt à ce que Sarkozy échoue: elle a parié sur l'implosion de la droite républicaine, et il est fort possible qu'elle ait misé sur le bon cheval.

 

La seule parade à cela viendra du nouveau gouvernement. Ironiquement, l'UMP a tout intérêt à éviter de s'opposer trop durement à François Hollande. La seule échappatoire à une montée du FN passe par une réduction des inégalités sociales qui fait son terreau. Autrement dit, une sortie de la crise socio-économique qui pousse naturellement les gens vers les extrêmes (la poussée de Mélanchon, tout aussi dangereuse que celle du FN, n'est pas étrangère à ce contexte). Mais il est malheureusement peu probable que la droite, excepté les modérés, comprenne cette évidence.

 

Nicolas Sarkozy a brandi la peur pour être réélu. La peur du marasme économique (auquel il a contribué), la peur de l'étranger (qui en renforçant le FN a mis en péril la survie même de l'UMP), la peur de la Gauche.

 

Bravo à la France de ne pas être tombée dans le panneau. Bravo aux Français de ne pas s'être laissés intimider, que ce soit par Sarkozy ou par les marchés. Bravo à eux de ne pas s'être laissé dicter leur conduite. Une page s'est tournée, une nouvelle ère a peut-être commencé pour l'ensemble de l'Europe qui doit à présent se redresser pour enfin se tirer de ce mauvais pas.

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 23:55

 

LA grande affaire du moment est évidemment celle concernant DSK. On n'entend plus parler que de ça, au point que la mort d'Oussama Ben Laden ou même les révolutions arabes semblent au moins provisoirement mises de coté. Par delà l'aspect sensationnel inévitablement liée à l'implication de l'une des personnalités les plus influentes du monde, on peut se demander s'il est réellement légitime d'y accorder une telle importance. Je suis intimement convaincu que oui, et ce pour toute une série de raisons.

 

Car cette affaire, outre sa portée politique, est également hautement symbolique à plusieurs niveaux. Elle montre à quel point un homme, extraordinairement puissant, peut du jour au lendemain se voir ramener à la dure réalité de sa condition d'homme, finalement tout aussi vulnérable que ses semblables. Elle montre à quel point, quel que soit le niveau de pouvoir, tout le monde garde ses faiblesses, et en l'occurrence une faiblesse tout aussi grave que primaire; celle de céder à un instinct quasi-animal, en abandonnant au passage toute dignité humaine.

 

On m'objectera que jusqu'à présent rien n'est prouvé. Nombreux sont ceux qui croient que DSK est innocent et qu'il s'agit d'un complot à son égard. Pour être honnête, ce fut ma première impression lorsque j'ai appris la nouvelle. Il faut dire qu'à ce moment d'une part aucune information fiable ne circulait, et d'autre part deux sentiments dominaient: l'incompréhension devant une telle bêtise, qui paraissait impossible de la part d'un homme aussi important au sommet de sa carrière, et le timing presque trop parfait, à un mois de l'annonce de sa candidature à la présidentielle laquelle doit en gêner plus d'un. Mais il ne s'agissait là que de pensées en réponse à une émotion, et non à la raison.

 

Car une fois le choc passé, il faut bien se rendre à l'évidence que les faits sont pour le moins troublants, et qu'une fois admis que personne n'est à l'abri d'une « faiblesse », on ne peut que reconnaître que celle-ci n'est pas impossible chez DSK, homme à la réputation sulfureuse. Entendons-nous bien: je ne dis pas qu'il est coupable. Je n'en sais rien, et je dois également admettre qu'il est bien possible que l'on ne connaisse jamais toute la vérité sur le fond de l'affaire.

 

Cette affaire montre un incroyable gâchis, probablement l'une des chutes les plus remarquables jamais observées, et ce au pire moment alors que le FMI se trouvait à gérer à la fois la crise en Europe, mais aussi se devait de jouer son rôle dans les bouleversements du monde arabe, avec pourquoi pas l'élaboration d'une sorte de « Plan Marshall ». Rarement un homme de cette stature n'a été ainsi jeté du jour au lendemain en pâture à la fois aux médias, mais aussi et surtout à la vindicte populaire. Et je ne parle même pas des diverses associations féministes qui, à tort ou à raison, récupèrent cette affaire d'une manière assez démagogique, comme souvent d'ailleurs. Je parle bien de la populace américaine en général, chez qui le sentiment anti-Français déjà vu en 2003 semble revenir.

La faute à une incompréhension, d'ailleurs mutuelle, liée à la différence de traitement de la vie privée des personnages publics par les presses françaises (au sens large, car c'est la même chose en Belgique) et anglo-saxonne. On pourrait sans doute argumenter pendant des heures sur les mérites des unes et des autres. Personnellement, je suis pour le respect de la vie privée, mais il est clair qu'un homme politique se doit d'être un minimum prudent, sachant que cet aspect de sa personnalité peut à tout moment lui être reproché. Il faut de plus se méfier des amalgames et des préjugés: libertin ne signifie en rien délinquant sexuel, pas plus qu'un homosexuel n'est pédéraste. Cependant, les Américains, dans leur puritanisme ridicule, entendent que leurs hommes politiques soient irréprochables à ce niveau et surtout jouent franc-jeux. Une carrière peut tout à fait être brisée par la révélation d'une relation extra-conjugale, même si sur le plan de la stricte légalité, celle-ci n'est en soit pas condamnable.

 

L'incompréhension survient plutôt chez nous en ce qui concerne la justice américaine, singulièrement différente de la notre. Sans vouloir porter de jugement, il convient de remarquer que la notion de présomption d'innocence semble absente du système judiciaire américain. On constate également à quel point le prévenu a peu de droits comparativement à ce qui se fait de notre coté de l'Atlantique. Ainsi, il est par exemple interdit en Belgique de filmer, photographier ou même simplement représenter un prévenu contre sa volonté. Tout le contraire aux USA, où l'on a plutôt l'impression que le prévenu est exposé à la rage populaire, comme s'il s'agissait d'un relent de la belle époque des lynchages. On pourrait par conséquent se demander quel est le rôle de la justice pour les Américains: s'agit-il de satisfaire une basse envie de vengeance, ou bien de contribuer à la protection de la société (ce qui doit être, à mon sens, la priorité)? L'étonnement se poursuit quand on se penche sur le déroulement des procès en eux-mêmes. Ainsi, le système de plaidoiries à de quoi surprendre: si le prévenu reconnaît ce qui lui est reproché (je n'ai pas dit ce qu'il a fait, notez la nuance), les négociations s'ouvrent avec le plaignant pour trouver un arrangement à l'amiable. Ce n'est qu'en cas de non-reconnaissance que l'on va au procès. Quel est le but de cette procédure, je n'en ai aucune idée. Peut-être vise-t-elle à favoriser le repentir du prévenu? Toujours est-il que l'on semble surtout faire peu de cas de la recherche de la vérité: un innocent à parfois tout intérêt à plaider coupable s'il a de gros risques de perdre un procès le cas échéant.

 

Quant au procès, il semble n'être qu'une sorte de joute entre accusation et défense, plus encore que c'est le cas chez nous. Peut-être est-ce lié au caractère exceptionnel (de part ses implications) de l'affaire. Toujours est-il que la procédure ne se concentre que très peu sur la recherche de la vérité. Au lieu de ça, on se penche d'un coté comme de l'autre plus sur la forme que sur le fond: d'une part en tentant de démontrer que la présumée victime est une menteuse (sur tout à fait autre chose, comme ses origines par exemple) ou de l'acheter, et de l'autre que DSK ne serait qu'une sorte de pervers qui n'en est pas à son coup d'essai. Une autre symbolique, qui a tout pour déchaîner les passions (et faire vendre au passage pas mal de papier pour la presse à scandale), c'est le scénario limite hollywoodien avec l'affrontement dantesque entre une noire, issu des quartiers populaires du Bronx, mère de famille veuve à la fois de son mari et de son pays, et le multi-millionnaire, patron du FMI n'hésitant pas à étaler sa fortune, et futur candidat à la présidentielle en France. Difficile de faire plus caricatural... En tout cas, il est notable qu'aux Etats-Unis, la fortune confère finalement plus d'obligations que de droits: une personne à la fois riches et publique se doit être bien plus irréprochable. Et si l'on peut faire un exemple de temps à autre pour le rappeler, pourquoi s'en priver?

 

Je ne vais pas m'étendre sur les récupérations politiques des uns et des autres, les opportunités manquées, les réactions souvent dénuées de sang-froid venant d'amis ou d'ennemis. Je ne vais pas m'étendre non plus sur l'hypocrisie, tant des médias que de certains hommes politiques, qui reprochent le peu de compassion que l'on a vis-à-vis de la présumée victime. Tous ces points sont relativement habituels dans pareille histoire, étant tout au plus amplifiés par la dimension due à l'importance du personnage impliqué. On pourrait également soulignerl'ironie d'une droite qui en profite pour se refaire une conscience, tout comme on pourrait s'interroger sur l'avenir de la gauche dans ces présidentielles. Cette même gauche qui tenait son champion, et dont on peut se demander si elle ne va pas recouvrir, en l'absence de celui-ci, ses vieux réflexes de luttes fratricides qui ont déjà causé son échec en 2007, avec les conséquences que l'on connait.

 

Les semaines à venir vont être intéressantes, et personne ne peut actuellement prédire ce sur quoi elles vont déboucher. Car par delà la symbolique, il y a également les conséquences directes, pour la femme et l'homme bien sûr, pour l'ensemble de la classe politique française ensuite, et enfin pour les Français de manière générale.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 23:20

 

Récemment vient de se terminer à Paris un procès intenté contre Eric Zemmour et qui a fait suite à sa déclaration selon laquelle « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes », déclaration qui avait fait un tollé à l'époque. Le parquet a requis une condamnation pour diffamation et incitation à la discrimination raciale. Mais qu'en est-il en vrai?

 

Je tiens d'abords à préciser mon opinion par rapport à Zemmour. Autant le dire tout de suite, je ne l'aime pas. Mais alors pas du tout. Ce monsieur au parcours qui n'a rien d'exceptionnel doit sa notoriété uniquement au fait qu'il a une grande gueule qu'il n'hésite pas à ouvrir en grand. Mais ce n'est pas parce que l'on pousse une gueulante qu'elle est légitime, ce que les gens ont tendance à oublier. Seulement ça plait bien. C'est une forme de spectacle comme une autre, et qui ne date pas d'hier. Personnellement elle me rappelle les jeux du Cirque, où un chrétien devait se farcir un lion. Ici, on va pousser le vice jusqu'à inviter le chrétien, le lion étant bien entendu Zemmour, tandis que Ruquier joue le rôle de César, mais un César gentil du moins en apparence, qui a l'air de temporiser à coups de grands sourires et d'ironie à peine masquée pour éviter de trop se mouiller lui-même. Pendant ce temps-là, Zemmour et son acolyte se régalent, en grossissant le trait et à coups d'affirmations approximatives, le tout sous les vivats du public qui se délecte du spectacle offert par les « snipers du PAF ». Du voyeurisme et rien d'autre.

 

Il n'empêche. Ces déclarations-ci sont bien moins graves que d'autres que Zemmour a déjà pu tenir par le passé, et ne méritent certainement pas une condamnation alors qu'il n'y a rien de préjudiciable dans ses propos. Il ne stigmatise pas une communauté, vu que sa généralisation (si l'on peut dire; majorité ne veut pas dire tous!) ne concerne ni les Noirs ni les Arabes mais les trafiquants. Et une proposition vraie n'implique en rien que sa réciproque le soit; il est bien entendu évident que tous les Arabes et les Noirs ne sont pas trafiquants, que du contraire! Mais Zemmour n'a jamais dit ça.

 

Sa proposition, tournée comme elle l'est, n'a rien pour choquer: il ne stigmatise pas l'ensemble d'une communauté et à fortiori il n'implique pas de relation de cause à effet entre le fait d'être issu de l'immigration et d'être criminel. Enfin, et n'en déplaise aux bien-pensants, ce qu'il dit est vrai. On peut me répondre à cela qu'il n'existe pas de statistiques ethniques officielles en France concernant les interpellations et les condamnations, la France étant le seul pays les interdisant, je répliquerai que l'argument est parfaitement hypocrite. Même si des études officielles sur le sujet n'existent pas, des recherches ont évidemment été menées de manière officieuses, ce d'autant que les études scientifiques sont elles tolérées, et leurs résultats sont sans appels: entre 50 et 80% de suspects, interpellés ou condamnés, sont issus de l'immigration. Même chose aux Pays-Bas où près de 80% de la population carcérale est de confession musulmane. Bien sûr, on peut alors me dire que ceci est une conséquence du délit de sale gueule: les Noirs et Arabes étant plus souvent contrôles, on se trouve face à un biais de sélection qui induit qu'ils soient plus souvent condamnés. Sans aucun doute. Mais même une surreprésentation des populations immigrées lors des contrôles n'explique pas une telle disparité...

 

Constater ce simple fait sans poursuivre peut-être dangereux. Il est clair que les populistes de tout bord, extrême-droite en tête, s'emparent des statistiques brutes et les livrent sans aucun questionnement à l'ire de la populace, laquelle s'empresse de voir des liens de cause à effet simplistes et par conséquents inexacts, ce qui est bien entendu le but desdits populistes qui justifient ainsi les maux de la société, doublant l'ensemble d'une politique sécuritaire. Il ne faut pas faire dire aux chiffres ce qu'ils ne disent pas. Ce n'est pas parce que ces ethnies sont sur-représentées que des critères raciaux, biologiquement inexistants chez l'homme, ou religieux en sont la cause.

 

Par contre, le fait que ces ethnies soient également sur-représentées dans les couches défavorisées de la population dans des proportions étrangement similaires est une explication possible. Dès lors, l'ethnie n'est plus que ce que l'on appelle en statistiques une variable confondante, autrement dit un facteur qui est associé à l'un des deux autres (ici ethnie et délinquance) mais sans être la cause du second.

 

Et l'on comprend dès lors mieux pourquoi les statistiques concernant la représentation des diverses ethnies en milieu carcéral sont mal vues en France au point d'être interdites. Tout simplement parce qu'elle sont le symbole d'une politique d'immigration et d'intégration désastreuse menée depuis 40 ans au bas mot. Taire ce fait en invoquant la stigmatisation potentielle des immigrés est une habile manipulation qui n'en est pas moins hypocrite, du moins de la part des diverses instances de pouvoir.

 

Cependant, concernant les associations ou les partis en général gauchistes qui attaquent le premier qui ose associer ethnie (ou religion) et délinquance, c'est beaucoup moins adroit. Car ce pourrait au contraire représenter une preuve matérielle à l'appui du discours dénonçant l'échec de la politique gouvernementale en matière d'immigration. Certes, elles y gagnent au niveau du politiquement correct, mais je doute que le jeu en vaille la chandelle... Ces mêmes associations sont les premières à dénoncer, à juste titre d'ailleurs, les inégalités sociales qui creusent l'écart entre populations autochtones et immigrées. Mais elles refusent de poursuivre leur raisonnement en soulignant le fait que ces inégalités entraînent une délinquance disproportionnée au regard du poids des populations concernées par rapport à la population totale.

 

Mais au final, ceux qui souffrent le plus ce sont justement les Noirs, les Arabes et tout autre immigré que l'on essaie soit-disant de protéger en évitant de les « stigmatiser ». En effet, la première étape dans la résolution d'un problème est d'admettre l'existence de ce problème. Faire la politique de l'autruche ne va pas entraîner sa disparition par magie. Au contraire, il continuera de se développer et de s'amplifier jusqu'à devenir incontrôlable et en exploser. Un jour où l'autre, il faudra bien regarder la vérité en face. En attendant et en évitant de resituer ce problème dans son contexte, on laisse le champ libre aux populistes qui peuvent réarranger les faits comme bon leur semble, et qui eux stigmatisent réellement les populations immigrées. Aux dépens de celles-ci.

 

Conclusions: le procès Zemmour est un symbole. Le symbole de l'absurdité de la bien-pensance, laquelle n'a au final pour seules conséquences que de pénaliser ceux qu'elle prétend défendre, tout en arrangeant bien ceux qui peuvent s'appuyer dessus pour taire leurs échecs. Au final, tout le monde y trouve son compte, sauf les principaux intéressés. Une vérité doublment dérangeante.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 22:13

 

A l'heure où le sort du président Ben Ali semble encore incertain, celui de la Tunisie l'est encore plus. A l'issue d'une journée riche en rebondissements parsemée de multiples manifestations aux résultats divers, la situation reste des plus confuse. L'ancien premier ministre et ex-bras droit du président déchu, Mohamed Ghannouchi, s'est auto-proclamé président intérimaire alors que l'armée s'assurait le contrôle de la capitale.

 

A première vue, on ne peut que se réjouir du départ du président et de l'abandon du pays par sa belle-famille qui en monopolisait les richesses depuis 23 ans. La contestation populaire a atteint son but à court terme, c'est à dire la chute d'un régime depuis longtemps devenu illégitime. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il ne s'agisse pas là de l'échange d'une peste contre le choléra.

 

L'avenir est incertain, mais l'on peut affirmer que l'opposition, brillamment muselée depuis 23 ans et par là même désorganisée, n'est pas en mesure d'assurer dans l'immédiat une transition démocratique. À très court terme, la prise de pouvoir par Mohamed Ghannouchi est peut-être le mieux qu'on lui puisse espérer, pour éviter que le pays ne sombre dans l'anarchie, laquelle pourrait déboucher sur une guerre civile ouverte. A condition bien sûr que monsieur Ghannouchi se rappelle que ses devoirs sont vis-à-vis du peuple, ce dont on peut douter étant donné sa position enviable au cœur même de l'ancien régime.

 

En l'absence d'une opposition populaire et laïque, on peut craindre un retour en force des islamistes, écartés du pays en 1987 mais qui, soutenus par la Libye voisine, pourraient très bien profiter de l'occasion pour reconquérir le pouvoir. A moins que Ghannouchi ne s'inscrive dans la continuité de Ben Ali. Bref, rien ne permet d'affirmer ce soir que le peuple soit le réel vainqueur de sa révolution.

 

C'est quelque chose d'assez courant dans l'histoire des révolutions: très souvent, elles aboutissent grâce à la colère du peuple, mais elles profitent à ceux qui sont réellement capables de la canaliser pour en tirer profit, qu'il s'agisse d'un parti politique (cas des bolcheviques), d'une classe sociale (cas des bourgeois en France en 1789) ou de l'armée (cas de Franco en Espagne). Au final, la classe populaire ne voit que très rarement sa situation s'améliorer. A l'inverse, une révolution populaire non-encadrée (Commune de 1870 ou Russie en 1905) est vouée à l'échec pour peu qu'il n'y ait personne pour en profiter une fois qu'elle a abouti.

 

Il est très rare qu'une élite intellectuelle, seule à même de reconstruire un régime démocratique, soit à la fois présente depuis le début pour encadrer la contestation, et en même temps encore en état par la suite d'assurer la transition.

 

En espérant pour le peuple tunisien que leurs espoirs ne soient pas déçus et que cette journée marque réellement l'histoire de leur pays.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 13:54

 

La situation actuelle en Tunisie est grave, comme tout le monde s'en rend compte. Mais elle n'en est pas moins intéressante à plus d'un titre, car elle a le mérite d'attirer l'attention sur un régime qui pour le coup s'en passerait bien. Elle permet en effet de mettre en évidence de manière éclatante la nature de ce même régime qui se révèle enfin au grand jour.

 

Car en Occident, depuis toujours, on a tendance à mettre la Tunisie sur une sorte de piédestal, lorsqu'on la compare à ses voisins du Maghreb. Dans l'imaginaire collectif, il s'agit d'une sorte de paradis où il fait bon vivre et où la population semble heureuse aux yeux des touristes, car elle attire rarement notre attention de manière négative. On entend rarement parler de violences comme c'est sporadiquement le cas en Algérie où au Maroc. Il s'en dégage donc chez nous un faux sentiment de calme bienveillant, calme qui est en réalité tout relatif, comme on s'en rend compte actuellement. En pratique, la Tunisie est une véritable poudrière, et ce qui se passe maintenant n'est autre que la manifestation de l'exaspération générale à l'égard du régime politique du président Ben Ali, régime qui se révèle être une véritable dictature.

 

Le terme n'est pas trop fort. Le président occupe sa fonction actuelle depuis plus de 20 ans, ayant été reconduit à plusieurs reprises lors d'élections lui donnant des scores supérieurs à 99%, et n'a eu de cesse de faire passer des réformes amplifiant ses prérogatives, tandis que l'opposition se trouvait muselée. Parallèlement à cela, les organes de pouvoir se sont également développés à une échelle considérable: il suffit de constater qu'aujourd'hui le pays dispose de 4 fois plus de policiers que la Belgique, pour une population sensiblement équivalente: 200 000 membres des forces de l'ordre sur 10 000 000 d'habitants. Mais on le sait depuis toujours, un peuple maintenu sous la coupe d'un dirigeant autoritaire voire totalitariste n'accepte partiellement sa soumission que tant que sa situation matérielle n'en souffre pas. Bien entendu, cela ne supprime pas son aspiration de liberté, mais à part une contestation en provenance des milieux intellectuels, l'opposition ouverte au régime peut-être relativement restreinte et discrète, beaucoup de gens acceptant leur sort s'il n'est pas trop dur à vivre. L'exemple même en est l'Espagne franquiste. On peut dire ce que l'on veut du dictateur ibère, il n'en a pas moins propulsé son pays sur la voie du modernisme en lui assurant une certaine prospérité. L'ennui pour Ben Ali, c'est que c'est loin d'être le cas en Tunisie, même si le début de son règne a été marqué par des progrès indéniables en terme d'économie ou d'accès à l'enseignement. Aujourd'hui, face à un peuple qui estime n'avoir plus rien à perdre car se trouvant déjà dans la misère, Ben Ali se trouve singulièrement démunis à l'heure où sa popularité est au plus bas.

 

Ce qui est particulièrement intéressant, c'est la réaction de Tunis à la crise actuelle, crise qui a débuté par le suicide de Mohamed Bouazizi (un vendeur ambulant) ayant fait suite à la confiscation de sa marchandise et au refus des autorités d'entendre sa défense. Ceci n'est évidemment qu'un prétexte, ou même un catalyseur n'ayant fait qu'accélérer le développement d'une situation qui était prévisible depuis un moment. La réaction du gouvernement face à cela combine tout ce que l'on est en droit d'attendre d'une dictature, et Ben Ali ne s'épargne rien à ce niveau. Les manifestations sont réprimées de diverses manières plus ou moins violentes, la presse déjà muselée en temps normal est carrément mise sur la sellette, l'accès à internet limité... tout cela est très classique, mais on constate que des leçons ont été tirées depuis les émeutes ayant eu lieu en Iran à la suite des dernières élections. Voyons cela plus en détail.

 

Les manifestations d'abords sont réprimées directement comme il se doit, c'est à dire dans le sang, par des forces de l'ordre aidées de l'armée face à des émeutiers singulièrement démunis. Pour prévenir tout débordement, l'autorité a également imposé divers couvre-feux ainsi que la fermeture des universités, celles-ci étant des centres de contestation traditionnels. Pendant ce temps, la presse de l'opposition (réduite en Tunisie à trois périodiques au faible tirage) a été interdite. Parallèlement, le pouvoir n'a pas négligé de censurer l'accès à internet, ce que le régime de Téhéran n'avait pas considéré à sa juste valeur au début de la crise en tout cas. L'accès à facebook et twitter notamment a été limité, pour éviter que la contestation ne s'organise sur ces plateformes. On note également une marginalisation des manifestants qui s'effectue au moyen de concessions apparentes de la part du régime, qui en agissant de la sorte tente de se légitimer, et donc en comparaison de rendre futiles voire irresponsables les motifs de contestation. Les manifestants sont qualifiés par le terme de terroristes ce qui a pour but d'inverser les rôles: le régime n'est ainsi plus coupable, mais victime d'une tentative de déstabilisation. Et pour appuyer cela, il va jusqu'à organiser des contre-manifestations, avec la mise en scène de scènes de joie dont le manque d'authenticité ne fait aucun doute. Pendant ce temps là, l'offensive du régime s'étant également à l'étranger: les ambassadeurs de Tunis se justifient auprès des nations européennes, allant jusqu'à dire que la simple mention de la situation telle qu'elle est réellement n'est autre qu'une stigmatisation de la Tunisie, tout en soulignant les « mesures d'apaisement » prises par le gouvernement. Le comble du ridicule est atteint lorsque l'ambassadeur en poste à Bruxelles souligne que c'est « le président qui a permis à l'opposition d'exister », comme s'il s'agissait d'une concession de sa part, alors que dans tout pays et en particulier une supposée démocratie il est tout à fait normal d'avoir une opposition. La liberté d'exprimer son désaccord par rapport à une politique gouvernementale est un droit fondamental, et non un cadeau signe du magnanisme d'un gentil chef d'état.

 

Mais quelles sont au juste les mesures dites « d'apaisement » qui ont été prises? En premier lieu, on note le limogeage du ministre de l'intérieur tunisien. Mais il ne faut pas se leurrer: sa mise sur le carreau est plus que certainement due à son incapacité à mater la rébellion, et non à une quelconque volonté de faire un geste en direction des manifestants. On a eu ensuite une promesse faite par le président de créer 300 000 emplois. Cela ne l'engage à rien, et à moins de le faire en doublant sa milice d'état, on est en droit de se demander par quel miracle il y parviendra. Finalement, le seul geste a été de libérer les personnes qui avaient été emprisonnées pour avoir « troublé l'ordre » récemment. Depuis, le président a promis de ne plus se présenter à l'avenir aux élections, mais là encore il n'y a d'une part aucune garantie qu'il tienne parole, cela n'étant peut-être rien d'autre qu'une tentative de gagner du temps, d'autre part cela n'indique en rien une future amélioration de la démocratisation du pays. Echanger un dictateur contre un autre revient du pareil au même.

 

Le président n'a aujourd'hui plus trop le choix car sa censure a montré ses limites. Sur internet notamment, des informations ont filtré même si les réactions de la communauté internationale ont été jusqu'à présent plus que limitées. N'ayant pas réussi à réprimer rapidement la contestation, la seule possibilité qui lui reste est de se montrer conciliant en apparence pour gagner du temps. Qui plus est, on l'a vu, cela lui permet de tenir le beau rôle pour déligitimiser la contestation. Malgré cela, il semble bien aux dernières nouvelles que son camp soit entrain de perdre la main.

 

En attendant, la réaction de Tunis s'étant à l'extérieur de son champ d'application légitime. Via ses ambassadeurs bien entendu, mais également via des pressions s'exerçant sur ses ressortissants vivants à l'étranger. Même en Belgique, parmi la communauté tunisienne de 20 000 membres, peu osent parler à visage découvert, de peur d'être fiché par le gouvernement et d'attirer des ennuis à leurs proches restés au pays. Des agents du pouvoir en place n'hésitent pas à agir sur le sol même de la Belgique, en se promenant dans des quartiers à forte proportion d'habitants d'origine tunisienne, dans le but de surprendre l'une ou l'autre conversation critique à l'égard de Ben Ali et de sa clique et de ficher l'auteur d'une quelconque critique.

 

On peut maintenant se demander pourquoi la communauté internationale réagit si peu, par rapport par exemple à la dénonciation très large de la politique de Téhéran à l'issu des élections de 2009 en Iran. Et bien premièrement, il faut noter que la différence fondamentale entre les dictatures iraniennes et tunisiennes est le fait que la première est une dictature se revendiquant islamiste, la seule théocratie officielle existant dans le monde, ce qui évidemment attire l'attention des islamophobes en tout genre qui y voient là un exemple appuyant de leurs thèses xénophobes et populiste. On peut ensuite justifier le silence d'une partie de l'Europe, en particulier de la France, par l'intérêt qu'à celle-ci à conserver de bonnes relations avec le gouvernement tunisien. La France notamment a des échanges commerciaux non négligeables avec Tunis. Une autre explication de ce silence est sans doute l'image faussée que nous avons de la Tunisie. Une image qui provient bien entendu du calme relatif qui règne d'ordinaire sur place, mais qui est également sans doute un bon indicateur de l'efficacité de la censure gouvernementale, laquelle parvient en général à museler toute forme de contestation.

 

Sur quoi cela va déboucher, difficile à dire pour l'instant. Il ne faut sans doute rien attendre des promesses de Ben Ali, mais il est possible cependant qu'elle face effet un temps. Reste à voir si le peuple sera dupe, où si la lutte va se poursuivre. En attendant, l'issu du bras de fer reste incertaine.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 18:59

 

En bref, les chiffres commerciaux chinois de l'année 2010 viennent de tomber, et confirment une tendance amorcée depuis environ 10 ans, qui voit chaque année l'empire du milieu accumuler un excédant commercial de plus en plus élevé, ce qui lui permet d'engranger de vastes réserves monétaires.

 

Qu'est-ce que cela signifie? Et bien pour parler grossièrement, que la Chine exporte plus que ce qu'elle importe, autrement dit qu'elle vend plus que ce qu'elle achète, ce qui lui permet ainsi de faire des bénéfices plus que respectables, vu qu'ils s'élèvent pour l'année 2010 à plus de 180 milliards de dollars, ce qui équivaut à peu de chose près à l'épargne de l'ensemble des Belges. Il est à noter qu'elle parvient à faire cela de deux manières: d'une part en mettant en place une politique protectionniste limitant fortement l'accès au marché intérieur chinois aux produits étrangers, et d'autre part en entretenant un cercle vicieux avec la valeur de sa monnaie.

 

Ainsi, une bonne part des bénéfices commerciaux lui permet de se constituer une réserve appréciable de devises occidentales, en achetant à tour de bras des euros, des livres et bien entendu des dollars, ce qui lui permet de maintenir la valeur de ces devises élevée par rapport à la sienne propre, le yuan Renminbi, laquelle se retrouve par conséquent sous-évaluée. Or, quelle est la conséquence majeure de cette disparité entre monnaies chinoise et étrangère? Le fait que les exportations chinoises sont plus compétitives sur la scène internationale, car à moindre coût. A l'inverse, un ouvrier payé en yuan aura bien du mal à s'acheter un produit manufacturé en occident et qui restera pour lui hors de pris, surtout si à cela s'ajoute des taxes d'importations et des frais de douane exhorbitants. Ainsi donc, la Chine en agissant de la sorte peut encore amplifier de plus en plus son excédant commercial.

 

Inutile de préciser que cette politique économique est dangereuse pour nous. D'une part et en continuant comme ça, la Chine pourra à terme réguler à sa guise les taux de changes internationaux, ou en tout cas les modifier d'une manière non négligeable. Imaginons qu'elle décide demain de vendre ses dollars pour racheter de l'euro à la place, il est clair que cela pénalisera fortement les exportations européennes, rendues moins compétitives. Grâce à cela, la Chine peut évidemment faire pression sur tel ou tel état, en brandissant la menace chaque jour de plus en plus plausible d'une attaque monétaire massive. D'autre part, agir de la sorte lui permet d'entretenir une croissance prodigieuse flirtant avec les 10%, et ainsi d'assoir sur la scène internationale une position de plus en plus confortable, tant sur le plan économique que politique.

 

Le meilleur de tout, c'est que cette situation ne sert finalement pas aux Chinois eux-mêmes, tout du moins pas aux citoyens lambdas. Pour suivre une pareille croissance, le gouvernement sacrifie totalement l'intérêt de l'individu, au bénéfice supposé de la société, ce qui se traduit bien entendu par un total mépris pour les droits de l'homme, par des conditions de travail et de sécurité désastreuses, et par des droits sociaux qui bien souvent ne sont qu'illusoires. On peut également noter que la Chine est passée l'année dernière au palmarès des pays les plus pollueurs, dépassant les Etats-Unis dans ce classement peu glorieux. Certes, cela est également à rapprocher de la récession économique américaine, les industries tournant au ralenti et produisant de ce fait moins de matériaux polluants, mais même en tenant compte de ça, ça reste un point non négligeable. Et je ne parle même pas de la colonisation par la Chine de l'Afrique qui rappelle aussi bien sur le fond que sur la forme la colonisation honteuse que celle-ci avait déjà subie par le passé...

 

Les conclusions de tout ceci ne sont pas brillantes. Il y a fort à parier que, 20 ans après la première, nous entrions dans une deuxième guerre froide. Et il ne faut cette fois pas compter dans l'immédiat sur la force des Etats-Unis qui quoi qu'on en dise sont entrain de perdre la main: le président Obama se caractérise en effet par un immobilisme dangereux. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il ne soit pas trop tard lorsque l'on se réveille.

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 16:07

 

Nous voici au début d'une nouvelle année, et fatalement à la fin de la précédente. L'heure peut-être de faire un léger bilan sur une année qui fut riche en actualité, pas toujours jolie à voir d'ailleurs, et ce à tous les niveaux. Petit retour donc sur ce qui m'a marqué.

 

Le début d'année a vu en Flandre un fait divers tragique. Je veux bien sûr parler de l'assassinat de Shana Appeltans et Kevin Paulus, dont j'ai déjà parlé. Il apparaît manifestement que l'auteur est un tueur en série qui avait déjà été inquiété dans une autre affaire de meurtre, sans pour autant être arrêté. Il ne s'agit que d'une malfonction parmi d'autres de la justice en Belgique.Une au sein d''une longue série...

 

A l'échelle nationale, au rayon des catastrophes, on note deux drames qui se sont suivis à quelques semaines d'écart: je veux bien sûr parler de l'effondrement d'un immeuble rue Léopold à Liège le 27 janvier, causant la mort de 14 personne, suivie le 15 février par une collision entre deux trains à Buizingen, l'un des deux franchissant un signal « stop », faisant cette fois 19 victimes. Si les causes du premier incidents sont toujours aujourd'hui inconnues (peut-être un suicide?), le second a remis en question la politique sécuritaire de la SNCB, qui, si elle dispose manifestement de l'argent nécessaire à la construction de gares flamboyantes, se trouve singulièrement démunie lorsqu'il s'agit d'acheter des système de freinages automatiques pour ses trains. A moins bien sûr qu'il ne s'agisse d'un problème de priorité accordée au tape à l'œil, au dépens de la sécurité. Le débat est ouvert et fait encore rage aujourd'hui, ce d'autant plus que d'autres drames ont été évités d'extrêmes justesse depuis, alors qu'apparemment à ce jour rien n'a changé.

 

Au moins d'avril était mise en place la commission Adriaenssens, chargée d'enquêter sur les nombreux abus de prêtres pédophiles au sein de l'Eglise Catholique belge. Les conclusions de ses travaux formidables allaient révéler plusieurs centaines d'affaires s'étalant des années 60 à aujourd'hui. Parmi les personnalités inquiétées figurent notamment l'évêque de Bruges, Mgr Vangheluwe, ou plus récemment le chanoine François Houtart... qui n'était rien moins qu'un potentiel candidat au prix Nobel de la paix. On mesure l'ampleur de la catastrophe pour l'Eglise belge, ainsi que l'indignation générale de la population: la cote de confiance vis à vis de l'Eglise a en effet chuté de manière vertigineuse. Le pire là dedans, c'est peut-être encore le sentiment général d'anticléricalisme qui se développe et qui est tout aussi malsain, alors que ces faits ne datent pas d'hier et pire, n'étaient ignorés de personne... Mais les généralités sont faciles, et occultent le fait qu'au sein même de l'Eglise se développe une fronde pratiquement inédite de la part de certains de ses plus hauts représentants à l'encontre de leur hiérarchie. L'Eglise, quoi qu'on en dise, reste importante, et il serait dommage de faire des raccourcis faciles, même si les faits reprochés sont parmi les pires imaginables.

 

Enfin, comment résumer l'actualité belge de cette année sans parler de la crise politique? Il n'y a pas grand chose à en dire, si ce n'est que 200 jours passés sans gouvernement, ça commence à faire long. Pour rappel, nous avons assumé l'ensemble de notre présidence de l'Union Européenne avec un gouvernement « en affaires courantes », ce qui est sans doute inédit dans l'histoire. Et ce n'est pas près de s'arranger, alors même que certains ne trouvent rien de mieux à faire que jeter de l'huile sur le feu avec des déclarations volontairement choquantes et polémiques, c'est le moins qu'on puisse dire. Pour le moment, cette impasse ne se ressent pas encore de trop sur la situation économique de la Belgique, laquelle est très solide, mais il ne faudrait pas que cette instabilité politique devienne chronique... Saluons au moins le travail du premier président du conseil européen, Herman Van Rompuy, qui n'a pas eu facile non plus avec les salves de critiques provenant entre autres d'ultra-conservateurs britanniques.

 

Enfin, de manière anecdotique, on notera la renaissance d'une droite populiste, même si son ridicule n'en finit pas de nous faire rire.

 

Voilà ce que je retiens de l'année en Belgique, même s'il y a eu bien d'autres évènements. Passons maintenant aux affaires étrangères...

 

Tout près de nous, en France, ce qui nous a marqué d'un point de vue externe, c'est l'effondrement du gouvernement Sarkozy, empêtré entre les scandales à répétition (affaire Bettancourt, propos racistes de Brice Horteffeux) et la dérive sécuritaire de l'été. La réforme des retraites et surtout la contestation populaire qui a suivi a quant à elle généré de l'exaspération, de l'agacement et de la lassitude, sachant que les conditions en France figurent, quoi qu'en disent les malheureux salariés français toujours bons pour se plaindre, parmi les plus favorables en Europe. Une retraite ça se paie, et on ne pourra pas à la fois travailler moins, moins longtemps et pour plus d'argent, à moins de sacrifier totalement le système social qui en l'état commence déjà à être branlant. Pour le reste, alors que monsieur Sarkozy bénéficiait en Belgique d'une sacré cote de confiance jusqu'au début de cette année (beaucoup n'hésitant pas à dire qu'il « en faudrait un comme ça » pour faire bouger les choses chez nous), la tendance est aujourd'hui beaucoup plus mitigée, le coté bling-bling du personnage n'étant plus compensé par une politique jugée jusqu'alors plus ou moins efficace.

 

A l'échelon européen, on ne peut bien entendu pas faire l'impasse sur la « crise de l'Euro », et les attaques des spéculateurs sur divers pays, en particulier la Grèce, l'Irlande et l'Espagne. Mais est-ce bien innocent, alors que l'Irlande s'est gavée pendant des années à l'aide d'une fausse croissance qui devait bien un jour ou l'autre lui péter à la gueule, et que la corruption est élevée à l'échelle d'une institution en Grèce, et ce à tous les niveaux, depuis le marchand local qui ne déclare pas ses revenus jusqu'aux membres du gouvernement qui mentent sur l'état financier de leur pays dans le but de berner le reste de l'Europe? Encore une fois, on a l'impression que ce sont les petits qui paient les pots cassés, mais on oublie de dire que ces mêmes petits en ont auparavant profité tout autant que les gros poissons... Aujourd'hui, l'heure est à une remise en question, mais il n'est pas dit que les fameuses politiques d'austérité soient les mieux adaptées pour faire face à la crise, alors que des investissements plus ciblés de la part des gouvernements concernés sont peut-être les seules mesures efficaces pour relancer l'économie.

 

Au niveau international cette fois, on ne peut que souligner la série noire des catastrophes qui ont endeuillé le monde. L'année commençait fort, avec le tremblement de terre d'Haïti (230 000 morts), suivi peu de temps après par les inondations cataclysmiques au Pakistan. Dans un autre registre, on ne peut bien entendu pas oublier la terrible pollution liée à l'explosion de la plateforme de BP dans le golfe du Mexique. Sans entrer dans des critiques basiques peu recherchées du style « le pétrole c'est méchant et ça sent pas bon » à la hippie (qui passeraient au dessus du fait qu'on a beau dire ça, on n'en roule pas moins en voiture...), il faut reconnaître que l'on peut se poser des questions. En particulier sur la façon dont l'administration américaine a prévenu (ou non) ce genre d'incident. Bien entendu, il y a des dysfonctionnements datant de l'ère Bush, mais il ne faut pas oublier qu'Obama, une fois au pouvoir, n'a pas fait grand chose pour améliorer la situation. En particulier, il n'a nommé aucun nouveau responsable, tout en sachant que ceux qui l'étaient déjà étaient liés de près ou de loin à l'industrie du pétrole, et part là même juges et partis.

Enfin, l'épidémie de choléra qui touche Haïti de plein fouet nous montre que même au XXIème siècle, de vieux réflexes perdurent. Ainsi récemment, ce sont des prêtres vaudous qui ont eu à subir l'ire de la populace. Avant eux, les casques-bleus népalais en avaient déjà fait les frais...

 

On retiendra également pour les Etats-Unis une certaine perte de poids sur la scène internationale, au profit de la Chine, ce qui n'est probablement pas réjouissant. Ainsi, au niveau économie, on peut dire que ça va mal, alors que la Chine accuse une croissance qui bat tous les records. Ce qui se traduit, de près ou de loin par des pertes d'emploi massives chez nous. La faute sans doute en partie à la politique tatillonne de Barak Obama,incapable de défendre un programme fort face aux Républicains, il est vrai particulièrement contre-productifs, bornés, illogiques et dont l'attitude menace très clairement toute tentative de reprise en main de la situation. A l'étranger, on note l'abandon de l'Irak par les troupes officielles américaines, alors que le pays est loin d'être pacifié (avec notamment une recrudescence inquiétantes des actes de violence à l'encontre de la communauté chrétienne). Je précise « officielles », car si les soldats sont partis, c'est pour être remplacés par toute une série de contractuels appartenant à des milices privées. Ces hommes sont souvent d'anciens soldats exclus de l'armée pour faits de violence. Et il est à noter qu'ils sont impliqués dans la majorité des « bavures » américaines en Irak, comme par exemple le scandale des tortures à la prison d'Abou Graïb. Pendant ce temps-là, en Afghanistan, la situation s'envenime, tandis que l'on parle déjà de retrait américain d'ici peu. Un retrait prématurité, alors que le pays est ravagé par 40 ans de guerre, et que les violences non seulement sont en recrudescence, mais ont une fâcheuse tendance à s'exporter au Pakistan voisin... pays qui, rappelons-le, dispose de la bombe et ne doit par conséquent en aucun cas être laissé à lui-même. D'un autre coté, la crise actuelle en Côte d'Ivoire fait figure de test pour les Etats-Unis. Alors qu'une nouvelle Guerre Froide se dessine inexorablement entre Extrême Orient et Occident, un bras de fer est entrain de se jouer actuellement en Afrique. Afrique qui est, depuis quelques années, une véritable colonie chinoise, avec la mise en place d'un système qui n'a rien à envier aux anciennes administrations coloniales européennes. Inutile d'ajouter à cela les tensions en Corée: dernier baroud d'honneur d'un système archaïque et criminel qui ne doit sa survie qu'au soutien de la Chine, ou simple test lors de la passation de pouvoir vers une nouvelle étape de la dynastie Kim? L'avenir nous le dira, et ça dépendra sans doute de l'attitude de la Chine, ce qui ne laisse présager rien de bon.

 

Une note positive cependant pour terminer: le sauvetage des 33 mineurs chiliens, sans aucun doute la saga de cette année. Un bel espoir dans cet océan de morosité qu'aura été 2010.

 

Que sera 2011? Nul ne peut le prévoir. Mais à tous les coups, il s'agira d'une année décisive et surtout passionnante à bien des niveaux, économiques et politiques, en Belgique ou ailleurs.

 

En attendant, je vous souhaite à tous un très bon réveillon, et que l'année commence en beauté. Il faut aussi savoir prendre du recul et savourer les belles choses de la vie simplement comme elles viennent, sans trop se poser de question. Bonne année et bonne santé!

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 14:01

 

C'était à prévoir, à craindre même devrais-je dire: une fois son contrôle (relatif) sur les chambres perdu, le président américain Barack Obama ne pouvait plus vraiment espérer pouvoir faire passer la moindre mesure efficace dans la suite de son mandat. Les Républicains, loin de se ranger raisonnablement derrière le président dans un grand élan national, semblent en effet plus que décidés à lui mettre des bâtons dans les roues, dans l'espoir de rendre sa présidence totalement inefficace pour pouvoir à terme reprendre le pouvoir lors des prochaines élections. Quitte à ce que l'intérêt de la nation passe au second plan et que tout le monde doivent à terme s'en mordre les doigts aux Etats-Unis. Aucune surprise à ce niveau: même avec une majorité au sénat et au congrès, Obama a eu bien du mal à faire passer sa réforme des soins de santé ainsi qu'un bien modeste plan de relance. La perte de cette majorité n'augurait rien de bon; nos craintes se retrouvent aujourd'hui confirmées.

 

L'une des mesures proposées pour réguler (bien légèrement d'ailleurs) les marchés financiers et récupérer une partie de l'argent investi dans les banques consistait en la mise en place d'une taxe, très faible (0,15%) , sur les actifs des grandes banques américaines. Cette taxe aurait permis de récupérer sur 12 ans 117 milliards de dollars (ce qui entre parenthèses est très faible par rapport à l'argent investi pour « sauver le système », c'est à dire pour lui permettre de continuer exactement comme avant nonobstant la dangerosité d'une politique spéculative). Ce projet de loi vient d'être enterré, sans doute définitivement. Bref, le -mince- espoir que nous pouvions avoir concernant une éventuelle prise de conscience par rapport aux risques du système actuel s'envole. Ce qui ne surprendra personne.

 

La cause première de cela est bien entendu l'opposition farouche des Républicains à cette idée. D'une part parce qu'elle va à contre-sens par rapport à l'idéologie ultra-libérale qui est la leurre, mais aussi et surtout parce que, par principe, ils ont décidé de rendre le pays ingouvernable tant que les Démocrates restent à la maison blanche. Et ça marche: leur opposition farouche est l'une des causes de l'échec démocrate aux élection de mi-mandat. Les électeurs, déçus par l'immobilisme apparent du gouvernement, perdent leur confiance en ce même gouvernement, Obama en tête. Sans même se rendre compte que les vrais responsables sont ceux à qui ils accordent leur vote, par sanction vis-à-vis du président.

 

Mais les Républicains ne sont pas les seuls responsables, ce serait trop facile. Obama lui-même y est pour quelque chose, et il a beau prétendre avoir tiré les leçons de sa dernière défaite électorale, j'y croirai quand je le verrai. On l'a vu début de semaine, le compromis arrachés aux républicains (prolongation des diminutions d'impôts pour les plus riches en échange d'un nouveau plan de relance -bien insuffisant-), qui est cyniquement présenté comme une victoire. Victoire oui, mais pour les Républicains; l'une de leur mesure phare est reconduite, en échange d'un plan qu'ils savent insuffisant pour débloquer la situation. Ce plan étant celui d'Obama, il est clair qu'il portera la responsabilité de son échec, ce qui se paiera cash dans les urnes.

 

Obama a pour défaut de ne pas prendre suffisamment d'initiative. Il est certes très doué en matière de communication, mais cela ne suffit pas; on l'a vu ces deux dernières années. Et sur le terrain, ça ne suit pas: ses mesures sont beaucoup trop modestes, lui-même est hésitant, pensant toujours pouvoir réunir autour de lui jusqu'à l'opposition républicaine dans un grand élan patriotique. En pratique, il en est loin. Concernant l'abandon de ce projet de taxe, sa responsabilité est directement mise en cause: il a soigneusement évité de le défendre.

 

C'est d'autant plus dommageable que l'Europe s'engage elle dans l'adoption de diverses taxes semblables. Si nous se sommes pas suivis ailleurs dans le monde, la conséquence logique est que ces mêmes actifs partirons à l'étranger où ils savent qu'ils ne subiront pas cette politique fiscale. Le premier à le déplorer est l'économiste qui, de par sa fonction, est le plus puissant au monde: Dominique Strauss-Kahn. On se souvient que lors du sommet du G20 de Toronto, où une taxe coordonnées à l'échelle mondiale avait été abandonnée, DSK se félicitait du fait qu'au moins la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis y auraient recours. Aujourd'hui, il déchante.

 

Dernier point cocasse: l'argument invoqué par les Républicains et les puissants lobbys bancaires pour justifier l'abandon de cette taxe. Ils prétendent que le plan d'aide de 700 milliards de dollars versés au secteur bancaire en 2008 n'a finalement rien coûté au contribuable américain, ce qui rend une taxe dont la raison d'être est de récupérer une part de cet argent inutile. Or, quand Obama tente de faire passer d'autres plans d'aide, les Républicains s'y opposent en mettant en avant le fait que cela creuserait le déficit. Ce qui est vrai dans l'absolu, mais comme parallèlement à cela les richesses produites augmentent également, le rapport dette/PIB reste inchangé, et la dette ne pèse pas plus sur l'économie, surtout si celle-ci se retrouve dopée. Alors il faudrait savoir. Finalement, une telle dépense pèse-t-elle sur le contribuable, ou non? Là, le discours Républicain change radicalement d'une fois à l'autre: quand il s'agit d'investissements visant à relancer directement l'économie, l'état n'a pas les moyens. Quand il s'agit d'aider les banques, on trouve miraculeusement 700 milliards. Joli tour de passe-passe! Ou plutôt, joli discours démago. Qui ne convainc ni DSK, ni moi-même. Et je suis près à parier que Krugman va bientôt nous en reparler.

 

Ha oui au fait, si le déficit est si important aux yeux des Républicains, pourquoi donc ne le comblent-ils pas en acceptant une taxation sur les plus riches, qui rapporterait elle-même 700 milliards par ans?

 

Bref, et au vu de tout cela, je me demande qui peut encore garder l'espoir que le bon sens finira par triompher de l'autre coté de l'Atlantique. L'ennui, c'est que si l'économie américaine est déprimée, la nôtre va suivre à tous les coups.

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 22:45

 

Une excellent chronique relayée par le site de la RTBF est celle de Paul Krugman. Il s'agit en fait d'une traduction directe des publications de ce dernier dans le New York Times.

 

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Krugman est un économiste américain démocrate, ce qui ne l'empêche pas d'être très critique à l'égard de la politique hésitante d'Obama. Il fait en effet partie de ces nombreux démocrates qui sont déçus par le manque d'initiative du président actuel. Il faut reconnaître qu'à force de croire que tout le monde est beau et gentil, ce qui le pousse à chercher d'éternels compromis au lieu d'afficher une politique ferme, et ce alors qu'il doit faire face à l'une des plus redoutables oppositions jamais rencontrées aux USA, à force de se bercer d'illusion donc, Obama n'avance finalement pas beaucoup... Alors justement qu'en ces temps de crise économique majeure, pour ne pas dire une dépression, on serait en droit d'attendre d'un président qu'il tape du poing sur la table, l'ami Barack se complaît dans un immobilisme particulièrement dangereux, et ce dans le but d'éviter de se mettre à dos les Républicains. Ce qui est stupide, ceux-ci ayant manifestement l'intention de lui mettre des bâtons dans les roues quoi qu'il arrive, quitte à plonger le pays dans un marasme rarement vu. Le pire étant que pour eux, la stratégie s'avère payante: on l'a vu aux dernières élections de mi-mandat. Mais manifestement, Barack n'a pas la carrure d'un Roosevelt, et c'est bien dommage.

 

Les temps sont durs pour Obama, et pour l'Amérique toute entière à vrai dire. Une fois passée l'euphorie des élections d'il y a deux ans, force est de revenir à la réalité, et les défis étaient nombreux. Ils le sont d'ailleurs toujours. D'une part, restaurer l'image de l'Amérique, bien mise à mal par l'anti-américanisme primaire exacerbé par divers groupes, allant des alter-mondialiste aux islamistes radicaux, en passant par tous ceux qui sont, d'une manière ou d'une autre, frustrés par ce qu'ils nomment grossièrement le « système » (sans vraiment savoir ce que l'on y inclus par ailleurs). D'autre part, et bien plus grave peut-être, une crise économique (pour ne pas dire une dépression) pratiquement sans précédant rappelant celle de 1929. Cette crise, outre les problèmes d'ordre interne qu'elle cause, a également de très graves répercussions à l'échelon international: pour la première fois en effet, les choses semblent échapper au contrôle de l'Occident. A l'heure où la Chine, par ses politiques économiques déloyales, parvient à maintenir une croissance artificielle pour le moins effrayante, une position ferme de l'Amérique serait -pour une fois- plus que souhaitable. Malheureusement, on l'attend toujours... A cela s'ajoute pour le président américain une opposition des plus féroces, qui manifestement n'a pas digéré le fait que les 8 ans de l'ère Bush ont été désavoué par une majorité des Américains. La seule option valable pour eux, à court terme du moins, semble être de saboter la présidence d'Obama pour éviter de trop souligner par contraste les défauts de celle de Bush. Et la seule attitude payante pour Obama serait de se montrer plus ferme que jamais. Or, il fait exactement l'inverse.

 

Et c'est ce que souligne Krugman. Sa chronique économique est plutôt de nature politique, mais il serait idiot de prétendre qu'il y a une distinction nette entre les deux domaines, ceux-ci étant inévitablement cause et conséquence l'un de l'autre. D'une manière générale, Krugman pointe du doigt diverses particularité de la politique d'Obama. Son manque d'initiative économique (il n'épargne pas non plus l'attitude de la Fed dans ce domaine), son absence de fermeté face à la politique de la Chine, son irréalisme utopique par rapport à l'attitude des Républicains, ou encore sa décision catastrophique de reconduire les mesures de Bush concernant les réductions d'impôt sur les plus grosses fortunes (l'équivalent du bouclier fiscal en France), mesure coûtant la bagatelle de 700 milliards de dollars (soit plus du quart du PIB de la France) de manque à gagner par an au gouvernement américain. 700 milliards qui seraient bien utiles pour relancer l'économie.

 

Cette semaine, Krugman revient sur le « compromis » récemment acquis, à l'arraché, par Obama. Il s'agit justement d'un accord en rapport avec cette fameuse réduction fiscale réclamée par les Républicain. En échange d'une prolongation des mesures (autrement dit du désastre...) concernant ces exonérations d'impôt, Obama a pu obtenir les bases d'un plan de relance. Malheureusement insuffisant: son ampleur (850 milliard) est globalement similaire à celle du précédant, voté en pleine crise. Or, on se souvient que celui-ci atteignait à peine le tiers de ce qu'il aurait dû être pour être efficace à long terme: ses effets ne s'en sont ressentis que durant 6 malheureux mois, ce qui était bien insuffisant pour relancer l'économie. Il y a fort à parier que ce plan-ci aura les mêmes effets. Au final, le déficit public va être creusé pour pas grand-chose.

 

Krugman démonte totalement le mythe Obama. Car certes, il était remarquable qu'un noir se fasse élire à la tête de ce qui reste pour le moment la première puissance mondiale, mais ça ne suffit pas à en faire un bon président. Et malheureusement, force est de constater qu'il n'a jusqu'à présent pas démontré grand chose.

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 15:17

 

L'information tant attendue vient de tomber: les 200 pays réunis à Cancun au Mexique dans le cadre d'une conférence sur le climat ont réussi à arracher in-extremis un accord présenté comme capital dans la lutte contre le réchauffement climatique. D'ors et déjà, je ne peux que m'interroger sur ce qui est qualifié comme étant une « décision historique » par le vice-président du GIEC.

 

Il est un peu tôt pour analyser pleinement le texte, aussi je ne m'y risquerais pas, me contentant plutôt de poser des pistes de réflexion. En effet, nous manquons singulièrement de recul, or l'écologie est un domaine tout à la fois délicat à appréhender car complexe, et sujet de gros enjeux. On ne peut donc se contenter d'approximations, d'estimations ou autres, et sincèrement je n'ai pas les compétences requises pour poser un avis d'expert là dessus, même si la biologie est mon domaine. D'une manière générale, je dirai que l'écologie et la préservation de l'environnement font partie de ce que je qualifierai de business « honteux », au même titre que ne l'est par exemple l'industrie de la santé. Il y a en effet une question d'ordre moral: peut-on réellement faire de tels profits dans un secteur dont finalement nos vies, à plus ou moins long terme, dépendent? Or, il ne faut pas s'en cacher: plus que tout autre secteur, l'environnement rapporte. Qu'il s'agisse des produits bios dont l'impact est à relativiser, du biocarburant, des achats/ventes de quotas de CO2 en rapport avec Kyoto, j'en passe et des meilleures, les sommes d'argent drainées de ce coté sont faramineuses et ne profitent qu'à certains, alors qu'elles sont basées sur de beaux discours visant soit-disant à responsabiliser tout un chacun et faisant au passage appel à nos sentiments plus qu'à notre raison. Ne nous leurrons pas: sans tomber dans un discours populaire qui fait recette, il y a effectivement urgence pour le climat. Mais l'accord qui vient d'être décidé est-il autre chose qu'un simple pétard mouillé comme on en a déjà vu, destiné avant tout à donner l'impression que l'on agit alors qu'il n'en est rien? Et même si une action concrète en ressort réellement, est-elle judicieuse? Difficile à dire aujourd'hui.

 

Néanmoins, je ne peux que m'interroger. Et je suis tout d'abords surpris par la rapidité des choses. Alors qu'hier soir on était particulièrement sceptique face aux exigences apparemment inconciliables des diverses parties en présence, voilà que ce matin, tout le monde semble d'un coup se frotter les mains. C'est d'autant plus surprenant que l'on garde encore à l'esprit le sanglant échec de Copenhague l'année dernière qui quoi qu'on en dise n'a débouché sur rien de concret. Voilà que cette année un miracle survient! L'effet d'une prise de conscience à l'échelle globale? Mouais, possible sans doute pour certains pays, mais je doute que la Chine, l'Inde et les Etats-Unis se sentent d'un coup concernés par le climat, eux qui sont les premiers à faire passer leurs intérêts économiques avant. Il est vrai que les Etats-Unis notamment ont légèrement diminué leurs émissions récentes, mais je doute que le climat ait quoi que ce soit à voir là-dedans: il ne faut pas oublier que l'on est en pleine récession économique, qui se double d'une baisse d'activité industrielle. Logique donc que l'on observe une légère baisse de la pollution... Alors quoi, une volonté de montrer un changement plus « politiquement correct », une opération séduction à l'échelle internationale? Déjà plus probable. Moi j'appelle ça donner un os à ronger au chien. Histoire que pendant ce temps-là, le chien s'occupe, et qu'on puisse continuer à s'envoyer en l'air discrétos derrière son dos.

 

Mais cet os, à quoi ressemble-t-il? Encore une fois, c'est trop tôt pour le dire précisément, mais l'on peut néanmoins commenter ce que l'on sait déjà. Un point important mis en avant est la limitation de l'augmentation de température à 2°C au dessus de ce qu'elle était à « l'ère pré-industrielle ». Cela avait déjà été plus ou moins abordé à Copenhague. Bon, reste plus qu'à se mettre d'accord sur ce qu'était au juste cette fameuse température servant d'étalon. Les rapports su GIEC doivent servir de base, mais nul doute qu'ils vont subir des pressions de la part de divers lobbys industriels, comme ça a déjà été le cas, et que l'on va assister à des batailles d'experts et de contre-experts mandatés par les uns et les autres. Bref, on n'est pas couché, et il est un peu tôt pour se réjouir là-dessus.

 

Deuxième point, plus sur la forme cette fois, la restauration avancée de la confiance entre les partenaires. D'accords, c'est la condition sine qua none à la tenue de toute négociation potentiellement constructive. Mais on connait ça en Belgique: ça fait 6 mois que l'on en parle, de la confiance, pour justifier les rares avancées et les nombreux échecs dans les négociations visant à réformer les institutions. Si déjà entre Flamands et Wallons on se sert d'une confiance à géométrie variable comme motif, nul doute qu'il en va de même à l'échelle internationale. Il suffit d'une phrase malheureuse à l'égard d'un des participants pour que celui-ci rompe toute forme de négociation, parce que prétendument « vexé ». On va surtout assister je crois à divers chantages. De véritables prises d'otages oui! Et l'on sait à quel point les Chinois par exemple peuvent être très fort à ce genre de jeu. Je vois bien ça d'ici: « donnez-nous telle compensation ou vous pourrez vous mettre nos engagements pris à Cancun où l'on pense », du moins la version édulcorée propre à la diplomatie. Tout au plus les politesses employées pourront-elle jouer le rôle de la vaseline. Il n'empêche, le résultat sera le même: on le sentira passer et certains en auront du mal à s'assoir pendant un moment.

 

Troisième point important: la mise sur pieds d'un fond, alimenté à raison de 100 milliard de dollars par an d'ici à 2020, visant à aider les pays en voie de développement à se développer justement, sans que cela ait un impact trop négatif sur le climat. Pour comprendre, on peut citer la Chine qui justifie traditionnellement sa pollution extraordinaire en arguant du fait qu'elle aussi a droit au miracle économique que l'Europe et les USA ont connu au XIXème siècle. En gros, ils mettent en avant le fait qu'ils ne font rien de pire actuellement que ce que nous avons nous-même fait ces 200 dernières années. Ce n'est pas faux, mais si tout le monde commence à raisonner comme ça, on n'est pas dans la merde. Quoi qu'il en soit, ce fond vise à permettre aux pays jugés pauvres ou en développement de respecter leurs engagements sans pour autant en souffrir économiquement. Et là, je m'inquiète. Qui va payer? L'occident, à n'en point douter. Mais quid de la Chine ou de l'Inde? Vont-ils contribuer? Ou vont-ils au contraire exiger (ce serait culotté mais pas impossible) de pouvoir profiter de ce fond?

 

Concernant la Chine, qui prétend que son développement serait fortement gêné par un quelconque respect du climat, je ne peux que rappeler quelques éléments. L'excès de leur balance commerciale totalement inéquitable (ils exportent plus qu'ils n'importent, ce qui en toute logique leur permet de faire des bénéfices) associé à une politique monétaire qui leur est avantageuse (la dévaluation artificielle de leur monnaie leur permet de rendre leurs exportations plus compétitives, et donc d'exercer une concurrence déloyale) leur a permis ces dernières années de dégager plus de 400 milliard de bénéfices annuels, soit à peu de chose près l'équivalent du PIB belge. 400 milliard qui se retrouvent pour une majeure partie dépensés dans le secteur militaire, leur permettant de mener une politique assez agressive et menaçante par rapport à leurs voisins. Qui après cela peut croire qu'ils n'ont pas les moyens de faire des efforts en matière de climat? Mais si vous osez ne serait-ce qu'aborder le sujet, ce sera considéré comme « une grave ingérence dans leurs affaires internes ». Pareil bien entendu pour la véritable colonisation qu'ils sont entrain d'opérer en Afrique centrale au mépris total des droits de l'homme...

 

Pour en revenir aux fonds dégagés (du moins sur le papier: reste à en voir la pratique) par ce sommet, l'un des exemples abordés par la RTBF au jt de ce midi concernait le Congo. De l'argent disait-on pourrait leur être versé en échange d'un ralentissement de la déforestation. C'est risible. Car impossible à contrôler en pratique; rien n'indique que cet argent serait employé à bon escient. On parlait de compter les arbres: facile dans un pays grand comme 4 fois la France et ne disposant d'aucune infrastructure. Ce à quoi les partisans de cette géniale idée répondaient qu'il suffirait d'acheter des hélicoptères dévolus à cette mission. Mais bien sûr. Il est certain que, bien entendu, ces hélicoptères ne serviront qu'à cela, et ne seront jamais engagés dans des opérations militaires, dans un pays qui rappelons-le est en état de guerre quasi-permanent depuis 17 ans. Tout comme il est certain que les fonds qui leur seront confiés ne seront pas détournés. Et si des organismes étrangers sont désignés pour gérer ces fonds, combien d'argent ne va pas partir en fumée simplement pour graisser la patte de fonctionnaires gouvernementaux dans le seul but de laisser les organismes en question faire leur travail, comme c'est une véritable tradition dans pas mal de pays du tiers-monde? Si c'est déjà le cas lorsque des vies humaines sont directement en jeux, je doute franchement qu'il en aille autrement pour sauver des arbres...

Si l'on veut véritablement agir contre la déforestation, le plus simple et le plus efficace ne serait-il pas d'interdire chez nous la consommation de bois en provenance des pays tropicaux, en dehors du strict nécessaire? S'il n'y a pas de demande, il n'y a aucune raison d'avoir une offre.

 

Bref, s'il semble y avoir pas mal d'espoir en théorie, je me demande sincèrement ce que ça va donner en pratique. Bien entendu on n'en sait pas encore grand-chose, mais j'ai l'impression qu'il ne s'agit de rien d'autre que du vent, comme à l'accoutumée, destiné plus à lâcher du lest qu'à autre chose. Certes, il y a une prise de conscience qui est entrain de se produire, c'est indéniable. Mais est-elle vraiment aussi rapide que ce que l'on estime aujourd'hui? Et surtout, est-elle assez rapide par rapport à l'évolution du climat, que plus aucune personne de bonne foi et saine d'esprit ne peut nier?

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